LA FAMILLE LAMENT( Georges Hagen)
Dans ce roman, George Hagen
traite des déracinés et de l’exil. Les pérégrinations
des Lament débutent en Afrique du Sud dans les années 1950.
Julia est un peintre au caractère bien trempé, et Howard, un
ingénieur qui rêve d'irriguer le Sahara. Il a également
créé un cœur artificiel. Lorsque leur premier enfant naît,
ils n'arrivent pas à le nommer. Ils cèdent à la demande
d'un pédiatre - le Dr. Underberg, dont les idées sont très
en avance sur son temps - qui pousse Julia à accepter que leur fils
soit allaité par Mary Boyd, une femme dont l'enfant prématuré
et par conséquent placé en couveuse, ne peut prendre le sein.
Cette dernière kidnappe le bébé et périt avec
lui le jour même dans un accident de voiture. Choqués, les Lament
finissent néanmoins par adopter le nourrisson et le prénomme
Will, qui signifie « Volonté ».
Hagen nous invite à suivre le périple de la famille motivé
par le désir d'Howard de ne pas ressembler à son père
qui n'a jamais bougé de son fauteuil. Ils partent pour Bahreïn,
puis pour Albo, en Rhodésie du Nord où Julia met au monde de
beaux jumeaux, Marcus et Julius. ils s'installeront ensuite successivement
en Angleterre puis aux États-Unis, dans le New-Jersey, en espérant
toujours trouver l'endroit idéal pour élever leurs fils et
s'épanouir…
« La famille Lament »,
un roman de l'humain, des rencontres, des rêves et des désillusions.
Les Lament voyagent par obligation ou par désenchantement. Howard
devient au fil du temps une espèce d'ermite. Victime des contraintes
d'emploi, de culture et de race, il emmènera sa famille de l'abondance
à la pauvreté, de la foi de vivre au désabusement global.
Aux États-Unis, Howard perd son travail et s'enfonce mois après
mois dans une sévère dépression.
Hagen s’attache aux failles et aux faiblesses de ses personnages pour les
rendre très humains. Hymne à la famille, plaidoyer pour la
tolérance. Ce roman séduit aussi grâce à la personnalité
des protagonistes. On ne peut que s'attacher à eux. On voudrait les
sauver de leurs fantômes. Leurs inquiétudes, on les accepte
: elles répondent à des nécessités, à
des urgences, à ce que sont les autres autour d’eux. Au bout du compte,
comme tout le monde, les Lament cherchent à se bâtir un bonheur
solide à partir de matériaux fragiles. Le romancier nous réserve,
ainsi qu'à ses personnages, un joli lot de surprises. Les masques
tombent progressivement, révélant des vérités
inattendues. Seul reste une énigme : Will est-il le jouet du destin
? La question est taraudante. Il y est répondu dans les dernières
lignes du roman.
En dévorant les pages,
le personnage de Julia émerge. On éprouve presque de la compassion.
Sortira-t-elle de l’engrenage dans lequel elle est entrée, un peu
par sa faute, beaucoup par celle des autres ? Par bien des aspects, ce roman
est un livre noir, celui d’un destin broyé, une douloureuse prise
en main de la réalité. Du sourire et des larmes…
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