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Dialogues
avec l'arbre dans
Aux arbres penchés,
d'Emeric de Monteynard
Lecture
croisée de Cécile Guivarch
et Nathalie Cousin
Après
la tempête de décembre, je me souviens d’avoir
vu deux ou trois arbres, au moins centenaires, clairement
déracinés. On sentait bien qu’ils avaient
dû se faire surprendre par la violence de la chose,
qu’ils avaient dû s’agripper les uns aux
autres, un peu n’importe comment, de telle sorte qu’ils
s’étaient retrouvés ainsi de travers,
effrayants, liés contre nature. Je me souviens aussi
sous l’amas, d’un petit panneau métallique
d’à peine deux ou trois mètres, encore
intact et planté, que je n’avais jamais remarqué
auparavant, ni ici ni ailleurs : « Danger ! Arbres penchés
». J’ai aussitôt eu envie de crier du dedans,
de dédier un recueil, quelque chose, un hommage, à
ces arbres penchés longtemps debout ou d’abord
debout. (Préface par Emeric de Monteynard)
Au marché de la poésie en juin dernier, j’ai
rencontré Emeric de Monteynard au stand de L’arbre
à paroles. J’avais déjà eu de nombreux
contacts écrits avec cet auteur dont j’apprécie
l’œuvre et je ne voulais en aucun cas rater cette
entrevue qui me promettait la joie de tenir entre les mains
son nouveau né, Aux arbres penchés.
En ouvrant ce recueil, outre mon admiration
devant le superbe travail d’illustration de Xavier,
ma première surprise est le constat d’une écriture
différente au regard des précédents ouvrages
d’Emeric de Monteynard. Aux courts poèmes aux
vers aérés, où les silences se poursuivaient
en tentant de dissimuler l’émotion du poète,
se succèdent de courts poèmes de quelques lignes,
non versifiés. Emeric de Monteynard s’adresse
dans cet ouvrage à tous les arbres, qui ne sont souvent
pas nommés, toutefois un chêne pointe son nez
en page 43. Il nous faut toutefois attendre le dernier poème
pour se mettre à l’ombre des ormes, du sycomore,
des pins du midi, des tilleuls, du marronnier, des bambous,
du pommier, du séquoia, de l’olivier, du merisier
ou du platane
Cet ensemble de textes nous mène sur
le chemin de l’observation quotidienne de l’arbre.
Dès les premières lignes, le poète nous
met en garde, disant qu’il ne peut être un arbre.
Par une série de questionnements, Emeric de Monteynard
nous amène à réfléchir sur la
condition de l’arbre. L’arbre parfois humanisé
ou l’homme qui aimerait s’y fondre, devenir arbre
pour apprendre à résister, à exister,
à traverser le temps. «
peut être aurais-je dû t’imiter »
Pourtant au fil des poèmes, l’arbre touche de
près l’homme, jusqu’à presque se
confondre, mais gardant toujours une certaine distance. Ils
ont des points communs au prime abord mais très vite,
le poète se rend à l’évidence qu’ils
sont différents de par leurs préoccupations,
leurs besoins, leur façon d’être, leur
conception de la vie et de la mort. Par exemple, Emeric de
Monteynard relève à plusieurs reprises que l’arbre
en fixant la lumière a pour principale ambition d’aller
toujours vers le haut, de regarder devant, l’avenir.
L’homme, le poète, tente de l’imiter «
comme toi, je m’efforce de maintenir en moi la lumière
». Mais est-ce qu’il y parvient vraiment
? Il est à observer une grande admiration du poète
pour l’arbre « Tu sais
nommer ce que tu soustrais, compter les étoiles –
en plein jour… et tu sais mesurer l’infini, à
l’infini des chemins. » L’arbre
est un modèle, représente la puissance, la supériorité
sur l’homme, jusque dans le fait de ne pas avoir besoin
d’écrire, de parler pour se défendre,
s’exprimer et peut être d’aimer et de se
faire aimer. Le bonheur de l’arbre dépend finalement
de peu de choses et n’est pas matériel.
Un arbre ne s'adonne
qu'à une chose, une seule, peut-être essentielle
: fixer la lumière.
Parfois, le lecteur ne sait plus vraiment où
se situent la frontière entre l’homme et l’arbre,
cette confusion est amenée par l’emploi du «
nous ». Mais cela se contredit par le fait que la plupart
du temps l’emploi du « tu » ou du «
il » pose une séparation entre eux. Règne
un perpétuel balancement entre l’imprécision
entre les deux êtres et l’impossibilité
pour l’homme d’être assimilé à
l’arbre. Tout cela est renforcé par l’emploi
fréquent des mots en italique, le questionnement et
une relation étroite entre l’homme et l’arbre
capables de dialoguer entre eux. Un exemple de cette imprécision
où le confusion entre « moi », «
lui », « toi » :
« Je porte
en moi, en lui, l’ivresse et la sève –
le transport de la terre.
En toi. »
Emeric de Monteynard rend compte également
de la vie, du temps qui passe, de la naissance à la
mort dont l’arbre à l’inverse de l’homme
ne se soucie pas de la même façon. L’arbre
a pour atout d’être capable d’ «
user le temps » On recense également
les tracas de la vie, les angoisses, que l’homme tout
comme l’arbre se doivent d’affronter. L’arbre
vit sans se soucier du regard des autres, de leur manière
de vivre, de la mort.
À manquer de racines, faner
nous fait peur. Ou ça peut. Il voit bien que ça
pèse.
Aussi devant nous,
ne parle-t-il jamais de ses racines, ou dit radicelles ou
« ses vieux » – ceux qui veillent, ou rhizomes
ou du grec, précisant chevelus… pour faire savant,
décalé, faire sourire.
L’arbre représente la vie, une vie
qui s’écoule des racines jusqu’à
la sève et revient aux origines : «
tu as su laisser la vie entrer en toi »
Il a également une fonction charnelle tout en conservant
à la fois certaine pudeur et une grande générosité.
L’arbre à l’inverse de l’homme ne
recherche pas la lutte, ni le sang, son rôle est avant
tout de donner la vie, une fois qu’il est parvenu à
exister.
« A peser
autant sur lui-même, il a besoin d’apprendre à
résister – d’abord à l’étouffement.
A exister.
Mais il étend
ses bras et nous les ouvre. Et les écarte. Pour nous
– Comme si donner était sa chance à lui
! Comme si la vie pouvait aller – se poser – ailleurs
et puis disparaître à jamais ! »
Enfin, Emeric de Monteynard, nous délivre
un message. Celui du massacre des arbres par les hommes.
« Comme vous,
j’ai entendu des arbres grincer, siffler, crier, fouetter
l’air… avant de tomber. […]
En quoi l’homme serait plus fort et qu’aurait-il
à gagner… à trop souvent renouveler cette
épreuve ? »
Emeric de Monteynard achève son recueil
par une citation de Lionel Ray qui conclue superbement avec
le fait que les arbres représentent la vie.
« Beaucoup d’oiseaux
sont nés ce matin.
Les arbres ont réussi »
Par Cécile Guivarch
« Qui d’autre que
lui, aurait ainsi lier la terre
à ses cieux – intercéder peut-être
? »
Après Le petit homme qui brûlait[1]
et quatre recueils de poèmes publiés chez Éclats
d’encre[2] , voici « l’opus 6 », tant
attendu, d’Émeric de Monteynard : Aux arbres
penchés.
Comme un arbre qui pousse, j’ai pu
en suivre un peu la croissance, depuis les premiers extraits
publiés dans la revue prédestinée de
L’Arbre à paroles (n° 116 avril-mai-juin
2002), jusqu’à la publication de l’ensemble
aux mêmes éditions de L’Arbre à
paroles, sorti juste pour le Marché de la poésie
à Paris, en juin 2006. Avec les dessins de Xavier[3]
.
Je me souviens qu’une fois Émeric
de Monteynard m’avait dit à propos de ses arbres
penchés : « ce ne sont pas (que) des arbres
dont je parle dedans ! », phrase qui au début
m’avait intriguée et déroutée.
Au fur et à mesure que j’avançais, je
m’interrogeais sur ce qu’il avait voulu dire,
je prenais la mesure de la complexité des rapports
de l’homme et de l’arbre, dans les deux dimensions,
de leur similarité et de leur altérité,
qui, de tous temps, ont fasciné les poètes et
les écrivains[4] .
Avec Aux arbres penchés,
il s’est agi pour moi d’une véritable initation.
De nombreuses lectures, de ce recueil et d’autres en
parallèle, m’ont été nécessaires
pour, peut-être, espérer trouver un chemin en
moi, dans l’infini des chemins que m’a
ouvert Émeric de Monteynard. Il ne peut être
question dans le cadre de cet article de rentrer dans le détail,
mais seulement de poser quelques jalons que j’appellerais
pour une lecture expérimentale ou encore exploratoire.
Parmi plusieurs angles possibles et après avoir longtemps
tâtonné, j’ai choisi le thème des
dialogues avec l’arbre par analogie avec les Dialogues
avec l’ange de Gitta Mallasz[5] . J’entends
le mot dialogues dans un sens large, de contacts,
d’échanges et de relations, non limités
à la parole.
Cécile Guivarch a constaté
comme moi que le recueil paraissait à première
vue différent des autres : une suite de soixante courts
poèmes en prose à l’écriture le
plus souvent horizontale. Toutefois sans renoncer pour autant
complètement à la verticalité, d’ailleurs
les premières versions des Arbres penchés
étaient encore dans ce style. Les poèmes, de
longueur très variable, de deux ou trois lignes peuvent
atteindre une quinzaine et même une trentaine pour le
plus long.
Pour un poète du silence comme Émeric
de Monteynard, cette abondance inattendue - tout en gardant
les qualités de concision et de densité qui
ont toujours été les siennes - m’a frappée.
C’est presque pour lui un long discours ! De même
j’ai noté la fréquence inhabituelle des
points d’exclamation (plus de trente) par rapport aux
autres recueils : comme s’il était devenu impossible
au poète de maîtriser davantage son émotion,
et que tout à coup, il se mette à s’exclamer,
à répéter certains mots, expressions,
phrases, ou à les prononcer avec insistance (nombreux
italiques). Ce changement pourrait s’expliquer (au moins
en partie) par cette envie folle de crier… du dedans,
comme il le dit dans l’introduction, et de dédier
ce recueil aux arbres penchés, déracinés
par la tempête de 1999.
Le titre Aux arbres penchés est suivi
d’une seconde dédicace : À ceux qui riaient
face au vent, expression reprise dans le premier poème[6]
(p. 12) : « N’allez
pas croire ce qu’on vous lit… ou que j’ai
pu rire autant face au vent, être un arbre ».
Qui parle ici ? L’arbre ? Le poète s’identifiant
à l’arbre ou parlant à sa place ? et à
qui s’adresse celui qui parle en ces paroles énigmatiques
: « à vous boire, je
souriais » ? D’emblée, ces
questions soulèvent le problème de l’ambiguïté
constante de l’énonciation. Mais quoi qu’il
en soit, un premier type de dialogue est ouvert, ici du «
je » au « vous ».
Les cinq poèmes, suivants, très
courts, sont plutôt des réflexions sur l’arbre
en général à la 3e personne du singulier
(« Un arbre », « il ») où apparaissent
plusieurs éléments qui font partie de la thématique
du poète, mis en relation directe avec l’arbre
: la lumière, la pierre, le silence (tout de même
encore bien présent), le temps.
Un deuxième type de dialogue commence
à s’instaurer, ici entre l’arbre et la
pierre ; il est avant tout sensoriel et passe d’abord
par le regard : « Mais il
sait aussi donner du temps et regarder la pierre[7] . »
(p. 14).
Le premier dialogue entre l’homme et
l’arbre vient ensuite. Le verbe « explorer »
connote l’idée d’un voyage dans un pays
lointain ou inconnu que l’on découvrirait peu
à peu. : « Un arbre,
ça s’explore » avec lenteur
et douceur, à la fois «
à mi-voix… mais avec les mains »
: l’homme conjugue sensorialité (ouïe /
toucher) et sensualité - toutes deux essentielles chez
Émeric de Monteynard – renforcée par la
comparaison avec les femmes : «
comme il s’est fait – des siècles, des
femmes… durant. » (p. 17).
Plus loin, le poète invitera à
tous les hommes à écouter : «
C’est charnel un arbre : il suffit d’entendre,
écouter monter sa sève – écoutez
!…. » (p. 44) et à toucher
:
« Osez !
Touchez-le !
Pour votre main – d’abord
Et la former à la douceur » (p. 34)
Le dessin en regard du poème cité
plus haut (p. 16-17) suggère un arbre aux formes féminines,
douces et arrondies. Il devient possible d’y lire une
forme de réponse de l’arbre à l’homme.
Comme si, par le truchement de sa main, Xavier, l’auteur
des dessins, se faisait l’interprète des arbres
d’Émeric de Monteynard[8] .
Ainsi un nouveau type de dialogue se fait
jour entre l’arbre et l’homme par les textes et
les dessins. Plus généralement, dans Aux
arbres penchés, même si les dessins n’ont
pas été réalisés au départ
pour accompagner spécifiquement tel ou tel poème,
le choix de mise en page finalement adoptée pour les
dessins et les poèmes, met en évidence des correspondances
remarquables entre les deux arts et les deux artistes.
L’écriture précise et
concise du poète, sa façon de dire toujours
l’essentiel, son choix de parler de l’arbre sans
nommer d’espèce précise (sauf exceptions
pour le chêne et tout à la fin), tout ceci s’accorde
à merveille avec la sobriété et la stylisation
des dessins en noir et blanc de Xavier.
Toutefois, il ne faudrait pas en déduire
qu’il n’y ait qu’un type d’arbre,
ou qu’ils soient tous représentés de la
même façon. À côté des arbres
aux formes rondes, aux allures plutôt féminines
(voir aussi celui de la p. 36, mis en regard du beau poème
sur l’arbre apprenant aux mères qui portent un
enfant l’instant et la durée), il y a à
l’inverse des dessins d’un grand dépouillement,
mais tout aussi expressifs, d’un arbre à la silhouette
noire longiligne, aux branches dénudées, à
l’image de l’homme qui lui fait face (p. 58),
le touche (p. 33) ou se tient à califourchon sur une
de ses branches (p. 81). À noter qu’il s’agit
encore ici d’un autre dialogue : celui de l’homme
et de l’arbre dans le dessin lui-même.
Dans l’un des poèmes les plus
émouvants du recueil où l’homme confie
à l’arbre son secret le plus intime, «
Tu sais donc ma folie et l’odeur des femmes –
de celles que l’on serre. Aussi comment pourrais-je
redouter, de l’une ou de l’autre, d’enceindre
, un jour, nos vies ? [9]» (p. 25), le dessin
qui y répond est ce même arbre semblant être
enceint de l’homme.
Ainsi présentés, poèmes
et dessins ne peuvent plus se concevoir l’un sans l’autre,
ils dialoguent et se répondent entre eux comme on vient
de le montrer.
Mais continuons notre lecture… Le dialogue
peut aussi prendre la forme de paroles directement adressées
à l’arbre. Le poète tutoie alors l’arbre,
lui parle de plus en plus intimement, recherche les points
communs qu’il pourrait avoir avec lui, comme on fait
avec un ami pour se connaître mieux :
« Comme toi, je m’essaye… je m’efforce
de maintenir en moi la lumière »
(p. 19), ou bien il reconnaît au contraire à
l’arbre, avec une certaine envie, des savoirs ou des
pouvoirs que lui, homme, ne possède manifestement pas
: « Tu sais compter les étoiles
– en plein jour… et tu sais mesurer l’infini,
à l’infini des chemins » (p.
21).
Le poète pose aussi beaucoup de questions
à l’arbre, mais parfois, on ne sait plus, encore
une fois, si c’est l’arbre ou l’homme qui
parle, notamment quand il(s) di(sen)t « nous »
: « Comment nous taire enfin…
nous faire silencieux (…)? » (p. 23)
Ici apparaîtrait peut-être plus clairement le
point d’identification où l’on pourrait
véritablement parler d’ « homme-arbre »[10].
Dans les dessins de Xavier, je vois un des
portraits de l’homme-arbre p. 87 : la tête de
profil avec l’œil, le nez, le menton, un chapeau-feuillage,
des bras-branches et des mains-feuilles, un tronc, un ventre
et des jambes-bas du tronc et racines.
Il y aurait encore beaucoup à dire
sur l’homme-arbre, si l’on accepte cette terminologie,
et sur les autres rapports de l’homme et de l’arbre
dans Aux arbres penchés, autant dans leurs ressemblances
ou analogies que dans leurs différences (physiques,
psychologiques…) etc. que je ne détaille pas
ici, laissant le lecteur les découvrir par lui-même.
Ils sont si riches qu’ils auraient pu faire l’objet
d’un autre article[11] . Toujours en relation avec les
dessins si « parlants » de Xavier, je mentionnerais
les étonnants arbres-hommes qui marchent (p. 68-69).
Grâce à la notion d’homme-arbre, certains
mots peuvent devenir complètement interchangeables
comme dans cet autre dialogue en style indirect qui met en
scène l’arbre (=homme) et les dryades[12] (=femmes)
« À quoi bon laisser
des traces… quand tout
est accompli ? »
disait-il aux dryades
[femmes ?].
« À quoi bon ?»
Il sait très bien, qu’elles
rêvent de lui, de l’habiter, d’écrire…
et d’infinis. Il le sait. »
Mais que voulez-vous, un arbre
[homme ?], ça peut parfois
se la raconter, et même y croire. Ça peut vouloir
faire sage. Ça peut être épuisé,
timide, avoir froid… » (p. 63)

Il y a bien d’autres traces de dialogues poétiques
de l’arbre[13] avec ce qui l’entoure , ceux du
vent et de la racine (p. 35), des oiseaux de l’étoile
et de l’arbre (p. 60-61), jusqu’au «
chant du vent qui danse avec lui » (p. 33)…

À lire et relire Aux arbres
penchés, j’y ai senti autant des poèmes
que des méditations[14] profondes sur la vie, la mort,
l’amour, l’amitié, le temps, la solitude...
Cette dimension spirituelle reste en effet très présente
chez Émeric de Monteynard et est souvent mêlée
de sensualité.
Ainsi, lorsque l’arbre est comparé à
un derviche (– la robe en
corolle, en corymbe) :
« …Dans ta chair, ma chair, tes liens, mes liens,
du coup s’embrouillent, s’imbriquent et se nouent
au Sacré
-à l’instant. » (p. 51)
Je pense en particulier à une photo
de Reza représentant « la danse du monde »
par un derviche d’Istanbul (Turquie, École de
Molâna) ; je relie ces images au poème initial
des arbres penchés : «
et faire ainsi danser la magie des mondes qui m’habitaient…
» (p. 12)
Témoigne aussi de cette spiritualité
le dernier dialogue de l’homme et de l’arbre,
où ce dernier est comparé à un ange dans
une ultime interrogation : «
Serais-tu comme un ange, gardien de la terre, quelqu’un
qui se tait, qui sait, qui porte[15} … ? »
(p. 94)

Edward Burne-Jones, L’échelle
de paradis[16] .
Conclusion :
Aux arbres penchés m’a
permis de découvrir beaucoup d’autres poèmes
et poètes sur les arbres notamment Des poètes
et des arbres : promenade anthologique d’Eryck
de Rubercy [17], Le Tracé des Sèves
de Jeannine Dion-Guérin, Arbres de Jacques
Prévert, Éloge de l’arbre de
François Solesmes qui dit :
« …Celui qui aime l’Arbre,
qui s’est longtemps pénétré de
son dessein, de son ordonnance et s’il se peut de ses
vertus, sent bien qu’il y aurait profit à l’écouter
en chacune de ses variations ; qu’un éloge de
l’Arbre devrait se prolonger par des louanges particulières
qui rendissent pleine justice à son invention en fait
de port, de fût, d’écorce, de ramure, de
limbe, de pièces florales et de fruit ; en fait de
sous-étage et d’ombre[18] . »
N’est-ce pas ce que fait Émeric
de Monteynard saluant à la fin, comme dans une pièce
de théâtre les acteurs, douze espèces
d’arbres pour leurs qualités intrinsèques
respectives ? « Dans l’ombre
des ormes ou du sycomore, des pins du Midi ou des tilleuls
d’antan… » (p. 95)

Mes propres dialogues avec l’arbre
m’ont entraînée à aller toujours
plus loin, dans des lectures et des interprétations
de plus en plus personnelles, trop peut-être ?…
Ainsi, parmi les arbres du recueil des Arbres penchés,
celui qui « voue sa vie à ceux qui cherchent
»… « ceux qui
voient partout des sanctuaires à secrets ! »
(p. 55) est celui que j’aurais aimé… épouser…
si j’avais été une dryade[19] !
Ne pourrais-je m’identifier à
elle, m’incarner en elle … par le rêve,
l’imaginaire, la métamorphose, la poésie,
que sais-je ? ou par un exercice de méditation similaire
à celui qui « consiste à s’identifier
à une pierre, puis à une plante, un arbre, ensuite
à un animal et enfin un humain[20] » ? Alors,
pourquoi ne pas être une dryade ?

La dernière semaine des vacances cet été,
j’étais dans le Pays de Caux, par hasard à
quelques kilomètres d’Allouville-Bellefosse,
où se trouve un vénérable chêne
millénaire, d’autant plus vénérable
qu’il abrite une chapelle dédiée «
à Notre Dame de la Paix érigée par Mr
l’abbé du détroit curé d’Allouville
en 1696 ».
L’arbre, remis en valeur, consolidé à
l’aide de charpentes métalliques, greffé
de plus jeunes rameaux, est le fleuron des arbres de la région.
Le plus extraordinaire est que l’on peut entrer à
l’intérieur du tronc pour voir la statue de Notre
Dame et dans la chapelle supérieure un crucifix.
J’ai
pensé à nouveau Aux arbres penchés et
au sanctuaire à secrets. À Allouville, on peut
toujours, non seulement se mettre sous, mais dans un arbre,
« on y est bien. »
Au terme de cet article, je voudrais remercier
:
- Cécile Guivarch pour m’avoir si gentiment
proposé de « croiser nos deux notes »,
- mes parents, ma famille,
- mes amis et en particulier Jeannine Dion-Guérin,
- Eryck de Rubercy pour sa belle promenade anthologique.
- mes amis arbres dont : l’abricotier, le thuya et le
pin de mon jardin, l’arbre penché d’Espalion,
les marronniers d’Inde, le ptérocarya du Causase,
le chicot du Canada, le séquoia géant de Californie
et tous les arbres qui ornent le Jardin du Luxembourg, les
châtaigniers centenaires de Montmorency, et, avec une
intention particulière, le chêne millénaire
d’Alouville…
-Merci surtout à Émeric de Monteynard, mon seul
Orphée depuis quatre années…
Par Nathalie Cousin.
Dessins de feuilles de Xavier : cf. Aux arbres penchés,
p. 62. Homme-arbre p. 87.
Photos : L’arbre millénaire d’Allouville-Bellefosse
(76). (N. Cousin, août 2006.)
[1]Ed. du Laquet, 2001, 124 p.
[2]Aimer le dire, Concéder l’or et le bleu, Dans
ce tremblé des dires, Toucher les doigts du sourcier.
[3] Xavier Vilató Lascaux. Voir la notice bio-bibliographique
dans Aux Arbres penchés, p. 101. Voir aussi : Xavier
: Paso a paso : 1975-2005, julio-septiembre 2005, Malaga,
Fundación Picasso, 2005, 183 p.
[4]Robert Dumas, Traité de l’arbre : essai d’une
philosophie occidentale, Actes Sud, 2002, 254 p. Voir en particulier
les chapitres I (« l’arbre symbolique »)
et II (« L’arbre de paroles »).
[5]Edition intégrale, trad. du hongrois par Gitta Mallasz,
nouv. version revue par Dominique Raoul-Duval, Aubier, 1994,
396 p.
[6]L’expression « rire face au vent » se
trouvait déjà dans Le petit homme qui brûlait
: « Faut-il te l’écrire ou te le dire,
mon amour, le murmurer ou le crier, les yeux dans le cœur
ou l’âme à rire aux éclats face
au vent (…) » (lettre dix-huit, p. 47 ). Toucher
les doigts du sourcier s’ouvrait également par
un rire : « J’ai froissé du rire dans tes
mains ».
[7]Cf. « Donne à ton tour / Du temps à
la pierre » (Si elle se tait, To)
[8]Jacques Prévert avait eu la même idée
dans son recueil de poèmes précisément
intitulé Arbres accompagné de gravures d’arbres
de Georges Ribemont-Dessaignes (Paris, Gallimard, 1976, rééd.
2004, 69 p.). Il dit : « peut-être sans le savoir
Georges Ribemont-Dessaignes dans ses dessins est quelque part
leur interprète » Pour donner un autre exemple,
Le tracé des sèves de Jeannine Dion-Guérin,
(Soisy-sur-Seine, Éditinter, 2003, 69 p.) contient
des « illustrations de l’auteur inspirées
de Vincent Van Gogh ».
[9]Mot rare pris dans ce sens (rendre enceint(e)). J’en
ai trouvé un exemple en poésie sur le site http://vitriol.over-blog.com/article-1548716.html
(publié par Triplex Nomine) « enceindre reine
en dire de ce cri : ci commence le chant dédié
à son corps ».
[10]Cf. Robert Dumas, op. cit.
[11]Je renvoie à celui de Cécile Guivarch.
[12]]Nymphes des bois et des forêts, des chênes
en particulier (dryades vient de drus, chêne en grec).
Eurydice par exemple était une dryade. Cf. http://fr.wilipedia.org/wiki/Dryades»
[13]Ou de l’homme-arbre, ou de l’arbre parlant
par la bouche du poète ? Cf. Dialogues avec l’ange
de Gitta Mallasz quand l’ange va s’exprimer par
la bouche d’Hanna et que celle-ci prévient :
« Attention, ce n’est plus moi qui parle ! »
(p. 23) ?
[14]Sur ce sujet, j’ai lu en particulier l’article
de Vincent Roger, « Henry Vaughan et la poésie
de la méditation » dans La prière de l’écrivain,
sous la dir. d’Emmanuel Godo, actes du colloque de l’Université
de Lille, Paris, Imago, p. 59-80. Vincent Roger montre comment
le poète anglais applique la méthode ignacienne
de la méditation en trois phases, préparation,
méditation, colloque. J’ai pu y voir des éléments
intéressants relatifs à ma lecture d’Aux
arbres penchés.
[15]L’ange apparaît aussi p. 47, un dessin de
Xavier en regard… En parallèle avec le thème
de l’ange : voir notamment Gitta Mallasz, Dialogues
avec l’ange, op. cit., Andrei Plesu, Actualité
des anges, Buchet Chastel, 2005, 269 p.
[16]Source : Edward Burnes-Jones, Le livre des fleurs, Taschen,
cop. 1994, 95 p.
[17]Paris, La Différence, 2005, 494 p.
[18]François Solesmes, Éloge de l’arbre,
Encre marine, 1995, 189 p.
[19]Cf. « Je ne retiens rien des hommes, mais j’épouse
les arbres, dont tu n’es pas jaloux. » «
C’était aux arbres qu’allait ma préférence,
aux arbres qui te ressemblent, dont mes deux bras faisaient
le tour », (Mireille Sorgue, L’Amant, Albin Michel,
Le livre de poche, cop. 1985, p. 110, 59).
[20]Cf. Paule Salomon, « La présence douce »,
dans Éric Le Nouvel, Dir., L’art de vivre au
présent, Albin Michel, « Espaces libres »,
2001, p. 35. Voir aussi dans le même ouvrage : «
Deviens le coquelicot : présences réelles, inaccessibles
et incarnées : rencontre avec Jean-Yves Leloup »,
p. 180-207.
Emeric de Monteynard, des poèmes dans la bibliothèque
de Francopolis
Une fiche d’auteur sur le site Terre
à ciel
D es extraits sur Ouvre
boîte rubrique « Poèmes en ligne
»
Des extraits sur Pleutil
Le livre est dispo sur le site de la fnac
BON de COMMANDE
à adresser à :
L’ARBRE à PAROLES
B.P. 12 – 4540 Amay – BELGIQUE
ou chez Emeric de Monteynard
68, av. Ledru-Rollin 75012 Paris
Mais vous pouvez également commander directement
via Internet :
sur le site de la FNAC
ou chez l’éditeur
Si commande chez l'éditeur ou chez Emeric de
Monteynard, chèques doivent être libellés
à l'ordre de Jean-Claude Roulet. Prix du recueil
: 15 €.
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Cécile Guivarch
Nathalie Cousin
Pour Francopolis
Octobre 2006
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