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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

Sabine Peglion - Marie-Claude Rousseau - Sylvie Grégoire... et plus

 

 

« Le Père Noël a-t-il oublié sa barbe ? »

Atelier d’écriture au collège

 

Les ateliers d’écriture poétique au collège peuvent produire des merveilles…
En témoignent les deux textes reproduits ci-dessous, créés par des élèves de 5ème; et pour en comprendre le secret, il convient de les accompagner de quelques explications tirées du mémoire de stage de leur jeune professeur de français : une pratique pédagogique innovante dans un milieu difficile qui s’est avéré riche en talents.



Hans Holbein le Jeune, Les ambassadeurs, 1533, The National Gallery, Londres

(reproduit du site Google Arts & Culture)

 

Les papillons blancs

Les papillons blancs, mouchoirs balayés par le vent, me semblaient les flocons de neige de l'été.

Les feuilles mortes, papiers brunis par le temps, s'envolaient pareilles à des oiseaux ravis par la brise.

Le soleil, ce grand galet lumineux, l'œil d'Apollon, me semblait un chien jaune qui se promenait dans les airs ou bien une boule à facettes brillant de mille feux.

Une marguerite dans le pré, papillon blanc dans l'herbe, petite lune des champs, oscillait dans la brise.

Au loin, le volcan, montagne grondante, marmite bouillonnante n'était-il que la cheminée de la terre ou bien un portail vers les Enfers ?

 

Fernand Léger, Deux papillons jaunes sur une échelle, 1951

(Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour)

 

Barbe à papa

Barbe à papa, mousse, éponge sur un verre à pied à la coupe afro, une chantilly carbonique emplit à ras bord un émuloir légendaire. Mais non sans que la luge ait filé sur la neige, feuille, plume, navire qui glisse sur l’onde ou simple songe supporté par le vent ! Le géant – quoi qu’il en soit – fait sécher son linge, indifférent à la flamme de la chandelle qui illumine pourtant l’aube naissante.

Du dernier soupir de la flamme naît une feuille d’automne, comme un serpent à tête de feu qui illumine l’onde sauvage, une métamorphose plus tard, la voilà majestueux papillon, son œil unique, mécanique, électronique projetant sur un mur de neige ses lueurs mourantes.

Et maintenant, le tourniquet hypnotique, le tourbillon paradisiaque me donne la migraine. Les pages s’envolent, une à une, telles des oiseaux : la flamme s’éteint. Le papillon prend son envol, lui aussi : les chandelles rampent vers la mer pour s’y éteindre. Animal sauvage, hybride, chimère nue, Aphrodite afro, mélange de sentiments confus.

La revoilà, la vieille dame au long cou qui regarde le paysage ! Ou est-ce un nuage fatigué qui se repose sur un verre ? Un arbre qui reprendra bientôt sa marche céleste ? Le Père Noël a-t-il oublié sa barbe ? Une éponge qui pleure, un verre recueille ses larmes. Un cerf-volant marionnette céleste, le jouet des vents.

 

Poèmes de classe (écrits à… 50 mains :

classe de 5ème au collège Jean-Baptiste Clément, 2016)

 

 

 

***

 

Les ateliers d’écriture poétique

Trois ateliers d’écriture poétique, similaires dans leurs visées et leurs approches, ont été menés au cours de l’année. Ce projet d’écriture a donné lieu à deux « Poèmes de la classe » affichés en salle des professeurs, ainsi qu’à la production de haïkus en vue du concours de poésie organisé au printemps par le professeur documentaliste.

Clôturant la séquence pédagogique sur le langage poétique, le projet consistait en l’élaboration de poèmes par la classe en suscitant l’imagination des élèves par une série d’activités d’« éveil », et en particulier, un exercice d’aller-retour entre texte et image, permettant le réinvestissement de la notion de métaphore traitée en cours.

Dans le cadre de la séquence « Le langage poétique, la métaphore et l’image » les élèves avaient étudié Océan de terre d’Apollinaire et Le papillon de Lamartine, accompagnés de leurs adaptations visuelle et sonore, extraites de Poèmes à voir, 17 poésies mise en images, édité par le Réseau Canopé pour les classes des cycles 2 à 4.

Voici la démarche proposée aux élèves dans ces ateliers:

Le premier exercice, précédé d’un travail sur les catégories grammaticales, demandait aux élèves de construire des phrases inhabituelles quant à leur sens mais à structure contrainte, notamment dans l’enchaînement suivant :

Article + nom féminin

Adjectif qualificatif féminin

Verbe conjugué à l'imparfait à la 3ème personne du singulier

Nom commun pluriel

Ex : La biche inconnue chassait les bouvreuils.

En second lieu, les élèves étaient invités à résoudre des énigmes supposant un travail d’imagination pour contourner une formule (abus de langue, équivocité de la langue) ou une image présentant une difficulté d’ordre mental, un « obstacle » posé par l’esprit à l’esprit – pas si éloigné mutatis mutandis du concept d’« obstacle épistémologique » chez Bachelard.

Ensuite, dans un troisième temps, une série d’« images à clefs » était proposée aux élèves, qui devaient alors retrouver une image dans l’image ou décrypter une anamorphose – ce qui a eu le don de piquer la curiosité des élèves, étant ainsi naturellement l’occasion d’un petit excursus culturel.

Enfin, l’atelier débouchait sur une activité de création, les élèves devant rechercher des métaphores pour illustrer une image qui leur était présentée – en l’occurrence, par exemple, F. Léger, Deux papillons jaunes sur une échelle : Fermez les yeux et visualisez les images suivantes. Quelles autres images vous évoquent-elles ?

« Les papillons blancs ».

« Les feuilles mortes dans le vent ».

« Le soleil dans le ciel d’azur ».

« Une marguerite dans un pré ».

« Un volcan en éruption ».

Ce dernier exercice faisait ainsi appel à l’esprit d’analogie, dont le rôle pour l’enfant dans l’appréhension des savoirs est décisif, pour l’amener à l’écriture. Le parcours proposé s’appuyait sur un passage de Michel Tournier, dans Vendredi ou la vie sauvage : « Est-ce que la lune est le galet du ciel, ou est-ce ce petit galet qui est la lune du sable ? », ainsi que sur une métaphore hugolienne belle et accessible : « À midi mille papillons blancs s'y réfugiaient, et c'était un spectacle divin de voir là tourbillonner en flocons dans l'ombre cette neige vivante de l'été » (Les misérables, III, 3).

Au-delà de sa valeur relativement novatrice, par la pratique de formes de communications inédites ou peu fréquentées par les élèves au cours de leur scolarité – qui par elles-mêmes ont une valeur pédagogique intrinsèque –, l’atelier d’écriture poétique avait pour but le réinvestissement des enjeux d’expressivité et d’imaginaire du langage poétique. Ainsi, de manière tout à fait implicite vis-à-vis des élèves, la métaphore hugolienne servait de catalyseur à un travail de l’imaginaire permettant d’entrevoir comment le dialogue analogique établi par l’esprit peut donner lieu à une métaphore, une image poétique qui se décline sur les tonalités de l’harmonie ou de la dissonance, de l’incongru, du paradoxe, selon les poètes et les genres poétiques, mais qui toujours engage une pertinence de l’esprit à lui-même.

Sans faire usage de termes et de thèmes relevant du domaine de l’histoire ou de la théorie de la littérature, les notions de rêve et d’imaginaire, abordées lors du travail de lecture analytique avec environnement visuel et sonore, ont trouvé leur illustration dans ce travail, de manière explicite cette fois, dans la mesure où il était fait appel à un mode d’expressivité propre ; or l’imagination est cette ressource qui ne fait jamais défaut à des élèves de cet âge.

En outre, la pratique de ces ateliers d’écriture ouvrait des perspectives au point de vue des sciences cognitives, en mettant en évidence l’exercice de la « mémoire d’évocation » qui, à la différence de la « mémoire de recognition », permet d’évoquer l’objet en son absence par un « souvenir-image » ; or, celle-ci ne fonctionne que dans la capacité, chez l’enfant, à former des « images mentales » et à faire usage du langage. 

Nous avons cherché à révéler des moyens valables pour l'orientation de l'élève dans le monde du livre, à un âge où il apprend à évoluer de manière de plus en plus fluide sur l'axe lecture-compréhension-interprétation-écriture, et où il progresse vers des horizons de lecture toujours plus difficiles. L’enjeu étant de penser un enseignement qui se restitue à l’élève. L’exigence normative, qui joue le rôle de criterium dans la compréhension des textes, est insuffisante par elle-même pour garantir ce réinvestissement. Les modalités mises en œuvre par le biais des ateliers d’écriture poétique entraînent la classe dans un effort collaboratif, avec la perspective d’un projet visant à assurer le passage de l’enjeu d’expressivité, du texte, vers l’élève.

Le projet fait comprendre en même temps le simple fait que l’échec scolaire et l’« installation » dans cet échec sont des phénomènes profondément circonstanciés (situations personnelles et familiales, sociales, « troubles dys- », problème d’audition, de vue – et en une année scolaire, la totalité de ces cas de figures a été rencontrée) ; or, tout l’enjeu est de démêler ces circonstances et d’en libérer la créativité des enfants.

 

Aum Alexandre Shishmanian

(extrait du mémoire de stage

Perspectives du champ lecture-écriture chez l'élève

à la transition entre les cycles 3 et 4, mai 2016

 


Présentation de l’auteur

 

Jeune professeur de français et de langues classiques, Aum Alexandre Shishmanian est aussi poète (un premier groupage est paru sur le site Le capital des mots d’Eric Dubois en 2009).



Créaphonie décembre 2016
recherche Dana Shishmanian

                    

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Créé le 1 mars 2002

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