Ce n’est pas aux vieux sAges qu’on apprend à faire la grimace.
Quelque part dans le désert,
le soleil se lève. Ses rayons caressent la vaste étendue de
sable et de cailloux, révèlent les dunes et les relèvent,
et finissent par percer les murs de paille de la case d’Amad. Ils le réchauffent
doucement, jusqu’à le réveiller. Comme tous les matins, Amad
se lève lentement. Sa journée ne commence qu’une fois que le
soleil est bien perché au zénith, et ne s’achève qu’après
l’avoir regardé disparaître par delà l’horizon, comme
tous les soirs.
Aux alentours, rien, un paysage à moitié vide. Amad, lui, le
voit à moitié plein, c’est un sage. Il vit seul et se contente
de peu, il a un pagne, pour se vêtir et dormir ; un couteau pour couper
et se défendre contre les bêtes ; une gourde, qui se remplit
d’eau une fois par jour ; un bol, pour accueillir sa ration quotidienne de
riz ; une pièce d’or, car il faut toujours avoir une bonne assurance
et surtout, un ami. Cet ami vit avec toute sa famille dans une case de l’autre
côté de la grande dune. Amad ne le voit que rarement, mais prend
toujours autant de plaisir à discuter et à jouer avec lui.
Un soir, alors qu’Amad vient de finir son bol, et boit les dernières
gouttes d’eau de sa gourde, l’esprit d’un lointain ancêtre lui rend
visite, et lui dit la chose suivante :
« Amad,
je viendrai demain soir, quand tu boiras les dernières gouttes d’eau
de ta gourde, après ton repas. Tu me donneras quelque chose, et le
lendemain, je reviendrai pour le rendre au centuple. »
Puis, il disparaît. Amad reste calme, il sait que sa sagesse va l’aider
à faire le bon choix, et que de toute façon, vu le peu qu’il
possède, il n’y a pas une infinité de solutions. La nuit portant
conseil, il se couche.
Il passe la journée suivante à chercher ce qu’il va donner
à l’esprit. « Si je donne mon pagne, j’en aurais cent, je pourrais
en changer tous les jours. Oui, mais le mien me suffit et je vais avoir froid
toute une nuit en attendant les cent. Si je donne mon couteau, j’en aurais
cent, ils s’useraient moins vite. Oui, mais le mien me suffit, et si je rencontre
un scorpion en attendant les cent. Si je donne ma gourde pleine d’eau, j’en
aurais cent, je n’en manquerais jamais. Oui, mais j’en ai déjà
assez et je vais avoir soif en attendant les cent. Si je donne mon bol plein,
j’en aurais cent, je pourrais manger plus et en donner à mon ami.
Oui, mais j’en ai déjà assez, lui aussi, et je vais avoir faim
en attendant les cent. Si je donne ma pièce d’or, j’en aurais cent,
je serais riche. Oui, mais je ne sais plus où je l’ai cachée
et ici, il n’y a rien à acheter. Que reste-t-il ? Ma case, elle est
bien assez grande pour moi, et que ferais-je de cent cases ? Mon ami ? Sa
famille m’en voudrait et je ne pourrais aimer autant chacun des cent. »
Amad a fini son inventaire, il n’a plus le choix.
Le soir, l’esprit vient : « Donne-moi quelque chose, Amad, je le rendrai au centuple.
» Amad qui a mangé le riz contenu dans son bol, et bu toute
l’eau de sa gourde, met son pagne sur ses épaules, prend d’une main
sa pièce d’or, qu’il a retrouvée dans le sable, et de l’autre,
place la pointe de son couteau sur sa poitrine.
« Esprit, je te donne un homme, qui n’a ni faim, ni soif, de quoi se couvrir et une pièce d’or.
-Tu es un sage, répond l’esprit,
je veillerai sur cent hommes, qu’ils n’aient ni faim, ni soif, de quoi se
couvrir et un peu d’or. »
Amad, satisfait, appuie sur le couteau et donne sa vie à l’esprit.
Monsieur Mouch
http://monsieurmouch.free.fr
Texte protégé SCAM Velasquez, dans « Contes Bios ». Dépôt numéro : 2005100201.
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«
ce n’est pas aux vieux sages qu’on apprend à faire la grimace »
de Pierre Combarnous (monsieur mouch), n°00485 88 18 94.
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Pierre Combarnous
pour Francopolis avril 2007
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