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Novembre-Décembre 2019

 

 

Invité : Alain Minod

 

« Dans le jardin / De ma fantaisie asséchée »

 

Poèmes pour Francopolis

 

 

 

CE QUI LIE ET DÉLIE (extraits)

 

Tâche – amour

De ne pas trop tirer

Sur la corde de la miséricorde …

Et fais en sorte que

Se dresse la misère

Sans prêter ses

Flancs creux

Au nouage

Qui promet

 

Oui ! Lève l’errance

Sans plomber

Ses yeux

Au sang

Des sacrifiés

Pour la vitesse qui

Ne voit rien

 

Éclaire-toi à la

Lampe d’Aladin

Et que l’infirmité des cours

Ne te menace pas de ses

Oracles aveugles

 

Et va au plus allant

Des rendez-vous où se

Découvrent les trésors de

La pensée qui creuse

 

Misère est là :

Filon des nouveautés sûres –

Arbitre entre les puissances guerrières

Qui l’outragent

 

Au seuil trouble du soir

La corde se noue

Va-t-elle encore –

Demain –

Étrangler les innocents

Ou mouiller les navires

Au port sans attaches

De l’inconnu rebelle ?

 

Et qui gonflera la voix ténue

Des pauvres endigués

Par l’éloquence

Guerrière ?

 

Où seront les départs

Sur la ligne de flottaison

Qui anima le pays

De la vertu ?

 

Amour – ne cours pas

Ne te précipite plus

Dans le temps

Qui annonce

Des tempêtes

 

Du quai où fume déjà la grisaille –

O vous chantres de

La misère –

Pourquoi n’annonceriez-vous pas

Vous-mêmes : l’étranger ? :

 

Celui qui est venu déjà

Et n’attend plus

Rien de Fortune

Celui qui a tant navigué

Pour ses droits

Au cœur

De tous les labeurs

Constructeurs –

Ici – par-delà

Tous les attendus

A la grande table de

Notre Déclaration pour

Les hommes

 

*

 

Silence !

Mon âme est torride

Elle se défend …

 

Courbée – elle se heurterait

Aux barreaux de l’habitude

 

Debout – elle fait légion

De ses poèmes

En braises profondes

 

Clignote la pensée

Sur un foyer qui ne s’éteint pas

 

Libellule blessée –

Elle est le sarment de mon désir

Comme suspendu

A la rose brûlante des sables

 

Trame incommensurable

D’un destin qui s’abîme –

Mon âme ouvre la langue

Et en dégage un horizon

 

Toi – faisant lit de mes errances

Toi – fleuve aux douces rives

Qui ne se séparent pas

 

Toi – aux yeux qui soulèvent ma pensée

Toi – sur le ventre où se noie ma muse …

 

Encore que tu chiffonnes

A tes seins

Mes résonances insignes

 

Comment n’aurais-je pas

Vu ni entendu

Le frémissement de ta voix ?

 

Si heureux d’avoir retourné

Dans ta gorge découverte

La flamme aiguë

De ta propre âme

 

Que j’irai – grandissant

Ce qui nous lie

Comme sur un aubier incandescent

 

Et pourquoi ne m’y piquerai-je pas ?

Pourquoi ne soufflerai-je pas

Un seul pétale

Qui ricocherait sur ta peau ?

 

Tout apparaîtrait

Comme arc-en-ciel

Avec le grain sur ton océan

Avec le vent qui appelle

 

Le moindre détail de nos amours

T’appartiendrait

Nous appartiendrait

Il court – il court – il court encore

Dans mon âme levée

 

Sur les brumes du temps

Qui avancent dans le ciel noir

Tu as gagné le soleil

 

Tu desselles les ombres

Qui dorment –

Oiseaux sous ton épaule –

Libres – ils inventent des chants

Pour toi – pour toi

Et s’engouffrent dans la lumière

A la fenêtre-même de ton exil :

 

Cette terre

Où le flux et le reflux de la mer

Font marée

Dans un élan caressant de sel et sourire …

Ton sourire piquant - silencieux …

 

***

 

CENDRES – AMBRES ET PLUIE

 

Soupe à la cuillère de feu

O ma terreuse O ma gourmandine :

Poésie dans la pluie d’été

 

D’abord des effluves poussiéreux

Qui s’enroulent brûlants

Et vont flânant

Autour du

Désir

 

Puis des perles d’eau

Enrôlées par

Un orage

Lointain

Glissent

Au bord du seuil

Et immolent l’éternité

 

Je suis comme ce page

Grillant la grâce

Tout près

Des robes vermeilles

Qui habillent

Les sourires

Et gobent leurs

Éclairs

 

Alors – cuillère de feu

Dans la bouche

A vers blancs

Tu l’inondes

De tes flammes !

 

Soupe légère

Tombée brusquement

Du ciel encore

Tout brasillant

Tu glisses dans le miel

Qui demeure

Florissant

Sur les lèvres des artères

Où rugit effrénée

La ville mienne

 

Sur mes propres lèvres :

Ce parfum d’ambre

Détaché

Des cendres

De la parole

Lorsqu’elle a été

Exténuée

De trop de sens

Dans son silence

 

J’offre maintenant

Ces douceurs

Pour que continuent

A briller la pluie d’été

Avec le feu d’argent

Sur les robes vermeilles

Du sourire

 

C’est alors que le café noir

Rafraîchit et pimente

Ma bohème

Longtemps – longtemps …

Jusqu’à ce que se module

Le soir

Dans le jardin

De ma fantaisie asséchée

 

***

 

 

Alain Minod est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, dont La vie où le nulle part a lieu (1), Librairie Galerie Racine et La ville où le nulle part a lieu. Le proche et le lointain (2), Editions polyglotte, 2004.

 

Quelques liens pour lire de ses poèmes sur la toile et faire plus ample connaissance :

https://www.poemes.co/minod-alain.html

https://www.plume-de-poete.fr/author/alainminod/

https://www.atramenta.net/authors/alain-minod/28154/publications/

https://poesiemuziketc.wordpress.com/2013/02/04/alain-minod-poemes/

http://www.le-capital-des-mots.fr/article-le-capital-des-mots-alain-minod-108883713.html

 

 

 "J'ai découvert l'écriture poétique en passant par l'école de Rimbaud avec ses "Illuminations" à l'âge de 13 ans, alors que j'étais pensionnaire dans un collège ... J'ai commencé à écrire dans la foulée ... Malheureusement la totalité de ces poèmes et des correspondances que j'avais avec une amie a disparu dans des déménagements. A partir de l'âge de 19 ans, je me suis aventuré dans des expériences d'écriture et d'intervention surréalistes avec des jeunes de foyers d'enfance " délinquante" et des foyers de jeunes travailleurs ! Puis la tempête de Mai 68 est passée par là et je me suis mis à travailler la philosophie d'une façon intense ... Arrêt, pendant presque 15 ans de l'expérience poétique... Mais, juste retour des choses, après être allé à Berlin Ouest et Est, j'ai redécouvert le sens de la liberté en poèmes après une intervention poétique dans une file d'attente au Checkpoint d'Alexander Platz alors en zone Est : c'était un merle moqueur juché sur un tilleul, près du fleuve " La Spree" ! J'ai fait remarquer en allemand que ce merle était moqueur et l'oiseau qu'il était s'est envolé sur l'autre rive (ouest)Toute la file d'attente a écouté et discuté mon intervention ... Par la suite, je n'ai pas cessé d'écrire, partant d'une posture encore surréaliste à un travail sur la lyrique qu'aujourd'hui, depuis 2016 ... Je creuse sans rémission en tentant une métrique résolument contemporaine et plutôt mallarméenne que je croise avec la figure rimbaldienne de la révolte de l'alexandrin sans césure à l'hémistiche ... J'essaie de conjoindre le moment, la conjoncture, l'instant avec la parole et la phrase musicale ! C'est un travail de création au long cours ! "

                                                                                                        Alain Minod (22-11-2019)

 

 

 

Salon de lecture :
Alain Minod

Recherche François Minod

 

Francopolis, novembre-décembre 2019

 

Créé le 1 mars 2002

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