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Une traversée de mots au goût de Noël... |
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Quelques douceurs
2017-2025 : Mireille
Diaz-Florian |
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ITALIE DEUX Je viens d’entrer dans le centre
commercial. La pluie tombe, drue, glacée. Je vais le traverser d’un pas
rapide pour éviter l’averse et rejoindre la rue la plus proche de chez moi.
Le temps de m’ébrouer dans le sas embué, et me voilà soudainement saisie par
la rumeur d’une foule pressée qui m’entoure peu à peu dans un mouvement désordonné,
rythmé par les sorties des magasins, les changements de direction
imprévisibles. Inutile de m’interroger sur les raisons de cette affluence. C’est Noël ! J’adopte immédiatement une marche
rapide qui provoque une sorte d’appel d’air.
Je me glisse dans les interstices, attentive à ne pas heurter le
moindre passant. Cette technique est un de mes jeux favoris dans les longs
couloirs de la station Montparnasse ou Châtelet. Parfois j’ai quelques
complices qui s’engouffrent à ma suite et semblent y prendre le même plaisir.
Arrivé dans la rame de métro, on se sourit. Parfois. J’ai toujours aimé la
récréation dans les cours d’école de mon enfance. Une fois le signal donné
après nous être levés posément selon la règle, je me précipitais au centre de
la cour que délimitaient de lourds tilleuls. Plein ciel. Je retrouve cette
sorte d’ivresse qui ouvre un espace ludique. C’est Noël ! Certains me diront que rien ne vaut le
paysage blanc d’une nature hivernale, avec des sapins noirs sur le ciel
étoilé, images volontairement déformées des souvenirs. Mais suivez-moi dans
le centre commercial, laissez votre corps jouir de tous ses sens. Vous voilà
ravis des lumières clignotantes et colorées généreusement distribuées par les
guirlandes de leds.
La play-list
de musique synthétique est absorbée par le brouhaha, des enfants pleurent
dans des poussettes où s’entassent les sacs de courses, des haut-parleurs diffusent
les publicités, entrecoupées par instants de chants traditionnels. De l’étage
du dessous montent les odeurs mêlées des Saveurs
d’Asie et du « nouveau spot » Kyushu-Ramen, des pains et viennoiserie
Chez Paul. Montez en courant - à
gauche s’il-vous-plaît - l’escalator qui vous propulsera à l’étage supérieur.
Vous passez devant Body-Minute et
découvrez l’univers magique de Séphora,
temple du cosmétique (qui font rire les
gosses mes tics*) et même de bougies aux épices et autre lavandin. C’est Noël ! Ce qui vous a peut-être échappé,
lorsque vous êtes entrés, un peu étourdis par le changement brutal
d’atmosphère entre la rue déjà plongée dans la nuit, et le monde lumineux du
centre commercial, c’est le chemin tracé par le nouveau maître des lieux. Une
ligne jaune, incurvée trace pour vous, entre des présentoirs de mobilier, répartis sur tout le rez-de-chaussée,
l’accès à Ikéa. Enfin ! Si vous entrez, sachez qu’il s’agit d’un
labyrinthe du Minotaure Suédois qui pourrait vous fasciner et dévorer, grâce
à son merchandising sophistiqué,
vos économies déjà fortement menacées par la semaine de 7 jours de Black Friday qui vient de se terminer. C’est Noël ! Vous pourriez croire que cette
traversée relève d’une sorte d’analyse sociologique dont l’humour cacherait
une critique ou, au contraire, y verriez-vous un éloge de la société de
consommation dont les bénéfices, grâce à un « ruissellement »
continu, favoriseraient une égalité heureuse. Mais je proteste. Et, victime
du désir de « faire une pause sucrée gourmande », je
m’installe difficilement - il y du monde - dans un des cafés installés au
centre de l’allée, à côté de la Yognurt Factory, non loin de Mon Donuts, presqu’en face du
Bistrot Suédois du Minotaure dont la queue me décourage. Je ferme un
instant les yeux pour m’imprégner du bruit et de la fureur délicieuse du
lieu. En face de moi un enfant dont les yeux
pétillent me fixe en silence. Il doit avoir 4 ou 5 ans. À ses côtés, une
jeune femme scrolle sur son écran
de smartphone. Je le regarde en
souriant. Il me sourit en retour. Je lui demande ce qu’il a commandé au Père
Noël. Je dois préciser que je suis une boomer
très traditionnaliste. La maman lève alors les yeux, sourit et… nous
engageons la conversation. C’est Noël ! Ce sera un très vieux monsieur, seul,
attablé à une table voisine qui se joindra à ce trio improbable. Il évoquera
les Noëls de son enfance et partagera son plaisir de se trouver presque tous
les jours dans le centre commercial « pour voir du monde ». Je ne
lui ai pas demandé de nous détailler sa liste de cadeaux. Peut-être ne
croit-il plus au Père Noël. En quittant le centre, j’ai salué - me
croirez-vous - le Père Noël qui fumait une cigarette bien méritée, après une
journée de séances photographiques. J’ai marché lentement sous la pluie,
drue, glacée. * Hommage à Bobby-la Pointe ©Mireille
Diaz-Florian 12
décembre 2025 |
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Voûte de Saint-Étienne du Mont À la tombée du jour sur la montagne Sainte
Geneviève. Marcher doucement. Entrer sous les voûtes de Saint
Étienne-du-Mont. Gagner La Chapelle de la patronne de Paris. Puis ensuite
attendre la nuit sur la Place Monge. Et tout imprégné de silence, pénétrer dans
le métro. Partager avec nos frères humains un peu de ce silence en même temps
que la promiscuité, la fatigue, l’humour, les humeurs. Oui. Un cadeau de
silence et de nuit. Luxe du solstice à venir. Cadeau de ma ville. ©Mireille
Diaz-Florian |
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Autorisez- moi à célébrer le lever du soleil, l’amour inconditionnel des platanes sur les places. Sur le chemin de la gare, je veux au cœur des tragédies du monde, avec, à cause, des tragédies du monde, affirmer la force de la joie au lever du soleil
sur la place. ©Mireille Diaz-Florian |
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Je suis
montée dans l’Arbre Je suis
montée dans l’Arbre Je vous
regarde passer Frères
humains Qui grande
douleur Me donnez L’Arbre
est une harpe Vers
l’océan tournée Et la
vague infinie Lentement
s’est brisée. L’Arbre
est une voile Sur le
ciel tendue Et les
vents glacés Violemment
ont soufflé Je suis
montée dans l’Arbre Je vous
regarde passer Frères
humains Qui grande
douleur Me donnez ©Mireille
Diaz-Florian Publié
dans Francopolis, janvier-février
2021 |
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Boules-Haïku de Noël Sur l’asphalte gris Les reflets d’une ville Un homme sur le pont Le jardin ouvert Des pas lents sur le gravier Une feuille dorée Un rideau de pluie A la surface de l’eau L’éclat bleu du jour Sur l’écorce nue Le vent glacé de l’hiver Tic tac passe le
temps Rouge l’horizon L’eau engloutit le soleil Revient le phénix Grincements des gonds Sur le seuil des maisons vides Plumes en allées ©Mireille
Diaz-Florian Décembre 2019 |
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Je ne suis pas d’ici à cet instant. Trop de bruit, trop de hâte, trop de lumière. Je regarde les hommes dans les villes que je traverse. Je ne suis pas avec eux à cet instant. Trop d’illusions, trop d’indifférence, trop d’objets convoités. Je traverse ma ville. J’ai ralenti mon pas. Je me laisse saisir par le vent, sur un pont. Je croise quelques hommes pressés. Parfois certains s’arrêtent au bord du fleuve. J’attends le crépuscule et ses ombres. J’ai oublié ma ville. Les guirlandes ont disparu. Là-bas, un homme reste assis devant l’iconostase. Le halo des lampes à huile apaise la nuit. On devine dans le ciel noir La vibration des étoiles. ©Mireille Diaz-Florian lundi 11 décembre 2017 |
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Créé le 1 mars 2002