ACCUEIL

Proposez-nous vos créations
graphiques empreintes de poésie

ARCHIVES : CRÉAPHONIE

 

Été 2026

 

 

« Le temps se recroqueville… »

 

Poèmes inédits et photos

de François Teyssandier

 

 

(*)

 

 

Le temps se recroqueville

Dans la mémoire fugace des heures

Comme une araignée prise

Au piège de sa propre toile

Qui gobe les insectes vrombissants

Des souvenirs pour qu’ils ne s’effacent pas

Dans la profondeur opaque des miroirs

Ou ne disparaissent pas dans les plis de chaque corps

Déjà emmailloté d’absence et d’oubli

 

                                   *

 

Oiseaux fragiles en papier

Déployez vos ailes de vent

Comme de légers nuages de silence

Qui glissent sur l’œil arrondi du ciel

 

Origamis des songes dépliez-vous

Sur la page blanche d’un poème futur

Qui sera écrit par une autre main de lumière

Plus amoureuse et brûlante que la tienne

 

Runes d’argile tracez sur les pierres des signes de vie

À l’encre sèche des douleurs et des peines de cœur

Afin que le sang des blessures du jour devienne plus bleu

Que l’azur pour atteindre les cimes les plus hautes des rêves

 

                                  *

 

Il n’existe aucun philtre d’amour

Pour que le cœur fragile du monde batte

Plus vite que le tambour mat de la pluie

Sur les nuages qui se cabrent sous l’orage

 

Il n’existe aucun breuvage de joie pure

Qui puisse satisfaire la soif inaltérable

Des oiseaux pour les couleurs exubérantes du ciel

Et combattre la sécheresse des terres à l’abandon

 

Il n’existe aucun mets pour accroître la faim

Insatiable de ces hommes vêtus de sable et de vent

Qui errent sans but à travers les saisons

De l’âme comme des ombres nimbées de silence

 

                                 *

 

 

 

Tu n’as plus de nom propre et de visage comme ceux

Qui ont perdu leur identité sur les rivages de l’exil

Tu ressembles à leur ombre fantôme dans les dédales

Indécis du temps et l’aveuglant tumulte des orages

 

Tu dérives à petits pas dans la noirceur des mots

Couleur de sang de rouille et de suie

Pour accroître de ta voix et de tes gestes

L’étendue d’un ciel qui se brisera bientôt

Entre tes mains comme un éclat de silex

Ou un simple reflet de lune sur ton front

 

                                *

 

Tu écoutes l’effrayant silence des cimes

Que le vent a désertées comme

S’il refusait d’affronter leurs pentes abruptes

Et toi l’éternel voyageur à la recherche d’un ciel

Trop étroit pour contenir tous les astres en feu

Tu t’obstines à déchirer de tes ongles

Les parois fragiles de la matrice du monde

Pour accroître l’éclat de la lumière dans tes yeux

Et tu refuses patiemment de mettre un terme à l’infini

Périple d’une vie qui fut cependant trop brève

Mais qui te permit avec l’aide de chacun de tes mots

Écrits ou prononcés de combattre l’appel du néant futur

 

                                 *

 

Tu entends la voix

Abstraite des étoiles

L’indicible chant d’amour

Du temps qui danse

À pas légers sur ta pupille

Et virevolte comme une ombre

De roseau sur le bord d’un lac gelé

 

                               *

 

Tu n’existes que dans ton imaginaire

Rêve rêvé qui se rêve d’être un rêve

Image qui se veut trop impalpable et abstraite

Pour continuer à peser son poids d’absence

Et d’oubli dans la mémoire friable des pierres

Et dans celle de cette source originelle

Qui t’a vu naître et qui n’aura bientôt plus de nom

 

                              *

 

 

 

 

Tu es entré à pas feutrés dans cette maison

Abandonnée par les orages et le vent d’hiver

Comme un pâle intrus déjà fantôme

De toi-même qui erre sans bruit à la surface

Des miroirs de l’âme soudain endeuillés

Par l’absence de toute lumière ancienne

Dans le silence impénétrable des jours et des nuits

 

Tu t’es endormi dans le sommeil

Des étoiles pourtant si proches

Que tu aurais pu les cueillir de tes mains

Comme des fruits mûrs au goût d’azur

Et les porter à ton oreille pour entendre

Le cœur du monde battre doublement

Dans ta poitrine creuse

 

                                  *

 

Voix amoureuses

De l’immensité de la mer

Qui frappent de leurs paroles d’écume

Les vagues au cœur même des ténèbres

 

Voix effarées qui ont peur

De la gravitation des étoiles déjà mortes

Et du parcours invisible de la lumière

Dans les labyrinthes sinueux des miroirs

 

Voix nouvelles qui se jettent

Comme des flammes d’espérance

À l’assaut du ciel et des éclairs

Pour combattre de leurs feux d’azur

La poignante élégie d’un départ proche

Vers des rivages plus arides que le désert

 

                                *

 

D’un mot à l’autre

Tu franchis le gouffre

Etroit du temps qui se délite

Dans ta voix et ton regard

 

L’ombre de toi-même n’a plus

Ni épaisseur ni relief pas même

Sous les mains habiles d’un sculpteur

D’étoiles et de pierres levées

 

D’un pas à l’autre tu franchis l’abîme

Sans fond qui s’ouvre en deux dans ta poitrine

Comme une pierre aux chiffres de douleurs

Se brise soudain sous le poids de la lumière

 

                                  *

 

Désir d’une bouche et d’un souffle

Qui seraient source infinie de bleu

S’écoulant de la grisaille des jours

 

Éclosion d’un parfum de fleur qui embaume

La tendre rosée de l’herbe et célèbre

L’eau vierge d’une source privée de couleurs

Dans la brume épaisse du premier matin

 

Désir d’un corps étendu qui gît

Sur la peau des pierres moussues

Pour admirer la silencieuse avancée des nuages

 

Bourgeonnement bref de l’éclair qui éclate

Sur l’horizon des peurs enfantines

Dans la douce clarté d’un envol de tes mots

A la recherche de l’ultime rive des songes oubliés

 

                                *

 

 

 

Les arbres sentinelles vieillissent

Aussi lentement que les rivières

 

Ils deviendront des ombres vigies

Encore plus minces que des roseaux

 

Tu les courberas de ton souffle et de tes mains

Pour que n’effleurent plus ton visage

 

Ces silhouettes flexibles comme des reflets

De lune sur le gravier crissant de tes rêves

 

 

                             *

 

Tu seras désormais seul

À tracer un chemin de lumière

Vers ce ciel qui gravite sur ta tête comme

Une mer d’étoiles partant à l’assaut du vent

 

Tu escorteras de tes pas et de tes gestes

Ces nuées et buissons de mots qui prendront feu

Dès les premières lueurs de l’aube

Pour brûler tous les maléfices et sortilèges de la nuit

Dans ton regard et dans ta poitrine

De futur gisant crucifié sur une croix céleste

 

Tu ne pourras même plus habiter ton ombre

Trop vieux désormais pour qu’elle consente

À partir avec toi vers ces îles que tu inventes

Et qui ne laisseront aucune trace d’écume

Et de sable gris sous tes pieds nus

 

                                *

 

Chaque mot est un pays imaginaire

Sans frontières ni reliefs visibles

Que tu arpentes de ta voix

D’homme errant à l’aventure

D’une démarche altière et tranquille

Comme celle d’un insecte vorace

Amoureux des arbres et des étoiles

Qui somnolent au soir dans ton jardin

 

Chaque poème est un lieu

Qui s’étend à l’infini des cimes

Ancrées dans la mémoire des terres

Le ciel escorte sans bruit tes fugitives escales

Sur des rives peuplées au mitan de la nuit

De rites étranges et de sortilèges anciens

 

Chaque mot est un pays imaginaire

Que tu dessines de ta main avec l’encre de tes rêves

Sur la carte d’un monde chaque jour nouveau

Mais instable dans ton regard d’oiseau vorace

Qui picore de son bec la chair tendre des nuages

 

                                       *

 

Tu cherches patiemment

D’infimes traces d’ocre et de bleu

Sur les pierres moussues de ce chemin

Que tu parcours de tes pas indécis

 

Pour rejoindre un ailleurs

Qui s’emplira de tes mots futurs

Toi l’exilé voleur de feux

Et mangeur d’étoiles

 

Tu ne seras jamais rassasié de vivre

Dans la matrice chaude de la lumière

 

                                     *

 

N’oublie pas

Les jours passés

Les âmes mortes

 

Le temps tisse

Ses rets de lumière

Dans ton regard

 

Ébloui par trop de ciel

Tu fermes les yeux

Ta bouche s’emplit de silence

 

                            *

 

N’écoute pas au soir
Le chant funèbre du ciel

 

Qui s’obstine à vouloir détourner tes pas

Du seul chemin de vie que tu connaisses

 

Celui qui t’oblige à franchir chaque jour

Les plus hauts murs et barbelés de la lumière

 

Pour vivre encore un bref instant

Dans la clarté d’une feuille qui s’envole

 

                               *

 

Allonge le pas dis-tu

À la lumière qui escorte

Ton ombre sur le chemin

Que tracent tes pieds nus

Dans la sombre forêt

De ces arbres agenouillés

Devant des oiseaux en prière

Pour qu’un éclair ne foudroie

Pas en plein ciel leur premier vol

 

                             *

 

 

©François Teyssandier

 

 

(*)

 

Après sa première Créaphonie (au numéro de printemps 2025, où l’on peut lire sa présentation et sa bibliographie), nous accueillons à nouveau à cette rubrique le poète François Teyssandier, également présent à Francopolis, régulièrement, en tant que nouvelliste, à la rubrique Suivre un auteur. 

 

 

 

Créaphonie : François Teyssandier

Francopolis, été 2026

Recherche Éliette Vialle

 

Accueil  ~  Comité Francopolis ~ Sites Partenaires  ~  La charte  ~  Contacts

Créé le 1er mars 2002