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tu marches paisiblement
pieds nus et peau blanche
sur une plage noire de monde

un animateur hurle dans un micro
avec un faux accent brésilien
que l’été sera sexy
un adolescent tatoué
casquette tongs cheveux courts et nez camus
traîne sur son dos No future
des touristes au ventre rouge et blanc
sont allongés comme des thons morts
sur les transats d’une plage privée
ils sourient bêtement
un peu gênés sans doute
de se montrer presque nus aux passants
ils s’ennuient derrière leurs lunettes de soleil
lisent péniblement des magazines
entre deux siestes sonores

ils matent les baigneurs du coin de l’œil
en sirotant un jus de fruit tiède
sous un parasol qui leur cache le ciel
au bar de la paillote
une radio diffuse de la musique
râpeuse
entrecoupée de bonnes nouvelles
sur la météo estivale
sur le bal des pompiers
sur une nouvelle recette de pizza à l’ananas
un vendeur ambulant
chapeau trop grand attaché avec un élastique
creusant une ligne sous son menton crie
esquimaux
chouchous
thé à la menthe
tu remarques qu’il a inscrit au feutre
sur sa glacière
London caling (c a l i n g)
un type jouant au ballon avec son fils
lui lance à voix haute
en s’esclaffant
que voler jusqu’à Londres
avec une seule aile
c’est impossible même pour un oiseau migrateur

un
voilier s’éloigne du rivage
c’est beau s’extasie
un homme à la peau très rouge qui aime la pêche
au gros
en se grattant le bas-ventre
à travers son maillot bleu clair
déformé par une molle protubérance
à côté de lui
une femme aux seins nus
dos arrondi paupières lasses
épaisse couche d’huile
est assise sur une serviette publicitaire
en coton multicolore
la vi
st à ous
apparaît en lettres brillantes
sous ses cuisses flasques

une petite veste d’enfant rose
gonflée d’algues vertes
flotte près de la jetée
avec une poupée sans tête
des morceaux de bois
et un foulard déchiré
la femme écrase le mégot de sa cigarette dans le
sable
puis marmonne d’une mine dégoûtée
que les gens sont sales
dépêche d’agence
le commandant du vaisseau des sauveteurs
avait déjà disposé ses feux de position
à l’approche de l’atterrage
l’interdiction de débarquer ses passagers
l’a forcé à reprendre la mer
vers un port distant de trois cents milles marins
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