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L’âme recollée
hier sanglante
gris de confins oubliés
derrière,
un masque qui colle à la chair
derrière,
Un trou béant refermé sur l’envers
peur qui cloue à la peur
un nuage
la fuite
le sang
les souvenirs
l’éclat des yeux
noyé dans la boue d’un chemin
qui l’amena d’ailleurs
visages de l’oubli
lieux devenus stériles
(Extr. de L’empreinte,
Encres Vives, n° 428, 2014)

*
Que sais-je de ma graine
Qui m’a faite
De quelle sorte es-tu qui me mènes peu à peu jusqu’à moi ?
Semence emportée par les vents d’aventure
au bout d’un autre monde
dans le tourbillon incessant des ailes
membraneuses
et restée accrochée à un seuil, un
muret, un étal, un pavé, une voie,
un hasard, un regard, une voix
Ma graine
celle venue
dans l’eau de ruissellement
de lignées maternelles qui
s’épanchent,
de liquides séminal et amniotique
répandus
qui engendrent des courants
ancrés aux plantes aquatiques
(Ext. de La
graine, livre d’artiste, textes Régine HMT, dessins Xavier Thomen)

*
Face à nous
une rivière avec des rochers blancs
les plaines et les champs
les merles du matin et les merles du
soir
nos richesses et nos impuissances
la peau frissonne de nos silences
l'eau frise à l’effleurement de nos pieds
la lumière signe nos regards
tension à peine dans la tige des pieds
d’alouette
les falaises sortent de la nuit
et dessinent peu à peu les rives
les pieds dans l’eau froide font tout à
coup éclater les tempes
lumière ambrée d’une bière
notes cristallines dans la gorge
comme des étoiles
(Extr. de L’heure bleue, Encres
Vives, N° 549, 2025)

*
il est question
de lune
de montagne magique
de maison et lavoir
sur des rivières vertes
je rêve d’un voyage unique
l’eau remonte dans un flux lent
broie les chemins
laisse les berges blanches
quand le ciel résonne peu à peu
la lune s’accumule
dans la gorge percée des oiseaux
silencieuses,
les ombres creusent des empreintes
constructions intimes
à l’image des peupliers qui s’étirent
je sens trembler les liens
entre la terre mauve et le ciel incertain
au fond de moi
simples bonheurs intimes
rassurée dans tout ce que je suis
(Extr. de Mon pays botanique,
Encres Vives, n° 481, 2018)

*
La trace d’un sentier, mille pas à l’ombre de l’ombre
l’eau court et mon âme avec
je continue de rêver, pieds nus dans
les rivières
dans les fontaines
nuances de terre cuite orangée
nuances bleues du ciel limpide
les corps lisses coulent sous les
blessures
entre les tiges vertes
la rivière coule dans mes veines
pour quelques instants, bonheur profond
et solitaire
j’imprime chaque pas dans mon corps
(Extr. de L’heure bleue,
Encres Vives, n° 549, 2025)

*
l’eau ourle encore les joncs
les fanes entassées
trahissent
des rives d’abondance
mûres
lèvres rouges
chemins de fougères
au goût âcre
mourir au temps des mûres
(Extr. de Suite pour moi et
temps continu, Prix Claire Cherequefosse
1992, Ed. Scribande - Belgique)

*
le mot
et l’infini des mondes
l’équilibre
entre hier et toujours
moi, à la lisière
le dit et le non-dit
au ressac de l’eau
le solstice s’embrase
et fait, pendant la nuit,
éclater
le rouge des cerises
la nuit frémit
lorsque le temps bascule
par-delà l’autre rive
les tilleuls refleurissent
(Extr. de Revers d’encre
- poèmes de la Saint-Jean, Encres Vives, n°376, 2009)

*
cheminement de sable
un pas, un autre
un ballon bleu s’envole
et va border le ciel
gravier gris
martin-pêcheur
insaisissables
le jour, la nuit,
la vision fugitive
saisir l’instant
dans ce moi passager
(Extr. de Revers
d’encre-poèmes des feux de la Saint-Jean, Encres Vives, n°376, 2009)

*
Les pas retrouvent
des odeurs d’enfance
en équilibre d’eau
prendre du bout des doigts
collines
en lopins qui se tissent
d’avoine de luzerne
l’eau évapore les cimes
les oiseaux s’inventent des danses
une buse glisse lointaine
(Extr. de Le sandre, Ed.
Traces, 1992)

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