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La mort et la
rumeur*
Je voudrais écrire un poème
terrible et doux qui inquiète la Mort
La jeune fille écoutait
l’andante con moto Der Tod und das Mädchen** de Franz Shubert
Cela la plongeait dans une
mélancolie sans fond
dans une errance sans repère et
sans nom
Les chambres du printemps se
noyaient dans l’ivresse de la mort
à la morte saison des hommes et
des amants défaits
Un arbre planta sa flèche verte
jusqu’aux cimes du crépuscule
Le poète cherche ses rimes dans
la beauté et le soleil des renoncules
des cœurs assoiffés d’amour dans
les vieux vergers du langage
qui renaîtront peut-être des
neiges de l’hiver
dans les rues des solitudes les mots,
tous les mots font des signes de
secours
La Mort inquiète hésite à
trinquer à sa dernière victoire
Une jeune fille de vingt ans
fixe les larmes de son vertige sur des murs de passage
Sur les routes de l’été juillet
brûle toutes les colères
Dans la Rumeur d’un livre écrit
en 2007
Ô soleil Ô Persephone lune
vrillée printemps abouti
rires enfouis, enfuis hors de la
zone habituelle du quotidien
avec des roses trémières du paradis
aux tiges si fragiles et si longues
Creusement labyrinthe
envahissant totalement l’âme déchirée
La mort est un mot ombragé qui
sème de terribles nouvelles
Connaît-elle elle-même
l’inconnaissable trouble constellée de l’âme du monde
Parole musique de l’inachevé
nuit
étoilée du silence et du bleu et du jaune
en
automne par exemple comme un herbier des dieux et des couleurs
et
dans ce poème terrible et doux
ce
jaune et ce bleu
et ce
rouge comme un vent traversent l’Érèbe
Fais-le fais-le ce poème dit Létia
Je
t’attends dis la Mort à te lire poète d’ailleurs sans toi
pourrais-je savoir que je suis la mort en personne ?
« Je
vis un ange blanc qui passait sur ma tête
son
vol éblouissant apaisait la tempête »
Voici des
vers secourables de Victor Hugo
Le sommeil
dans la mort accorde au sommeil des vivants
la
réparation des blessures l’âme et du corps
La mort
cueille des fleurs de lune
Et les
offre à la férocité des hommes
Alors
lorsque tu sortiras de ton labyrinthe
tu
iras te vêtir du manteau violet de la nuit
un
désir intense s‘emparera de ton cœur et de ton esprit
comme
un printemps qui se remet en route dans l’infini de la joie.
*ma fille Anne a écrit des
nouvelles : La rumeur
** La jeune fille et la mort

L’ardoise magique
Je vous offre un poème celui de
l’infini silence que je n’ai pas écrit
Je l’écrirai sur l’ardoise
magique pour effacer l’ultime chagrin
et les mémoires indécises,
insondables, de nulle part
j’effacerai aussi toutes les routes de Madison
de l’aventure des amants cassés
les baisers de la lumière sur les
chemins des illusions perdues
les roses rouges de l’Érèbe dansent doucement dans le vent pur
et nostalgique au fond d’un
jardin
l’énigme de la mort n’est rien devant
l’énigme de la vie
un infini silence s’est posé dans
la ville
Qui va là ?
Qui se dirige vers le centre
vers cette table en bois d’érable
blanche zébrée de noir et de bleu
profond ?
ce poème est celui de l’infini
silence
parce qu’en toute sincérité mes amis
musiquent les mots bleus*
chantent, écrivent, conversent
l’énigme de la vie l’énigme qui rend
jaloux la camarde
une femme aux cheveux de vent,
baisers de la lumière
s’avance lentement vers la table
« adulée
mélancolique et obsédée par la beauté »
dans les carnets de psyché de
Pierrick Amelin vous la trouverez
elle est vêtue des habits du néant
le poète invente des horloges aux
heures affolantes
il est le fin limier des
métaphores sublimes, porteuses des clés du mystère
sève, joie, vie, cris de l’instant,
voix du sang
secours hélés battant dans le cœur des
femmes
la mort comme un soleil
incandescent écrit des paroles sans porte et sans clé
c’est son drame et sa tragédie
cette femme aux cheveux de vent
dévoile sa fragile nudité
elle arrive de la périphérie des
songes
et demande qu’on lui prépare de
l’eau de roche
elle porte à son doigt la bague du
firmament
je ne sais ce qu’elle attend
la mort fait fi des dates elle
s’est présentée au guichet des requêtes
on l’a mise au secret
on l’a sommée de dire ce qu’elle
voulait
mais je ne sais qui je suis
aidez-moi
la secrétaire lui dit de
patienter
on verra plus tard
sur le fleuve du temps des
poissons, des ablettes, des chevesnes argentés
cabriolent et signent des heures
décisives et impatientent pour annoncer
l’aurore
sur l’ardoise magique rie ne
subsiste de la dernière lettre écrite
une trace fugitive peut-être, un
miroir étrange sans reflet qui parle cependant
Ô mémoire de l’eau comme boire
à la santé des souvenirs
harmonie des soleils qui corrompt les
forces du chaos
la mort est habitée par Le mal
des fantômes qui voudrait prendre enfin le large
Ulysse et le poète Benjamin
Fondane se tiennent à son chevet
dans la petite pièce du bureau des
requêtes ils écoutent attentivement
avec l’espoir que les lignes
bougent
le poète est sourcier des sources
bienfaisantes et des jachères mémoriales
Mais où sont-elles ?
vous les trouverez d’« un chemin de sable / dans la cohorte des
souvenirs »
selon le poète Jean-Claude Padioleau
ou d’un jardin à la clématite
rouge ouvrant la porte végétale.
*Chanson de Christophe
Jean-Michel Jarre
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