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Je dirai
rien.
Le vent est très
fort. Je cours dans le jardin, je cours sous les arbres en criant, les
branches me frottent le corps, le vent soulève mes jupes, je crie et je
ris. Maman m’interdit de le faire parce qu’on me prendrait pour une folle.
Mais aujourd’hui deux messieurs sont venus, ils sont de la police, c’est
pour tante Mina. Maman m’a dit de m’en aller, alors je peux faire ce que je
veux : je cours dans le vent, je crie et je ris...
Tante Mina
est partie, Maman lui avait crié dessus plusieurs fois et un jour tante
Mina n’est pas rentrée... je sais, moi, mais je dirai rien... faut pas,
c’est trop dangereux.
Une fois j’ai
dit à Monsieur Gordan où étaient cachés Bernard et Paul. Après Bernard ne
voulait plus jouer avec moi, et Paul m’a donné un coup de pied, mais M.
Gordan m’a dit : « Merci Lola » et m’a pincé la joue...
mais je dirai rien cette fois, j’aime bien tante Mina.
Tante Mina
est venue à la maison pour s’occuper de moi quand Maman a été opérée puis
après quand elle est partie en rééducation.
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D’habitude
Maman me conduit à l’école en voiture et revient me chercher en voiture,
mais avec tante Mina on y va à pied et pour le retour elle a trouvé un
chemin différent de la rue encombrée de camions et de voitures où il
fallait bien lui tenir la main serrée à cause du danger. Elle avait trouvé
un chemin plus long mais loin de la ville, à travers champs, il n’y avait
pas de voitures et je pouvais marcher devant en chantant et en dansant. Il
y avait Gaby qui nous rejoignait sur son beau vélo de course. Gaby habite
quelques maisons plus loin. Il a l’âge de tante Mina, il est gentil. Tous
les deux bavardaient derrière moi qui sautais, dansais, chantais... jamais
ils ne m’ont grondée, jamais. C’était bien.
Et puis un
jour, ils m’ont fait découvrir leur cachette à condition que je ne dise
rien à personne : « Tu ne diras rien, Lola... »
« Non, je dirai rien », j’ai promis.
Alors ils
m’ont amenée dans une grotte.
« Un
ancien puits de mine », a dit Gaby.
Oui, il y a
eu autrefois une mine de charbon dans le coin, et il reste des tunnels. Je
le savais parce que Bernard et les autres en parlaient parfois.
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Il y avait un
tunnel qui descendait raide, plein de feuilles mortes puis il y en avait
plusieurs qui partaient d’un même endroit comme un carrefour. À droite, il
y avait comme une grotte, bien cachée derrière un tas de pierres écroulées.
Ils avaient
arrangé un coin, dans le mur de chaque côté, et y avait une sorte de banc
taillé dans la pierre, ils y avaient amené du foin, des couvertures, ça
faisait comme des lits.
Tante Mina me
donnait son téléphone et me laissait regarder des dessins animés,
« Sam le pompier » ou « Pat Patrouille ». Je
m’allongeais sous la couverture ; et eux, de l’autre côté sous le leur, ils
parlaient, riaient, s’agitaient... ils faisaient peut-être de la
gymnastique mais je regardais mes petits épisodes que maman m’interdisait.
C’était gai, j’aimais ça. Tante Mina m’achetait des pains au chocolat pour
mon goûter, maman ne voulait pas. J’étais bien.
Ensuite on
rentrait tard, mais avant que Papa revienne du bureau. Il nous trouvait bien
sages à la maison. Moi, faisant mes devoirs, tante Mina préparant le dîner.
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J’étais
heureuse, tante Mina et Gaby étaient gentils avec moi et j’avais promis, je
dirai rien !
Le soir Papa
regardait les infos à la télé et parlait avec tante Mina de son année
SA-BBA-TIQUE. Je ne savais pas ce que c’était mais si Papa avait son ton
grondeur, Mina avait l’air heureuse et je me disais que quand je serais
grande, j’aurais, moi aussi, une année SA-BBA-TIQUE !!!
Puis tout le
monde allait se coucher. Mina et moi dans la même chambre, moi dans le lit
de camp, j’adorais... Mina avait tout son matériel ; elle sortait son ordi
et me prêtait sa tablette et je regardais mes programmes favoris ; des fois
je m’endormais. Tante Mina était occupée sur son appareil.
À midi je
mangeais à la cantine, personne ne m’obligeait à finir mon assiette, ni à
manger ce que je n’aimais pas et il y avait beaucoup de récréations, on
jouait, on riait... j’étais heureuse tous les jours et toute la journée.
Un matin
tante Mina me prit le menton et me regarda tristement :
« Ta maman rentre à la maison cet
après-midi », me dit-elle
Je ne
répondis pas, je ne comprenais pas bien.
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- Lola, reprit ma tante, Lola ce sera fini, je
vais repartir chez moi.
Et elle me
serra fort contre elle et m’embrassa le front.
- Tu m’oublieras pas ; tu as promis Lola, tu ne
diras rien.
Je la
regardais, elle était triste… alors moi aussi.
- Je dirai
rien, j’ai promis.
Elle
m’embrassa à nouveau.
Le soir elle
est venue me chercher comme d’habitude. Gaby nous a rejointes et on a fait
une courte pause dans la grotte, ils parlaient à voix basse... puis on a
laissé Gaby et on est rentrées à la maison.
Maman était
allongée sur le canapé du salon, elle m’embrassa et me posa des
questions... trop de questions... je regardais tante Mina qui s’agitait
dans la cuisine…
Plus tard
j’entendis Maman crier sur tante Mina, qui pleurait ou répondait en criant
à son tour.
Maman reprit
la voiture pour me conduire à l’école, parla avec la maîtresse. Maman
n’avait pas l’air content. À la maison Maman s’énervait, criait, tante Mina
pleurait et criait aussi.
Puis un jour
Maman m’a dit :
- Ta tante est
partie et tout va redevenir comme avant ! Son ton était froid et
méchant.
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Tout est
redevenu comme avant : triste, triste.
Puis à
nouveau des cris, des pleurs...
Tante Mina
n’était pas rentrée chez elle, chez Mamie. Elle n’était chez aucune de ses
amies... On disait qu’elle avait fait une « fugue »…
Les jours
passaient, personne n’avait de nouvelles de tante Mina… personne me
demandait rien… j’ai aperçu un jour, au coin de la rue, Gaby, sur son
vélo... il ne me regardait pas.
Aujourd’hui,
il y a les Messieurs de la Police avec Maman. Un d’eux voulait me poser des
questions, mais Maman a crié : « Non, elle ne sait rien ! »
Maman dit que
les recherches vont avoir lieu... même Papa a l’air inquiet.
Personne ne
me parle, ne m’explique.
Je n’existe plus...
Mais je dirai rien, j’ai promis !
©Éliette Vialle
Avril 2026
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