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Été 2026

 

 

Éliette Vialle :

 

« Je dirai rien… »

 

Nouvelle inédite

 

 

Page 1

Je dirai rien.

Le vent est très fort. Je cours dans le jardin, je cours sous les arbres en criant, les branches me frottent le corps, le vent soulève mes jupes, je crie et je ris. Maman m’interdit de le faire parce qu’on me prendrait pour une folle. Mais aujourd’hui deux messieurs sont venus, ils sont de la police, c’est pour tante Mina. Maman m’a dit de m’en aller, alors je peux faire ce que je veux : je cours dans le vent, je crie et je ris...

Tante Mina est partie, Maman lui avait crié dessus plusieurs fois et un jour tante Mina n’est pas rentrée... je sais, moi, mais je dirai rien... faut pas, c’est trop dangereux.

Une fois j’ai dit à Monsieur Gordan où étaient cachés Bernard et Paul. Après Bernard ne voulait plus jouer avec moi, et Paul m’a donné un coup de pied, mais M. Gordan m’a dit : « Merci Lola » et m’a pincé la joue... mais je dirai rien cette fois, j’aime bien tante Mina.

Tante Mina est venue à la maison pour s’occuper de moi quand Maman a été opérée puis après quand elle est partie en rééducation.


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D’habitude Maman me conduit à l’école en voiture et revient me chercher en voiture, mais avec tante Mina on y va à pied et pour le retour elle a trouvé un chemin différent de la rue encombrée de camions et de voitures où il fallait bien lui tenir la main serrée à cause du danger. Elle avait trouvé un chemin plus long mais loin de la ville, à travers champs, il n’y avait pas de voitures et je pouvais marcher devant en chantant et en dansant. Il y avait Gaby qui nous rejoignait sur son beau vélo de course. Gaby habite quelques maisons plus loin. Il a l’âge de tante Mina, il est gentil. Tous les deux bavardaient derrière moi qui sautais, dansais, chantais... jamais ils ne m’ont grondée, jamais. C’était bien.

Et puis un jour, ils m’ont fait découvrir leur cachette à condition que je ne dise rien à personne : « Tu ne diras rien, Lola... »

« Non, je dirai rien », j’ai promis.

Alors ils m’ont amenée dans une grotte.

« Un ancien puits de mine », a dit Gaby.

Oui, il y a eu autrefois une mine de charbon dans le coin, et il reste des tunnels. Je le savais parce que Bernard et les autres en parlaient parfois.


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Il y avait un tunnel qui descendait raide, plein de feuilles mortes puis il y en avait plusieurs qui partaient d’un même endroit comme un carrefour. À droite, il y avait comme une grotte, bien cachée derrière un tas de pierres écroulées.

Ils avaient arrangé un coin, dans le mur de chaque côté, et y avait une sorte de banc taillé dans la pierre, ils y avaient amené du foin, des couvertures, ça faisait comme des lits.

Tante Mina me donnait son téléphone et me laissait regarder des dessins animés, « Sam le pompier » ou « Pat Patrouille ». Je m’allongeais sous la couverture ; et eux, de l’autre côté sous le leur, ils parlaient, riaient, s’agitaient... ils faisaient peut-être de la gymnastique mais je regardais mes petits épisodes que maman m’interdisait. C’était gai, j’aimais ça. Tante Mina m’achetait des pains au chocolat pour mon goûter, maman ne voulait pas. J’étais bien.

Ensuite on rentrait tard, mais avant que Papa revienne du bureau. Il nous trouvait bien sages à la maison. Moi, faisant mes devoirs, tante Mina préparant le dîner.


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J’étais heureuse, tante Mina et Gaby étaient gentils avec moi et j’avais promis, je dirai rien !

Le soir Papa regardait les infos à la télé et parlait avec tante Mina de son année SA-BBA-TIQUE. Je ne savais pas ce que c’était mais si Papa avait son ton grondeur, Mina avait l’air heureuse et je me disais que quand je serais grande, j’aurais, moi aussi, une année SA-BBA-TIQUE !!!

Puis tout le monde allait se coucher. Mina et moi dans la même chambre, moi dans le lit de camp, j’adorais... Mina avait tout son matériel ; elle sortait son ordi et me prêtait sa tablette et je regardais mes programmes favoris ; des fois je m’endormais. Tante Mina était occupée sur son appareil.

À midi je mangeais à la cantine, personne ne m’obligeait à finir mon assiette, ni à manger ce que je n’aimais pas et il y avait beaucoup de récréations, on jouait, on riait... j’étais heureuse tous les jours et toute la journée.

Un matin tante Mina me prit le menton et me regarda tristement :

« Ta maman rentre à la maison cet après-midi », me dit-elle

Je ne répondis pas, je ne comprenais pas bien.


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- Lola, reprit ma tante, Lola ce sera fini, je vais repartir chez moi.

Et elle me serra fort contre elle et m’embrassa le front.

- Tu m’oublieras pas ; tu as promis Lola, tu ne diras rien.

Je la regardais, elle était triste… alors moi aussi.

- Je dirai rien, j’ai promis.

Elle m’embrassa à nouveau.

Le soir elle est venue me chercher comme d’habitude. Gaby nous a rejointes et on a fait une courte pause dans la grotte, ils parlaient à voix basse... puis on a laissé Gaby et on est rentrées à la maison.

Maman était allongée sur le canapé du salon, elle m’embrassa et me posa des questions... trop de questions... je regardais tante Mina qui s’agitait dans la cuisine…

Plus tard j’entendis Maman crier sur tante Mina, qui pleurait ou répondait en criant à son tour.

Maman reprit la voiture pour me conduire à l’école, parla avec la maîtresse. Maman n’avait pas l’air content. À la maison Maman s’énervait, criait, tante Mina pleurait et criait aussi.

Puis un jour Maman m’a dit :

- Ta tante est partie et tout va redevenir comme avant ! Son ton était froid et méchant.


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Tout est redevenu comme avant : triste, triste.

Puis à nouveau des cris, des pleurs...

Tante Mina n’était pas rentrée chez elle, chez Mamie. Elle n’était chez aucune de ses amies... On disait qu’elle avait fait une « fugue »…

Les jours passaient, personne n’avait de nouvelles de tante Mina… personne me demandait rien… j’ai aperçu un jour, au coin de la rue, Gaby, sur son vélo... il ne me regardait pas.

Aujourd’hui, il y a les Messieurs de la Police avec Maman. Un d’eux voulait me poser des questions, mais Maman a crié : « Non, elle ne sait rien ! »

Maman dit que les recherches vont avoir lieu... même Papa a l’air inquiet.

Personne ne me parle, ne m’explique.

 Je n’existe plus...

 Mais je dirai rien, j’ai promis !

 

©Éliette Vialle

Avril 2026

 

 

Éliette Viale

Francopolis – Été 2026

 

 

Créé le 1er mars 2002