|
Deux espèces de minutes
Il existe deux espèces de minutes :
Celles qui m’éloignent de toi,
Et celles qui m’en rapprochent.
Je pleure les unes,
J’allume un cierge pour les autres.
J’attends des naissances,
Je fête des enterrements.
Mais les unes sont trop nombreuses,
Les autres trop longues à venir.
Et par-dessus tout,
Il faut exister,
N’est-ce pas ?
21.XII.25, 18h05
Fragments de temples
Frappe mon cœur
Et la douleur se dissipe
Dans l’odeur du fer.
Écarlate de ma brûlure,
Le soufre m’embaume
Comme la marque des braves.
Je n’ai plus rien,
Hormis les gravats
Qui sont des fragments de temples
À nous,
Ailleurs.
17.XII.25, 23h08
Tesson
Marché d’été,
Nuit suante.
Caniveau et
Bouteille vide
Brisée sur le trottoir ;
Rien d’autre qu’un
Doux
Joli tesson
À avaler.
Poussières et éclats de verre :
C’est cela, vivre loin de toi.
Des colliers de vipère
À enfiler
Autant que de jours
À tuer.
29.XII.25, 14h50
La Pietà en stuc
J’ai un meuble noir dans ma chambre
Sur lequel repose une Pietà en stuc.
La nuit, j’ai encore espoir qu’elle prenne vie,
Et que ce soit toi qui viennes me consoler
De ces peines que personne ne devine.
Je me réveille, inhale un peu d’encens
Et j’attends,
Mais rien n’arrive,
Rien n’arrive jamais,
Et je n’ai que très peu d’atomes de foi
Qui me contiennent :
Ma Pietà prend la poussière.
19.I.26, 23h01
Blauwburgwal
Carte postale de Varsovie
Et de son meilleur champagne.
C’était une nuit de printemps,
Des rues parlent polonais
Et les Polonais sont muets.
Je chantais déjà : « Ô Varvieso,
Varvieso »
Les marches étaient raides,
J’ai vidé la bouteille
Pour ne rien perdre :
« Ô Varceval, Varceval,
Varceval !
Vvv… vvv… vvv… »
Au réveil,
J’ai vu les canaux de
Blauwburgwal.
Ô Blauwburgwal,
Blauwburgwal.
23.I.26, 12h52
Sous le toit du froid
Sous un toit troublé
Par la pluie de septembre :
Une chambre
Hantée par l’humidité
Et l’odeur de linge.
La nuit, le froid serpente.
Je rapproche mes genoux
Tout contre mon torse,
Et souffle de l’air chaud
Au creux de mon cou.
On ne se connaît pas encore ;
C’est peut-être déjà tout comme.
Quand je m’endors,
Même le sommeil se doute
Du sort qui nous attend.
17.VIII.25, 18h23
Le labyrinthe fidèle
Peut-être que je sortirais un jour
De mon propre labyrinthe.
Mais il ne faut jamais en sortir.
Embrasser ses murs, chérir l’impasse,
S’imaginer en sortir, c’est ce qui compte.
Embrasser le rêve du dehors
Sans jamais le vivre ;
Seulement y croire, et sentir
Le vent en te suivant
Dans des allées qui n’ont pas de nom ;
Une terre, un lieu qui n’existent pas,
Et que je réserve pour les jours tristes,
Creux et sans toi.
14.VIII.25, 13h33
Cavalier du couchant
Tu es tombée de la table.
J’ai entendu ton souffle contre le sol,
Vu tes joues rouges,
Et ton regard veiné.
Par peur, nous guettions le moindre bruit ;
Ce couloir désert nous chantait :
« Embrassez le dehors »,
Mais quel dehors ?
Ces murs demeuraient infranchissables
Pour qui nous étions.
Même le soleil couchant
Devenait un cavalier de l’apocalypse.
18.VIII.25, 13h31
Un profane
J’ai de vastes cimetières
sous les paupières.
Des nuits sans fond
et des jours profanés
y reposent.
J’ai tué le temps,
je me suis tué,
aussi,
à force d’y croire.
J’aurais mieux fait
de te donner même
ce que je n’avais pas,
au lieu d’apprendre trop tard
à garder pour toi.
3.II.26, 23h11
Artichaut
J’aime l’alcool.
C’est une parenthèse.
J’oublie que l’on se manque,
j’oublie, simplement.
J’ai des petits besoins
pour une grande ivresse ;
je suis lavé
de tout soupçon,
Ainsi.
Je bois même de la liqueur
d’artichaut ;
pour que ça brûle lentement,
jusqu’au fond.
Comprenez donc
que je ne fais l’apologie de
rien,
sinon de mes disparitions.
4.II.26, 20h29
©Charles Garatynski
|