|

Le
menhir (photo de Dana Shishmanian)
S'étendait
devant moi
un parterre de nues,
une passerelle
sur l'atmosphère
tout de voiles vêtue,
un chemin suspendu
dans le vide lunaire
et plein jour pourtant
comme les rêves
les plus fous
de notre impudique
réalité...
Vaporeuse
traversée
de ce soir sabbatique
en cette douceur ouatée.
Saisissons
vite et ferme
pendant qu'il passe
l'anse du crépuscule
ajusté, compressé, serré
entre deux mains frivoles...
9 février 2012
***
Noctambule
esthète
Qui
déambule urbaine
À
l'heure du crime...
Qui
surprends
l'improbable bipède
Traînant
à bout de l'âme
ses mélancolies
Sous
la voûte impassible
De
la lune dardant le ciel.
Je
t'imagine
le pas décidé
sous des étoffes
étouffant le froid,
à la lumière fileuse
mais pas frileuse
du tout
des réverbères...
Inversée
courageuse journée,
amie chère
arpenteuse vaillante,
promeneuse
au champ d'étoiles...
je vous salue
Bonsoir
Madame
la Nuit !
4 février 2018
***
Diffraction
Des
branches
écloses éclatées
jaillissent du miroir
comme des racines
du riz, l'eau...
Halo
du soleil
ridé bridé flétri
d'un visage
que ce paysage
matriciel du profond
envisage
de hisser haut,
épars en ciel.
La
vie s'écoule
à l'envers,
en ses méandres,
des facéties
finalement
gracieuses
du réveil...
On
se surprend
alors à vouloir
s'échoir s'escompter
goutte à goutte
ou cul sec…
Surtout
ne pas
couper la lumière !
Ne
pas fuir
ce que nos vies
ont raboté.
Qu'on
se voie
Qu'on
se trinque
Qu'on
se boive
s'entre-serre.
Qu'on
se surprenne
forts et à deux
s'offrir s'accepter.
Faisons
fi du pire.
Incendions
nos cargaisons
de faillite.
Simplement
ô combien
juste encore
oser le plein
des possibles,
s'il en est
encore temps
s'entre-prendre
oser s'aimer
s'entre-vivre...
19 février 2019
***
Des
glycines comme s'il en pleuvait
À
la gouttière du ciel adossées au muret
Des
lilas des mimosas des bleuets
Le
printemps s'invite au bistrot amusé
Tout
se mire à l'eau en l'étang des couleurs
La
saison virevolte ses petits bonheurs.
12 avril 2019
***
Blond
blé bu à la paille
vos mies de pain croûtées
très chères céréales diaphanes
apport léger au grain du vent
poutre d'ocres en brins
dans l'œil
à gerber, par lots de cinq
debout, bien alignés
Des
âmes errantes
libres posées éparses
avant la pousse drue ardente en travers et en large
des amarantes
17 septembre 2022
***
La
neige a laissé,
enclavées,
des perles
de gazes singulières
aux pointes de nez
des futaies
que le soleil plombant
fait choir
plus ou moins lourdement
sans prévenir...
La
confusion effrénée
du vent glacial
brumisant
les hauts cous du bosquet
en pliées poches
d'étoffée laine
fait geindre
les plus frêles branches
de la rousse canopée.
Les
agglutinées
baies rouges du houx
semblent cligner de l'œil
à l'hésitant rossignol
y hasardant
quelques trilles
de sa composition...
La
douceur de l'aurore
descend
et déploie ses étreintes
sous mes bottes
pétrissant
à chaque pas,
le tapis moite chantant
des entassées pêle-mêle
bogues de châtaignes...
10 décembre 2023
***
Grisaille
pavoise
derrière le volet.
Me retiens d'ouvrir
fenêtre et porte.
Au
phono,
une ritournelle jolie
m'emporte,
Et
toi, tu fais soleil
en mon bol de café !
Donne,
tends lui main,
à mon vieux cœur flétri.
Il
fera beau demain
puisque tes yeux me rient.
On
partira sans trop
fléchir au petit matin,
Même
si le ciel boude
sous son air aigri !
Frissons,
fraîcheurs intimes,
sensations entrecoupées
porteront nos badins pas,
sans but, ni fin plus loin...
Nos
chemins franchiront
des rivières d'infini.
Toutes
les frontières feront ponts à l'oubli
de nos chagrins,
de nos deuils amassés.
Viens
jeter tes galets
aux cases de ma marelle,
Balancer
des pavés
au fonds noir de mon étang ;
J'en
ferai osselets
à lancer aux méandres
des artères et veines
ruisselant nos sangs...
Frissons
partagés
épanouis
sur nos routes folles
sans contrainte...
et ivres chants
entonnés en duo
d'une même voix
improvisée à l'unisson !
D'utopie
ou rêve d'hier,
foisonne et s'usine
un escompté léger
meilleur demain !...
12 janvier 2025
***
Un
grand et haut portail d'usé vieux fer rouillé.
Dans
mon regard, une ligne plus que fort droite ;
Au
rond-point d'horizon, une vraie croix dressée...
Un
bout de rue bordé de bien hauts verts cyprès ;
une belle promesse
de nature jolie,
de phosphore
et de métamorphose
en cet espace au parfum
soutenu et insistant
de la mort, tous azimuts !
Cet
alignement de tombes formant
une bordure uniforme de gris camaïeux....
Ô
cru cafard et rue blafarde
que cette allée du cimetière
de mon village ramassé
dans un drôle de sac morose
où s'accumulent
et percutent
à des pierres debout
des noms et des prénoms
et des dates d'années
accolées,
soigneusement jouxtées
de naissance et de décès...
Ce
jardin
des souvenirs
qui crie au monde
des vivants,
l'éteinte
renseignée victoire
de leurs désormais
atteints
réels silences...
18 septembre 2025
***
Toi,
dont j'ignore tout,
mais qui invite d'émoi,
ma sensibilité,
qui titille de désir,
l'envie de te savoir...
Que
j'aime à te prendre
par la taille périphérique
de ma page blanche...
Tel
un fouet plein l'âme,
un courant d'air
de mots absents,
qui tournoie
comme un blizzard,
sur les blancs
petits carreaux
de ton attendu rictus,
émail galactique,
supplique invoquée
d'assourdies paroles...
Que
j'apprécie à te prêter
attisées moultes attentions
à te serrer d'équivoques,
à te pallier d'ambiguïtés,
à te couvrir d'événements,
passant de ma tête
au sang bouillonnant
de ton corps me fixant
dans les yeux, assise...
Immobile,
visé regard,
fais jaillir des signes,
des dessins alignés...
tends la peau de ta joue
la rondeur de ta moue,
en la calligraphie écrite
de nos attraits...
Que
je te bois,
que je t'absorbe...
Que
j'inscrive,
alliée à ta bouche,
la première strophe
de nos avisées éclaircies,
la première averse du silence
donnant battement de cil,
cœur d'annonce éclatée
de la naissance
d'une esquisse
initiant la vibrante à peine
branche pointant du sol,
le début d'arbre
en la feuille vide du poème...
24 septembre 2025
***
Les
imprévus de l'âge...
Les
yeux plein soleil,
j'épouse ce doux silence
sous le saule reposé
reprenant des couleurs
sur le parc arboré
devant ma fenêtre,
non encor couvert
de jonquilles et crocus...
Un
merle pas moqueur
pour un sou,
se hisse vers le sommet
du prunus,
picorant dans sa course,
quelques insectes
précoces
et autres hâtives larves
fourmillant à son tronc..
À
moins
que ce ne fusse
une plus ronde grive,
un peu plus sombre
et foncée
que d'ordinaire...
J'ai
hélas la vision
qui, à droite, a baissé
son rideau...
Et
puis, à ce titre, dû
très sûrement à l'âge,
le soleil de plein fouet
en mes verts quinquets,
ne me fait point
de cadeau !
Lui,
le bel astre ébloui
sans l'avoir voulu,
je suppose,
me rend,
au cas précis,
la plus suscitée cécité
qu'il m'ait été,
à ce jour
par condescendance,
concédée...
15 janvier 2026
***
Accalmie
tout en élégance quand tu te tapis sous la caresse d'un rais oscillant sur
l'orée fluide et ronde de ta joue...
Le
soleil voyage derrière le duvet greneté de ton oreille, gorge ouatée
floutant ton fleuve velours...
Seul
séisme en ta chevelure à l'abandon ondulé quand j'amidonne ton poignet
d'une main glissée, par surprise, dans la tienne...
Le
jour faufile les reflets du vent à la surface de la pluie de nuit laissée
pour compte en plan sur la flaque au sol...
Viens
près de moi souffler l'allumette et retenir en tes yeux de jais, l'étincelle fuyante qui, grâce à toi, me tient
aujourd'hui encor en vie !
30 janvier 2026
***
Au
clair de nos lunes, j'ai perdu le nord !
Me
suis retrouvé cloué à tes bords...
Tu
as su me blottir en ta clairière,
prunelle verte acquise
en tes buissons...
J'étais
le sable, tu étais le sel.
Me
suis sucré du miel de tes ivresses...
Nos
corps emportés en nos folles vagues
Ont
coulé verticaux en leurs sabliers...
Des
remous en cascade,
d'éreintés flots
de fatigue et de dérision,
uniques...
La
mécanique des soleils en crue,
ports de dérive et de fascination !
Épris
des grains d'orge et des roux épis
sur ta peau d'orange nacrée, j'écris...
J'écris
ce don du ciel, ces chaleurs pures
cette heure intime
avec toi, vécue...
31 janvier 2026
***
En
ce voyage immobile que le soleil plombe au rond puits du regard
« Me
restent quelques branches descendant au sol son trop plein d'invisibles
larmes... »
fait remarquer le saule derrière le chamarré banc de
pierre attendant quelques fesses, au mitan de l'arboré jardin...
Le
rosé prunus perle ses gouttes d'émotions quand merlette et pigeon se font
gracieusement la course,
à picorer au bord de feuilles naissantes de
besogneuses fourmis en quête de fardeaux de frêles nourriture ou cicadelles
et cochenilles sortant hasardeusement leurs audacieuses têtes
d'une à demie soulevée
écorce...
Par-ci,
par-là, deux ou trois
bruissements d'ailes rayent insidieusement l'épaisseur
spongieuse de l'à peine audible ondulé silence.
7 mars 2026
***
Poème
à la vie
Je
rampe à ton chevet
comme
l'hirondelle avant l'orage
toi drôle d'imprévisible
vie sans âge
qui ne cesse de fissurer
de buriner
changer le visage
j'entends se lever les mots
si ailés d'un papillon
passant dolent éphémère
amasser envoler mes satanées pages
jusqu'à des nuages souhaités alors pleins d'oiseaux
Devrais-je
ciseler les mots pour emballer mes phrases
comme
rayée tirée d'une allumette
on déplie et libère l'étincelle
comme
on craque le papier
fripé de mille étoiles d'un cadeau ?
Je
rampe à ton chevet
comme
une limace après la pluie
en l'andain sous l'herbe folle...
Je
t'ai à l'œil assis
signé dans la marge
comme
un presque sourd
à demi-malentendant...
23 mars 2026
***
Se
perdre le cœur en les ambrées moirées méandres
de fuselées vibrantes jambes sustentatrices.
Savoir
retrouver l'élan du chemin grâce aux cailloux blancs, à de syncrétiques
cheveux d'anges éperdus
cocassserie sybarite sous frêle dessinée
dentelle
épousant à merveille,
la subtile évanescence
des collines ajourées
à l'orée de nacre d'un clair agité ventre...
Rester
un instant suspendu
à la ligne invisible de ta respiration lente ...
S'y
mouvoir sans heurt, pensif et coi, et comme un chat au bord de son
toit,
babines se pourléchant,
muscs souples, puis, glissant
retomber sur ses pattes en ton large ciel du soir, toi,
profilée muse, âme d'amante, sublimant des éthers longs de feuilles de
menthes, prolongés et tenaces... ô jour ouvert où se trace un doux fil du
temps aux mille nuances enlaçantes au nez de
parfums soutenus, sels chatoyants d'été sans heure cessant, ni fin en
vue.
Dites-moi,
est-ce possible, Madame, qu'il arrive,
éveillé,
qu'on se nourrisse d'un simple rêve, en toute humilité
? ...
6 janvier 2020, repris 24
mars 2026
***
Bout
de rue,
petite impasse
ou grand boulevard,
j'aimerais,
si c'était possible
que ce triptyque de mots
ne rime plus
avec cabossée couche
au clair de lune en hiver
et même en été ...
Lit
en carton, lit dans le journal, lit de papier...
vieilles guenilles et nippes crasses récupérées
ou matelas maculé pourri
sur planches brisées de maçon...
sur débris de ferraille
du grutier d'à côté...
palettes à clous
pour seuls pilotis,
volées la nuit
sur les chantiers
ou à la déchetterie ...
Dormir
à la belle étoile
c'est doux et agréable
pour l'estivant
sur le sable de plage
en plein mois d'août
Mais
l'étoile à minuit
n'est jamais très belle
quand on la reluque
du fond d'un squat
en ville sous la neige qui tombe
ou sous la pluie à verse
en chien de fusil sur une éventrée valise
à côté des poubelles
ou des décrépies pissotières
ou sur le banc rapiécé sous l'horloge arrêtée
d'un quai de gare abandonnée
où même le train
et depuis belle lurette
n'a plus du tout
l'idée ni l'envie
d'y venir
faire un tour ...
25 mars 2026
***
Un
souffle
Un
courant d'air
Une
feuille
pulsée poussée
hors de la branche
hors du front de l'arbre
hors du chant du vent
m'a fait tourner la tête
vers l'oiseau qui passait
son chemin par mon œil ouvert
à ce moment précis
où ce zéphir frais fit basculer vers le bas
mes deux paupières...
Rideau
de théâtre
sur ce tire-d’ailes
événementiel
tout à peine souvenu...
28 mars 2026
***
Le
frais zéphir chantonne sous les branches basses de l'ormeau
La
ville encor dort à cette heure de montante aurore
Le
vent apporte chuchotement
à mes tympans
M'attends-tu
encor
sur ton lit d'hôpital
ou es-tu déjà sortie
de ce gros souci ?
Ma
porte reste ouverte à ta visite
un bien chaud thé te sera servi.
28 mars 2026
***
Un
rouge-gorge trille sa chanson triste tout au gracieux cœur du saule.
Il
pleure son impuissance à gober cette longue verte sauterelle dormant comme
emboîtée dans une large feuille.
Ces
deux éléments naturels tellement imbriqués que l'utile ouverture de son bec
s'avère insuffisante.
Dépité,
l'oiseau s'enfuit, décolle,
il se dit qu'il reviendra demain.
espérant que la feuille se sera lentement dépliée
sans, par chance, n'avoir toutefois,
réveillé l'insecte !
28 mars 2026
***
L'île
qui flotte n'est pas un home de paix bien net
Les
blancs les jaunes s'y agitent s'y battent s'entremêlent
Ils
n'hésitent pas à même faire monter la mer
Ça
remue dans ce fjord étroit du grand nord
ça combat à perdre haleine
La
bise siffle son sucré parfum
Vahinées vanillées et liguriennes génoises en viennent
aux mains...
mais in fine,
elles ont du bol !...
Ainsi
se fond
s'érige s'étale s'invente un pays dessert
né de ce grand brassage de populations
j'ai nommé...
l'Omelette Norvégienne !
29 mars 2026
©Gilles Compagnon
|