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La rose blanche (photo de Dana
Shishmanian)
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Voyage onirique
Cheminant dans la campagne, et laissant mes
pensées m’envahir à leur guise, j’empruntais une route mystérieuse à la
naissance de l’aube ; je vis soudainement des lutins se dessiner à l’orée
de l’inquiétante forêt magique, émettant des sonorités insolites. Ma
curiosité exacerbée me poussa à m’y infiltrer à la recherche de
l’étrangeté. J’aperçus dans sa profondeur une multitude d’animaux sortant
de leur tanière en quête de nourriture ; puis j’entendis des chants émis
par de gracieuses elfes, s’amusant, virevoltantes, jouant autour d’une
rivière reflétant leurs jolies silhouettes, tout en distribuant des
poignées d’étoiles de bonheur. Mon regard se détourna ensuite vers des
oiseaux venus chanter leur propre mélodie, favorisant et aboutissant à
l’éclosion des fleurs au gré de la rosée du matin, aidés en cela par les
premiers rayons du soleil. Les elfes ayant cessé leurs joutes dansantes, je
me réveillai de mon songe éveillé en voyant une gentille infirmière venue
me prodiguer des soins, avant qu’elle ne s’évanouisse dans une lointaine
galaxie.
Pandora *
Sur
un chemin caillouteux me promenant, mes pas découvrirent au détour de
celui-ci une porte dimensionnelle. La curiosité m’étreignant, ne sachant
que faire, je me décidai à la franchir avec une certaine appréhension.
J’y
découvris un autre monde, végétal et inconnu ; j’entendis au loin des
grognements probablement émis par des animaux en train de s’affronter,
j’avançais à tâtons dans les méandres de ces lieux étranges, pour enfin y
croiser des vivants qui se révélèrent être des nains provenant de la Terre
du Milieu. Surpris de me voir et m’adressant la parole dans une langue
méconnue, ils me firent comprendre la complexité de ces endroits
enchanteurs mais dangereux.
Je
pris congé d’eux et poursuivis mes pérégrinations sur cette terre irréelle
et chimérique ; soudain le sol trembla et je vis un tyrannosaure passer
devant moi, m’évitant de justesse, un éléphant le suivit en barrissant. Je
commençais à regretter de m’être aventuré en cette contrée, lorsqu’une
jolie apparition se révéla à mes yeux : il s’agissait d’une Elfe venue à ma
rencontre. Elle était environnée de fleurs chatoyantes et l’on entendit à
proximité des cascades aux eaux limpides, attirant des espèces aquatiques
telles des sirènes venues y prendre leurs bains journaliers.
L’elfe
m’accompagnant me fit emprunter des sentiers invisibles aboutissant à la
visite d’un village composé de Na’vis * ; je fus
surpris de voir cette espèce extra-terrestre habitant sur Pandora nous
accueillir avec bienveillance et étonnement. Après avoir contemplé et
admiré leur paysage, écrin d’une beauté fantastique, je fus tenté de rester
en cette harmonie de couleurs telles qu’un peintre aurait pu les restituer
; je décidai cependant de quitter ces Avatars afin de regagner ma terre
d’origine. Ma gentille Elfe, que j’eus du mal à quitter, me conduisit par
des chemins détournés au seuil du portail dimensionnel ; m’apprêtant à le
franchir, je
la regardai une dernière fois avec tristesse alors qu’elle s'évanouissait
de ma vue.
Revenant sur ma planète, je redécouvris le bruit
et la fureur, par instants oubliés, ne me sentant plus en adéquation avec
cette si tortueuse et si compliquée société, et par trop mécanique ; je
pris la décision de me retirer de l’autre côté du monde.
* Les Na’vis et
Pandora sont des éléments de l'univers de science-fiction du film « Avatar
» de James Cameron, désignant un peuple d'autochtones humanoïdes géants à
la peau bleue vivant en symbiose avec leur nature sacrée.
Mélancolie
Dans
la floraison de ma mélancolie, je survis par-delà mon âme dans le songe
d'une nuit d'été. Au loin je perçois l'anxiété se rapprocher dans la
profondeur de mon être ; le désarroi m'accompagne dans la solitude des
pourpres jardins de l'oubli. Je me lève dans la morosité de la nuit tout en
me dirigeant vers la fenêtre afin d'y contempler Montmartre, surpris de
voir la Lune venue en voisine éclairer la basilique de sa blancheur
éclatante et immaculée. La rue commence à s'éveiller de ses multiples
bruits, répétant ainsi ses journées à l'infini. Le jour enfin levé
m'interrogeant sur son éternel recommencement, la pluie se manifeste
soudainement dans le clapotis de mes larmes. Je retrouve une existence
insipide et sans intérêt, je rêve d’un autre monde où la lune serait
blonde, où la terre pourrait être moins terre à terre.
J'entrevois
un passage dans lequel le ciel s'est ouvert, me faisant changer la course
des nuages et me faufiler à travers celle-ci pour y rejoindre, aux mille
feux de beauté, la planète atlante. Je comprends être arrivé, et commence mes
pérégrinations ; je découvre de magnifiques paysages ourlés de collines si
paisibles dont l’esthétisme raffiné me fait deviner le Jardin d’Éden. En
cheminant je rencontre une jolie jeune fille au teint de porcelaine de Saxe
me dévisager de son regard incandescent, surprise de me voir, et dont le
soleil se reflète dans l'éclat bleuté de ses yeux. Sans un mot elle me
prend la main, me conduit par monts et par vaux dans la tourmente de ces
nouveaux paysages, Où j'apprécie de voir des sources d'eau magique
desquelles sortent des cascades de lait pur ; j’entends les bruissements de
ce pays enchanteur d'où surgissent des forêts enchevêtrées de lianes et
pleines de mystères, je me décide à être enfin heureux en cette planète et
à y retrouver la plénitude de mes sens perdus.
Mélody, la rose blanche
Il
était une fois une petite rose blanche qui naquit en l’an de grâce 2026. Elle
vint au monde dans un jardin extraordinaire et se retrouva entourée de ses
frères et sœurs, qui l’accueillirent et l’applaudirent dans le battement de
leurs pétales de rose. Cette petite nouvelle venue se prénommait Mélody. À
chaque naissance de l’Aube, elle prenait sa douche à l’orée de la rosée du
matin.
Mélody
découvrit avec curiosité son berceau naturel, composé de fleurs, de
fougères et de racines provenant d’un grand chêne se trouvant tout à côté
d’elle. Ce dernier lui murmura et la rassura en lui disant qu’en cas de
danger, il veillerait sur elle. Mélody, n’ayant pas encore d’épines, put
faire sa gymnastique quotidienne dans le confort de son innocence. Elle
s’épanouissait dans la fluidité du temps et appréhendait le Monde avec
sérénité et naïveté.
Puis,
un jour, un bourdonnement se fit entendre. Une escadrille de bourdons
s’approcha de l’endroit où vivait Mélody ; elle eut peur
de ce phénomène étrange et se calfeutra sous les énormes racines de
son ami, le chêne Victor. Celui-ci, qui était endormi, ouvrit les yeux et
chassa les intrus en secouant ses multiples branches, faisant virevolter
son feuillage et assurant ainsi un manteau protecteur pour Mélody.
Les
jours se poursuivirent dans la joie d’être en ce jardin d’Éden. Mais
parfois, les abeilles venaient la butiner, ce qui l’agaçait
prodigieusement, de sorte qu’elle finit par refermer ses pétales.
Un
jour, un animal s’approcha d’elle par curiosité et lui tînt ce discours : «
Je suis un petit chat et je te trouve très belle, jolie rose blanche.
J’aimerais me lier d’amitié avec toi, je me prénomme Hector. »
Mélody
en fut tout émoustillée et lui présenta Victor, le chêne, qui lui accorda
toute sa confiance. Tout ce petit monde — Mélody, Victor, les autres roses
et Hector — vécut en harmonie jusqu’aux confins des temps.
L’Osmose des Éveillés
À
l’orée d’un songe, un piano s’est levé,
Porté
par les vents sur la forêt muette,
Où
les bourgeons d’ombre, soudain ravivés,
Offraient
leur lumière en une humble fête.
Elle
vint vers moi, l’éclat bleu dans les yeux,
Mêlant
la rigueur d’une pensée de fer
À
la douceur pure d’un cœur radieux,
Fleur
de résistance au milieu de l’enfer.
«
Pourquoi ces carcans ? » ai-je dit à voix basse,
Tandis
que le monde étouffait ses clameurs.
Elle
prit ma main, abolissant l’espace :
«
La révolte, dit-elle, est une fleur qui ne meurt. »
«
Contemple le calme et le sacré silence,
C’est
là que se forge le glaive du vrai ;
Face
à l’injustice, l’ultime insolence
Est
de garder l’âme en un jardin secret. »
Le
rêve s’efface et l’ombre recommence,
Mais
l’osmose demeure au fond de mes pas :
Je
ramène en moi cette immense espérance,
Que
le monde est absurde, mais que l’esprit ne l’est
pas.
© Pierre-Olivier Deshay
J'étais hospitalisé depuis un
certain nombre de mois et j'avais assez fréquemment des nuits d'insomnie.
Puis au cours de l'une d'entre
elle, le don de l'écriture m'est venu en regardant la nuit profonde.
Aussitôt une réflexion a surgi dans mon esprit (vivement que la nuit
s'achève) et c'est de là que j’ai commencé à écrire, au début,
principalement de la prose, au sujet de mes infirmières.
Les mots me venaient très
facilement, à mon grand étonnement.
J'ai acquis de ce fait une
assurance intérieure qui m'a fait admirer les beaux textes de la
littérature et de la poésie.
Ma mère me lisait étant petit
des classiques comme Corneille afin de m'endormir.
(l’auteur)
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