TERRA INCOGNITA

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Archives : Terra incognita

Été 2026

 

Pierre-Olivier Deshay :

 

Voyages oniriques.

 

(*)

 

 

 

 

La rose blanche (photo de Dana Shishmanian)

 

***

 

 

Voyage onirique

Cheminant dans la campagne, et laissant mes pensées m’envahir à leur guise, j’empruntais une route mystérieuse à la naissance de l’aube ; je vis soudainement des lutins se dessiner à l’orée de l’inquiétante forêt magique, émettant des sonorités insolites. Ma curiosité exacerbée me poussa à m’y infiltrer à la recherche de l’étrangeté. J’aperçus dans sa profondeur une multitude d’animaux sortant de leur tanière en quête de nourriture ; puis j’entendis des chants émis par de gracieuses elfes, s’amusant, virevoltantes, jouant autour d’une rivière reflétant leurs jolies silhouettes, tout en distribuant des poignées d’étoiles de bonheur. Mon regard se détourna ensuite vers des oiseaux venus chanter leur propre mélodie, favorisant et aboutissant à l’éclosion des fleurs au gré de la rosée du matin, aidés en cela par les premiers rayons du soleil. Les elfes ayant cessé leurs joutes dansantes, je me réveillai de mon songe éveillé en voyant une gentille infirmière venue me prodiguer des soins, avant qu’elle ne s’évanouisse dans une lointaine galaxie.

 

 

Pandora *

Sur un chemin caillouteux me promenant, mes pas découvrirent au détour de celui-ci une porte dimensionnelle. La curiosité m’étreignant, ne sachant que faire, je me décidai à la franchir avec une certaine appréhension.

J’y découvris un autre monde, végétal et inconnu ; j’entendis au loin des grognements probablement émis par des animaux en train de s’affronter, j’avançais à tâtons dans les méandres de ces lieux étranges, pour enfin y croiser des vivants qui se révélèrent être des nains provenant de la Terre du Milieu. Surpris de me voir et m’adressant la parole dans une langue méconnue, ils me firent comprendre la complexité de ces endroits enchanteurs mais dangereux.

Je pris congé d’eux et poursuivis mes pérégrinations sur cette terre irréelle et chimérique ; soudain le sol trembla et je vis un tyrannosaure passer devant moi, m’évitant de justesse, un éléphant le suivit en barrissant. Je commençais à regretter de m’être aventuré en cette contrée, lorsqu’une jolie apparition se révéla à mes yeux : il s’agissait d’une Elfe venue à ma rencontre. Elle était environnée de fleurs chatoyantes et l’on entendit à proximité des cascades aux eaux limpides, attirant des espèces aquatiques telles des sirènes venues y prendre leurs bains journaliers.

L’elfe m’accompagnant me fit emprunter des sentiers invisibles aboutissant à la visite d’un village composé de Na’vis * ; je fus surpris de voir cette espèce extra-terrestre habitant sur Pandora nous accueillir avec bienveillance et étonnement. Après avoir contemplé et admiré leur paysage, écrin d’une beauté fantastique, je fus tenté de rester en cette harmonie de couleurs telles qu’un peintre aurait pu les restituer ; je décidai cependant de quitter ces Avatars afin de regagner ma terre d’origine. Ma gentille Elfe, que j’eus du mal à quitter, me conduisit par des chemins détournés au seuil du portail dimensionnel ; m’apprêtant à le franchir, je la regardai une dernière fois avec tristesse alors qu’elle s'évanouissait de ma vue.

Revenant sur ma planète, je redécouvris le bruit et la fureur, par instants oubliés, ne me sentant plus en adéquation avec cette si tortueuse et si compliquée société, et par trop mécanique ; je pris la décision de me retirer de l’autre côté du monde.

 

* Les Na’vis et Pandora sont des éléments de l'univers de science-fiction du film « Avatar » de James Cameron, désignant un peuple d'autochtones humanoïdes géants à la peau bleue vivant en symbiose avec leur nature sacrée.

 

 

Mélancolie

Dans la floraison de ma mélancolie, je survis par-delà mon âme dans le songe d'une nuit d'été. Au loin je perçois l'anxiété se rapprocher dans la profondeur de mon être ; le désarroi m'accompagne dans la solitude des pourpres jardins de l'oubli. Je me lève dans la morosité de la nuit tout en me dirigeant vers la fenêtre afin d'y contempler Montmartre, surpris de voir la Lune venue en voisine éclairer la basilique de sa blancheur éclatante et immaculée. La rue commence à s'éveiller de ses multiples bruits, répétant ainsi ses journées à l'infini. Le jour enfin levé m'interrogeant sur son éternel recommencement, la pluie se manifeste soudainement dans le clapotis de mes larmes. Je retrouve une existence insipide et sans intérêt, je rêve d’un autre monde où la lune serait blonde, où la terre pourrait être moins terre à terre.

J'entrevois un passage dans lequel le ciel s'est ouvert, me faisant changer la course des nuages et me faufiler à travers celle-ci pour y rejoindre, aux mille feux de beauté, la planète atlante. Je comprends être arrivé, et commence mes pérégrinations ; je découvre de magnifiques paysages ourlés de collines si paisibles dont l’esthétisme raffiné me fait deviner le Jardin d’Éden. En cheminant je rencontre une jolie jeune fille au teint de porcelaine de Saxe me dévisager de son regard incandescent, surprise de me voir, et dont le soleil se reflète dans l'éclat bleuté de ses yeux. Sans un mot elle me prend la main, me conduit par monts et par vaux dans la tourmente de ces nouveaux paysages, Où j'apprécie de voir des sources d'eau magique desquelles sortent des cascades de lait pur ; j’entends les bruissements de ce pays enchanteur d'où surgissent des forêts enchevêtrées de lianes et pleines de mystères, je me décide à être enfin heureux en cette planète et à y retrouver la plénitude de mes sens perdus.

 

 

Mélody, la rose blanche

Il était une fois une petite rose blanche qui naquit en l’an de grâce 2026. Elle vint au monde dans un jardin extraordinaire et se retrouva entourée de ses frères et sœurs, qui l’accueillirent et l’applaudirent dans le battement de leurs pétales de rose. Cette petite nouvelle venue se prénommait Mélody. À chaque naissance de l’Aube, elle prenait sa douche à l’orée de la rosée du matin.

Mélody découvrit avec curiosité son berceau naturel, composé de fleurs, de fougères et de racines provenant d’un grand chêne se trouvant tout à côté d’elle. Ce dernier lui murmura et la rassura en lui disant qu’en cas de danger, il veillerait sur elle. Mélody, n’ayant pas encore d’épines, put faire sa gymnastique quotidienne dans le confort de son innocence. Elle s’épanouissait dans la fluidité du temps et appréhendait le Monde avec sérénité et naïveté.

Puis, un jour, un bourdonnement se fit entendre. Une escadrille de bourdons s’approcha de l’endroit où vivait Mélody ; elle eut peur de ce phénomène étrange et se calfeutra sous les énormes racines de son ami, le chêne Victor. Celui-ci, qui était endormi, ouvrit les yeux et chassa les intrus en secouant ses multiples branches, faisant virevolter son feuillage et assurant ainsi un manteau protecteur pour Mélody.

Les jours se poursuivirent dans la joie d’être en ce jardin d’Éden. Mais parfois, les abeilles venaient la butiner, ce qui l’agaçait prodigieusement, de sorte qu’elle finit par refermer ses pétales.

Un jour, un animal s’approcha d’elle par curiosité et lui tînt ce discours : « Je suis un petit chat et je te trouve très belle, jolie rose blanche. J’aimerais me lier d’amitié avec toi, je me prénomme Hector. »

Mélody en fut tout émoustillée et lui présenta Victor, le chêne, qui lui accorda toute sa confiance. Tout ce petit monde — Mélody, Victor, les autres roses et Hector — vécut en harmonie jusqu’aux confins des temps.

 

 

L’Osmose des Éveillés

À l’orée d’un songe, un piano s’est levé,

Porté par les vents sur la forêt muette,

Où les bourgeons d’ombre, soudain ravivés,

Offraient leur lumière en une humble fête.

 

Elle vint vers moi, l’éclat bleu dans les yeux,

Mêlant la rigueur d’une pensée de fer

À la douceur pure d’un cœur radieux,

Fleur de résistance au milieu de l’enfer.

 

« Pourquoi ces carcans ? » ai-je dit à voix basse,

Tandis que le monde étouffait ses clameurs.

Elle prit ma main, abolissant l’espace :

« La révolte, dit-elle, est une fleur qui ne meurt. »

 

« Contemple le calme et le sacré silence,

C’est là que se forge le glaive du vrai ;

Face à l’injustice, l’ultime insolence

Est de garder l’âme en un jardin secret. »

 

Le rêve s’efface et l’ombre recommence,

Mais l’osmose demeure au fond de mes pas :

Je ramène en moi cette immense espérance,

Que le monde est absurde, mais que l’esprit ne l’est pas.

 

 

© Pierre-Olivier Deshay 

 

J'étais hospitalisé depuis un certain nombre de mois et j'avais assez fréquemment des nuits d'insomnie.

Puis au cours de l'une d'entre elle, le don de l'écriture m'est venu en regardant la nuit profonde. Aussitôt une réflexion a surgi dans mon esprit (vivement que la nuit s'achève) et c'est de là que j’ai commencé à écrire, au début, principalement de la prose, au sujet de mes infirmières.

Les mots me venaient très facilement, à mon grand étonnement.

J'ai acquis de ce fait une assurance intérieure qui m'a fait admirer les beaux textes de la littérature et de la poésie.

Ma mère me lisait étant petit des classiques comme Corneille afin de m'endormir. 

(l’auteur)

 

 

 

(*)

 

La poésie s’ouvre telle une rose blanche à toute âme qui rêve… qui bascule pour un instant, ou plus, du côté de l’inconnu, de l’imaginaire nourrissant d’au-delà du quotidien, tout en en extrayant des éléments indiciels qu’elle transforme en ce qu’on appelle des symboles… mais ne seraient-ils pas plutôt des esprits d’un autre monde qui s’infiltre dans le « nôtre » ou qui le sous-tend, le faisant « être » ?...

Ainsi va-t-il pour Pierre-Olivier, qui se découvre poète dans des circonstances sans doute pas banales… puisqu’elles lui révèlent, à travers une faille qui se creuse pour lui dans la « réalité », tout un univers enchanté… qu’il lui incombe désormais d’explorer : bonne route, cher ami !

(D.S.)

 

 

Pierre-Olivier Deshay

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