|
I
Le Jardin où l’on demeure
On
a retrouvé corps et sourire intacts
Devant
l’autel
Face
à Lui
La
dame qui offre la rose
L’homme
à la chasuble
Les
deux l’ont découvert ainsi
Allongé
dans son lit-parquet-chauffé
Sans
un linceul sans un drap
Dans
une nudité confondante
Avec
ses habits vieux et rapiécés
Le
regard du gars sombre
Du
mec qui boit un café mange une tartine
Ses
yeux couleur de vie malgré l’absence de vie
Que
personne ne comprend
La
dame dépose sur ce corps-sourire
Sept
roses
Elle
les lance
Elles
atterrissent sur lui
Des
roses blanches
Verdeur
candeur dans les airs
Sur
son buste éteint
Plus
tard…
Qui
l’a déposé, lui, si vivant encore
Dans
un rectangle en bois
Si
beau à l’intérieur
Avec
son sourire-lumière
Qui
illumine les vivants assis dans la nef
les vivants
Que
l’on n’a pas fini de voir crever
Du
manque de tout
Le
Tout que lui Est
Maintenant
à tout jamais
Prière
Recueillement Dévotion au chaud
Égrégore
pour son corps mort
Du
ciel
Les
accueillir sans un mot
Le
corps déshabillé et l’âme revêtue
De
contours infinis de rêves ininterrompus
Le
personnel en noir
Visages
de façade et mains en faction
Pour
l’enfermer dans ce rectangle étroit
Qui
ne veut vraiment rien dire
Il
n’y a absolument plus qu’un vide incomplet dedans
Tout
sourit maintenant partout et nulle part
Six
pieds sous terre n’ont guère de sens
Lui
dont l’Être en Majesté
Renaît
Dans
un ciel qui lui sourit
Et
ne se méprend jamais
Quand
il accueille
Une
nouvelle recrue dans l’antre de ses mains
Il
est entre de bonnes mains
Dans
un Jardin
Dans
Le Jardin…
Qu’il
ne sera plus nécessaire de retrouver
Le
Jardin où l’on demeure
Non
plus locataire
Pas
plus propriétaire
Le
Jardin qui côtoie les voisins et les confins
Le
Jardin qui récuse les mots les heures les endroits
Le
Jardin où tout un chacun
S’ancre
et s’élève
Dans
un éternel refuge…
II
Retour ?
Une
voix atone blanche dit Tu veux ?
Réponse
Non
Pas
de matrice pas de descente pas de retour
Si
c’est pour connaître à nouveau le froid le béton la
Faim
Et
la fin
À
quoi bon
La
même voix qui insiste Pour aider ?
Il
pense
…Je suis si bien de l’autre
côté
De l’autre côté de la montagne
L’idyllique
l’édénique demeure…
Au
moins là où il est
Il
n’a plus la cage en guise de corps
Il
n’a plus la peau fripée la chemise déchirée
Le
visage en bariolé
Mais
il garde le sourire aux anges
Au
Royaume blanc
L’esprit
blanc
La
blancheur, seul point de mire
Et
un cœur-métronome
Qui
bat au rythme du cosmos sans fin
Et
ce battement-là est inouï
On
avait dit en des temps terrestres
Des
âneries à propos de là où il demeure
Un
détritus de mensonges
Le
noir opaque
L’interrupteur
qui s’éteint
La
lampe flinguée
Le
néant qui se répand
Et
bouche tous les coins les recoins
L’horizon
que l’on abat d’un coup de semonce
On
avait exposé le cadavre puant
L’épouvante
de la faux
Le
désastre des défunts des vivants le cœur en
fragments
Mais
de l’esprit rien, aucune vision
Et
du sourire permanent immanent
Rien
non plus
Aux
abonnés absents
Et
tout ça pourquoi
Pour
faire peur
Encore
la voix qui revient…. Un
retour ? Un salaire ?
Mais
il ne l’entend pas ainsi
La
plus belle récompense
C’est
le Jardin éternel
Il
répète lui aussi atone
Non
III
L’enfant
Il
entend sa voix chérubine
Ce
trottoir si lugubre enneigé
Et
son visage presque déchiqueté par les flocons
glacés
L’enfant
Qu’il
a connu dans le temps et le lieu et l’enfer
L’enfant
encore à peine vivant
Et
la voix comme une ritournelle Et l’enfant ?
Lui
insuffler le souffle manquant la vigueur
Qui
manque à son cœur
Mais
pour cela
Retour
contraint
Avec
la cage obligée comme corps
Et
le segment limité du passage
Et
le pont à franchir
Tout
ce parcours pourquoi ?
Pour
l’enfant…
C’est
l’enfant qui hurle
Regard
rivé vers les cieux
Bouche
béante mains suppliantes
Corps
à mi-chemin
Entre
terre et ciel
C’est
l’enfant que l’on ignore
Sur
les trottoirs noirs
Sous
l’égide d’un plafond blanc
Qui
inspire une profonde pitié
Qui
expire au pas des passants
Qui
ira vers lui
Et
dire mon petit
Qui
ira se pencher
Un
geste câlin une piécette un amour de couverture
Une
parole qui dit Aime
Il
n’y a que le vent du nord
Que
la neige-avec-sa-pluie-de-flocons-meurtris
Que
la glace des regards
Que
le passé mort que l’avenir qui a tort
Pas
l’once d’un espoir
Pour
l’enfant
Qui
respire un peu la mort
Que
faire…
Une
fois dans le ciel clément
Il
entend l’enfant
Brailler
pleurer se contorsionner
Lui
qui cajole la ligne invisible du Cosmos
Il
est secoué par les spasmes de l’enfant
Et
il ne voudrait pour rien au monde
Quitter
cette ligne dont il est épris
Une
ligne qui s’offre comme le corps de l’univers
Le
corps d’un atome
Mais
l’enfant vient jusqu’à lui
Ses
larmes transpercent
Une
flèche fuse jusqu’à la ligne du cosmos
Et
la voix dit Et maintenant ?
Es-tu ici pour te repaître et
ignorer l’enfant ?
Il
se dit
Voilà
mon Jardin Retrouvé
Je le croyais à moi et pour
toujours
Mais
la voix sentencieuse cette fois-ci murmure
Le Jardin n’est ni perdu ni
retrouvé
Le Jardin veille toujours
quelque part
Entre ciel et terre
Sur Terre ou ailleurs
Dans le ciel ou ailleurs…
Vas-y et tu verras
L’enfer
est derrière
N’aie crainte mon ami !
©Rémi Madar
Saint-Gratien,
le 2 décembre 2025.
|