TERRA INCOGNITA

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Archives : Terra incognita

Automne 2026

 

Stéphane Cordobes :

 

« Tu rêves de retrouver ta nature profonde…»

 

(*)

 

 

 

 

 

Peinture de ©Hélène Courtellemont (voir sa page FB)

 

***

 

 

Immensité

 

Une illustration de ciel jaune 

Comme une immensité 

Posée sur la mer aux vagues 

D'apparats,

Dorures dans le tableau uniforme où l'on s'abîme 

Sans revenir,

Ivres de nos secrets révélés 

À la rime dernière,

Et pourtant on revient quand même sur la grève,

Rejoindre les tourments de faïence,

Les obédiences de suffocation,

Nos raisons intimes à contre cœur 

Dont on ne se défait jamais,

Accrochés à la vie par les lacets 

De nos regrets indicibles,

Avec nos regards curieux et implorant une gratitude pour 

Ton amour,

Toute une immensité jaune à 

Captiver ton regard 

Et t'emmener ailleurs là où 

Tu vis ta paix coupable au fil 

Des jours de déshérité,

Dans ta solitude incarnée 

Au fond des vagues de ton 

Caractère,

Ta mer de soubresauts où tu renies ou tu implores,

Et ton imaginaire abandonné à 

La dérive tranquille de ton hiver,

À tes errances glacées sans 

Recours,

À tes vaines prières telles des 

Esquisses de papier. 

Tu rêves de retrouver ta nature 

Profonde,

Ton immensité jaune à contempler sans remords,

Une coupure de glaive à fleur de peau pour ton amour 

À renouer sur le rivage des dernières fois. 

 

Te voilà immobile, face à l'immensité de tes évasions,

Et ton regard est froid...

 

 

 

Errances

 

Dehors des torts se promènent 

En toute innocence 

Et je reste dans ma bulle coffre-fort 

Où je dépense les mots comme 

On jette des pièces de monnaie,

Je jette des couleurs d'hypothèses fragiles sur le 

Blanc du papier froid 

Comme des corps oubliés,

Et ma mémoire s'en mêle 

Afin que je rende justice 

Aux souvenirs de porcelaine. 

J'ai le teint pâle et les yeux cernés,

Il me faudrait croire en mes repentances 

Mais ça me paraît l'idée d'un autre,

Alors je me tiens droit face aux 

Soucis de faïence,

Je garde la main sur mon As de pique 

Pour les derniers jetons du 

Dernier poème à fabriquer quand je n'aurais plus le temps 

D'éprouver ma solitude,

Laissée sur le carreau avec le 

Dernier remords. 

Il nous faudrait une aventure 

Sur le carrelage,

Il nous faudrait un autre courant 

D'air sur les revanches des rêveurs,

Et des couloirs intimes pour y 

Trouver une conquête 

À fleur de peau,

La conscience lavée et pure 

Pour se consacrer entier à 

Un Amour sorti de l'épure,

Pour les belles vagues à l'âme 

Des îles convaincues, 

Où les couples vont s'éteindre 

La nuit tombée dans le silence et la paix 

Des errances dernières...

 

Il me faudrait toucher le corps 

Lascif de la paix rendue,

Alors je déborde sur la page 

Blanche de colombes à la 

Marge des amours vaincues...

 

 

 

Écritures

 

Plus d'un millier de poèmes en vers libres depuis trois ans,

Et je n'ai pas trouvé le nœud Gordien,

Le point cardinal, les lignes de 

La main que j'ai cherchée obstinément 

Sous la pluie de l'écriture,

Où j'ai dessiné des portraits de visages aimés,

Où j'ai marché tout au long de 

La belle Avenue 

Pour revoir la maison d'enfance,

Plus d'un millier de poèmes 

Comme un usage de la liberté 

D'une âme convaincue,

Mais je n'ai pas trouvé de frères,

Je suis resté fils unique ayant perdu sa mère,

J'écris toujours pour les lignes 

Bleues des pactes secrets,

Pour le sable d'or de la plage 

Infinie où se retirer enfin,

J'écris toujours pour le rappel 

De la chanson qui émeut aux 

Larmes,

Mais je ne trouve pas les lignes 

Pures de ma tristesse 

À vendre, 

Pour la dépossession entière 

La perte du dernier costume 

Dans une brume bleue 

Où l'on distingue encore un 

Visage de camarade 

À la lumière du réverbère,

J'écris encore pour oublier tous 

Les torts considérés,

Pour se tenir droit face au remords qui a voulu te faire la 

Peau,

J'écris pour les lignes Bleues où 

Nous sommes intouchables 

À nous créer des saisons posthumes 

Dans la poussière des déraisons 

Et de la patience,

Et des éclats de faïence qui se 

Fissure à mesure que tu 

Avances,

J'écris des lignes de chance,

Ma démarche éperdue sur le fil 

D'une liberté inaliénable,

J'écris pour approcher la caresse du bout des doigts de 

Givre,

Pour regagner l'amitié comme 

On touche au large,

Pour la fêlure en marge et l'espoir aux poignets,

Pour les beaux regards de retrouvailles sur le quai 

De papier glacé. 

 

Il est temps de fermer le ban,

Le poing fermé,

Mes mains de ville ouverte,

Mon teint pâle pour vous signifier la fin...

 

Jusqu'à demain. 

 

 

 

La plage

 

Cavalcades de minutes 

Sur mon insécurité,

Je plane ailleurs pour trouver 

La plage où te revoir,

Et te retenir pour des heures 

Où joindre nos regards. 

Il est tôt, si tôt pour se sentir 

Invincible et 

L'indicible est un mensonge 

En noir et blanc. 

Le temps me passe dessus 

Comme un train fantôme,

Et je lui tends les clés 

De mes évasions et mes 

Insolences. 

 

La plage a ses colombes au bord des vagues. 

Je reste dehors, debout sous les trombes d'eau...

 

 

 

Mercredi

 

Milieu de semaine.

Immense plaine imaginaire 

Où s'égarer 

Jusqu'à cette forêt de mythes,

Où la magie opère

Si vite malgré vous et vous change 

En quelqu’un de meilleur. 

J'ai les deux pieds dans la poussière 

Et L'esprit en escapade à contre cœur 

Une barque livrée aux vagues de 

L'amertume 

Qui ne chavire jamais 

Malgré les horizons de brume,

Effacée dans la patience 

Et les rythmes défaits de 

L'écriture  

qui me dompte,

Quand je suis ses couloirs infinis pour la rencontre. 

Je vis dans le calme plat qui m'intime d'inventer 

Pour habiller les heures,

Je descend dans le cratère 

Pour me laver de tous les manques,

Me dilapider au soupçon de la guerre 

Quand je grimpe aux étages 

Pour une chute libre. 

Fissurer la carapace glacée 

Pour les essors fragiles,

Supporter la pensée de l'absence 

La pauvreté du décor 

Habité au bord du monde. 

 

Milieu de semaine au centre des mots qui défilent. 

Rien ne bouge au cœur de mes cloisons,

Dans la paix fragile de ma raison. 

 

 

 

Hasards

 

Il me fallait trouver un ciel 

Aux teintes orangées 

Comme une peinture sur les 

Mots derniers,

Un regard sur le jour 

je me traîne 

Encore 

Pour vous atteindre 

Derrière les prétextes,

Ce calme plat qui me tend la 

Main 

Pour me rendre futile et dérisoire 

J'écris des lignes d'histoires 

Par centaines 

Pour chasser l'inutile regret,

La main froide que 

Je ne tends à personne,

Avez-vous aussi des vies 

d'avant 

La catastrophe 

Qui vous a fait différents, 

Dans une paix coupable 

Où l'on s'étiole doucement 

À chercher les hasards 

Heureux 

Jusqu'à pas d'heure,

Mais ils ne viennent jamais 

Ils ne viendront pas 

Pour vous rendre meilleurs. 

Alors on partage un ciel 

Orange 

Des faux poèmes de n'oser 

La prose,

Un faux procès sans procureur 

Où je délibère tout seul 

Face à l'ornière,

Encerclé de solitude 

De poussière 

Pour les gravats des mots qui 

S'accumulent 

Dans le tunnel qui mène au coffre,

Je dépose le sens du voyage 

Ici,

Une offre sentimentale 

Au centre du cratère,

Pour un éclat d'ampoule 

Juste un sursaut de flamme 

Au milieu des fleurs Inventées 

Sans pétales 

Où je piétine pour un partage 

De regards. 

 

Mardi n'a rien à rétorquer. Pas 

De hasards heureux aux entournures,

Mais un ciel aux teintes orangées pour illustrer mes 

Défaillances de murmures...

 

 

 

Amis

 

Je me souviens de notre rencontre 

Il y a quinze ans. 

On arpentait la rue d'Espagne 

L'amitié nous rendait vivants 

Et drôles et légers. 

Mais les années passent, 

Impitoyables pour le bonheur 

D'un certain âge.

Lui s'est remarié, 

Tandis que je vis seul à faire des croix 

Dans des cases 

Toute la sainte journée. 

Le deuil m'a frappé un matin,

Et j'ai vieilli pour deux. 

Je regarde des photos de colombe,

Trace des cercles sur le papier 

Pour y poser les mains. 

La focale sur les instants habités de multitudes 

De hasards. 

J'écris des poèmes de vers libres,

Et regagne l'amitié comme on 

Touche au large. 

Des bribes de mer agitée de ci de là,

Quand je décris des horizons saturés 

Pour le partage. 

Pour l'illusion des ressemblances,

Et des visages à contre-jour. 

Des ombres portées à fleur de 

Mots. 

Il est l'heure de vous laisser 

Suivre le courant. 

 

J'attends un rivage comme un cadeau...

 

 

 

Voyages

 

Un rai de lumière perce à travers les nuages,

Métaphore de l'espoir possible 

Dans les temps sombres,

Le mental ce n'est que ça.

 

Le trait de lumière qui rôde 

Au milieu des ombres,

 

Un visage rajeuni par le regard qui s'allume soudain,

La petite flamme qui persiste 

En nous 

Contre vents et marées,

 

L'adversité en contre-jour que 

L'on regarde dans les yeux.

Il y a des belles insolences aux 

Confins du Sérieux 

Usurpateur de nos identités 

À marche forcée.

 

" Comme insensé ce matin le long sanglot sur la fenêtre ".

 

Je rêve de lignes abrasives 

Sur la coursive sans capitaine 

Où je fabule sans oraisons,

Une bulle dans un dessin 

Un graffiti de mur porteur à 

Déposer les matins blêmes 

Comme des syllabes 

De retrouvailles. 

 

Je vais de Charybde en Scylla 

Pour sortir de l'épure,

Graduer mes batailles et 

Mes désamours 

Au sein des pages à convaincre 

 

Comme on se tient droit. 

 

C'est un voyage immobile à vous rendre justice,

Un contre-feu dans les offenses,

Une déviation de rond-point 

Ma chance appliquée comme 

Une mathématique bleue. 

Le besoin d'une clairière 

Derrière mes rideaux opaques. 

 

Samedi à reconnaître pour le rai de lumière perçant les nuages. 

 

Je vous souhaite une plage 

À portée. 

 

Et un visage à aimer...

 

 

 

Dimanche

 

J'ai parcouru les lignes des autres 

Pour voir les reflets des mondes qu'ils portent

À vos yeux,

J'ai choisi une image subliminale 

Pour me joindre à vous 

Le temps d'un soupir sur la 

Page 

Un temps de décimales 

Mon abri de retrouvailles 

Où plus rien n'existe autour. 

Je me demande où la mémoire 

Vous emmène 

Les jours de givre et les soirs 

Sans tendresse,

On ne sait rien des regards des autres à la fenêtre,

Dans les instants habités 

Où l'on décline doucement,

Chacun sa paix coupable 

À moins de ne rien regretter. 

Maudit soit le sol 

À cause de toi...

J'ai pris le parti d'un poème 

À défendre 

Il était cerné de toutes parts 

Alors je suis intervenu 

Pour qu'il ne sombre pas 

Sous les coups 

De la pénombre des regrets 

Et des regards d'opprobes

Qui voulaient sa peau 

Et son dernier soupir. 

Depuis j'écris pour préserver 

Mon territoire 

Pour les regards à travers les Non-dits 

Les rideaux opaques 

Et les espérances bénies 

Qui nous gardent vivants 

Malgré la solitude despotique 

Et les tourments 

Qu'on se fabrique malgré nous. 

Je vis pour des rendez-vous

Catégoriques 

À mon sujet,

Il me faut percer chaque jour 

Une fine couche de béton 

Pour apercevoir le soleil 

Et les regards bleus 

Sur mon pas cadencé à l'unisson 

Du champ des braves,

Je vis selon des codes qui 

Échappent aux algorithmes 

Pour des connivences de dernière minute,

Mon innocence calfeutrée,

Je ne sais que le présent 

Et l'écriture en pulsations. 

 

Je me demande où la mémoire Vous emmène,

Les jours de givre et les soirs Sans tendresse.

J'écris dans l'espoir des connivences sur la page. 

Et c'est bien assez 

Vous pouvez me croire...

 

 

 

Illusions

 

Vendredi à sortir de l'ornière 

Ou de l'épure,

J'ai des idées pures et blessées 

Sur le parterre de l'avenir 

Où je suis insolvable 

On ne me prendra rien qui vaille. 

Me voilà vaillant aux premiers mots posés de l'antidote 

Comme des notes de piano-bar 

Dans les volutes bleues de fumée 

Quand on s'égare pour la paix 

Pour la peine 

Des engelures au bout des doigts gelés 

Dans la patience des jours à 

Te trouver semblable 

À la veille 

Dans ta poursuite vaine des 

Mots du rappel 

À remonter sur les scènes intimes 

L'ordre secret à rétablir pour 

Convaincre ton âge 

De te laisser tranquille 

Au plus près de ta voix profonde 

Et les errances immobiles 

Où tu sondes les abîmes pour les faire surface de tissu fragile 

À poser sur la table 

Comme une nappe brodée 

À la machine à écrire. 

Tu as cerné les éléments à 

Prendre à contre-pied 

Pour garder le contrôle et puiser 

L'eau de source 

Où s'immerger entier 

Tu as volé tes mots de paix 

Sur le passé confronté 

Et vaincu 

Dans la communion des innocences.

Il y a toujours un sens à traquer 

Sans répit 

Dans l'évanescence 

des rêves évanouis 

À l'âge où le temps compte double 

À t'enlever des choses 

Voilà que tu écris comme on 

Trace des cercles 

Autour de fleurs fanées 

Sur ton sol les pétales sont 

Tombés 

Sans t'en vouloir 

C'est ta chance fabriquée de 

Toutes pièces 

Dans les frimas de papier. 

 

Vendredi de permanences 

Sans équivoque.

Je marche sur les pétales. 

Les illusions m'ont convoqué...

 

 

Noodles.1976 (© Stéphane Cordobes)

 

 

 

(*)

 

Je m'appelle Stéphane Cordobes. J'ai 49 ans et je vis au Pays Basque

Mon aventure dans l'écriture a commencé il y a environ 4 ans. Après un deuil soudain et la perte de ma mère qui fut un drame pour moi. Il m'a fallu environ 2 ans pour me remettre de ce terrible coup du destin. J'ai commencé à écrire tous les jours de la poésie en vers libres ou en prose. Cette discipline quotidienne ne m'a pas quitté jusqu'à aujourd'hui où j'ai 2 recueils terminés, un déjà envoyé aux maisons d'édition et un second plus abouti dont je finis la mise en page avant l'envoi aux éditeurs.

J'ai trouvé très intéressant de vous faire parvenir une dizaine de mes poèmes pour que vous puissiez vous faire une idée de mon univers et dans l'espoir d'être lu au sein de votre revue qui donne sa chance à des auteurs qui n'ont pas forcément encore de vraies références. Je me considère comme un auteur à part entière car j'écris tous les jours et poste mes poèmes sur des groupes Facebook dédiés à l'écriture et à la poésie. Je signe mes poèmes de mon pseudo d'auteur Noodles.1976.

Stéphane Cordobes

 

***

 

Où tu sondes les abîmes pour les faire surface de tissu fragile 

À poser sur la table 

Comme une nappe brodée 

À la machine à écrire

 

Ces vers sont révélateurs d’un phénomène génuine : le réveil à l’écriture, souvent sous l’effet d’un coup du sort, l’éclosion de la poésie au plus profond de l’âme consciente, là où l’on touche aux abîmes de notre être et où les mots, images-idées-choses, surgissent en discontinu à la surface, sans préméditation mais loin aussi du prétendu dicté automatique recherché par l’idéologie surréaliste… « L’écriture me dompte », nous dit le poète ; et des vers envoûtants en témoignent :

 

Le temps me passe dessus 

Comme un train fantôme (…)

 

La plage a ses colombes au bord des vagues. 

Je reste dehors, debout sous les trombes d'eau...

 

Il s’agit tout simplement d’une poésie authentique, vivante, dont le rythme pulse continuellement à travers les vers avec force et douceur, donnant au lecteur une impression de courant fluvial qui vous porte non pas à l’aveugle mais avec une sorte de prescience du trajet… vers quelque port inconnu ou horizon nouveau à découvrir. Cette « écriture en pulsations » – le poète s’auto-analyse aussi, mine de rien – est-elle mémoire, est-elle naissance perpétuelle au-delà du souvenir, est-elle exploration heuristique ?

 

« Je me demande où la mémoire Vous emmène » – nous dit le poète…

 

Nous l’accueillions avec joie à Francopolis, et lui souhaitons de trouver très bientôt un éditeur à même de publier et promouvoir ses recueils : les 10 poèmes reproduits ici représentent, me semble-t-il, une remarquable carte de visite.

(D.S.)

 

 

Stéphane Cordobes

Francopolis - Automne 2026

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