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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS

Automne 2026

 

 

 

Pierre Maubé, Cette rive

(éd. Illador, 2025, 79 p. 16 €)

 

Prix Amélie Murat 2026 de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse 2026.

 

Par Dominique Zinenberg

 

 

 

 

 

Dans ce recueil tout en délicatesse, Pierre Maubé retrace un amour attendu, vécu, puis disparu. Mais l’impression d’un lointain, d’une évanescence, même dans la ressaisie de l’incarnation éphémère de la présence amoureuse de l’aimée, domine. Tout semble avoir été rêvé, plus que vécu et ce que les poèmes incarnent ce sont les rêves plus que les chairs des amants, les rêves qui ressuscitent un idéal courtois où l’aimée est à jamais vouvoyée, idéalisée avant même de devenir une présence car « il faisait froid entre mes doigts, / je vous cherchais sans vous connaître / je ne vous imaginais pas. » Comme un troubadour des temps modernes, la femme esquissée par le poète épris, est une « dame au visage sculpté / dans l’argile des rêves. » Elle devient femme paysage, et à jamais mystérieuse. La composition de l’ouvrage révèle l’échec de la relation puisque dès l’incipit, le lecteur est prévenu « Amie, voici que vous m’interdisez de vous aimer… Amie, voici le temps de notre désamour. » Et d’emblée le ton mélancolique d’apocalypse amoureuse est donnée : les mots choisis pour décrire ce désastre de l’absence expriment la brisure, l’esseulement et la feinte de s’habituer « à découvrir ce paysage déserté, ces heures sans visage » et le poète met en place le recueil sacré des souvenirs « fantômes, doux venin. » Retracer l’amour perdu est la seule solution, mais elle est mortifère, elle creuse le chagrin de l’absence, elle creuse la douleur et le maintien du deuil de l’amour, elle devient chant élégiaque contenant un nous qui pourtant n’existe plus. La femme est rêvée et perçue comme une déesse, un paysage, elle s’insinue partout – air, terre, eau, feu – c’est une présence obsessionnelle et éthérée, elle devient un songe dont le poète ne peut plus se délivrer. Mais pour lui-même enfin la rive de l’indifférence apparaît à l’horizon, l’image se disloque et l’hommage, lui, resplendit dans cet arrière-pays du poème orphique.

 

© Dominique Zinenberg

 

 

 

Note de lecture de

Dominique Zinenberg

Francopolis – Automne 2026

 

 

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