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LECTURE - CHRONIQUE Revues
papier ou électroniques, critiques, notes de lecture, et coup de cœur de
livres... |
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Printemps 2026 Polyphonie pour la
Palestine. 102 poètes L’Harmattan (Collection Levée d’encre), janvier 2026 (212 p., 20 €). Sous la direction
de Michel Cassir, Metin Cengiz, Emmanuelle Malhappe. Présentation et
choix de textes par François Minod |
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« Cent deux
poètes, trente-et-un pays et treize langues de tous les continents se sont
unis pour créer une Polyphonie pour la Palestine. Sonder l’âme humaine,
confrontée à la tragédie palestinienne, sous de multiples facettes. La poésie
en est le capteur, cristal unique de civilisation qui concentre les couleurs
et le génie de notre planète, ce qu’elle devrait pouvoir être. Notre chant,
notre danse sont là pour célébrer la vie, l’élan solidaire et l’amour. Cette
flamme éclaire la souffrance et la lutte du peuple palestinien. Contribution
fragile, non moins essentielle, pour dire aux Palestiniens qu’ils ne sont pas
seuls, qu’ils sont peut-être le vrai recours pour pacifier le Moyen-Orient et
qu’une littérature consistante est créée tant par eux-mêmes qu’en leur
nom. » (extrait de la
préface de Michel Cassir) La collection Levée d’encre des Éditions l’Harmattan, sous la
direction de Michel Cassir, Metin Cengiz et Emmanuelle Malhappe réunit des
voix lucides, solidaires et critiques pour accompagner le drame d’un peuple
qui est au cœur du Moyen-Orient et du monde entier dans la meurtrissure. (F.M.) |
Gaza…Ce
langage de souffrance qui murmure à l’oreille de la vie, N’est
pas un poème de la mort… Gaza, Mais
la lettre saignante du droit Qui
marche sur les grains de sable, Et
trace le récit de la survivance avec l’encre du néant. Là-bas…
le temps N’est pas
une aiguille dansant sur le front des heures, Mais
un pouls qui préserve en ses plaies Des
fleurs écloses du mutisme des rocs. Nulle
cité ne lui ressemble… Car la
mer, dans ses entrailles, répète les récits des mères, Et les
branches d’olivier portent dans leurs veines Les
visages d’enfants dont le jeu a volé l’innocence. Le
monde demande : « Comment
la vie peut-elle bénir
une terre qui berce la mort ? » « Comment
la vie peut-elle bénir
une terre qui berce la mort ? » Gaza lève
alors la tête avec sérénité : Car
nous savons que l’aube naît des entrailles de la nuit. Ce
n’est point un mythe... C’est
un phare dont la voix défie le fracas des bombes, Un
flambeau que les nuages de plomb n’éteignent point. Elle
s’est tue, sans écho pour l’écho, Alors
elle a parfumé son verbe, cet arôme Qui
s’exhale de sa terre aride, Et
avec des yeux porteurs d’une mer de lumière Qui
murmure au vent de l’absence : « Qui
aime la vie Ne
craint point de renaître Des
blessures de la douleur » Gaza...
Un
langage que les livres n’enseignent pas, Mais
qu’un cœur saignant un cantique comprend. Chaque
fois qu’on dit : « Elle s’est effondrée ! » Elle
répond : « C’est la montagne qui se courbe en un baiser à l’horizon ». Moaen Shalabia,
poète palestinien né à Al-Maghar (Galilée). Auteur de 13 ouvrages de poésie et prose,
traduit dans plusieurs langues. GazaPeu
avant ton prochain repas Je
vais perdre une oreille, quelques côtes Ou
alors mon foie va saigner Jusqu’à
ce qu’il se confonde Aux
décombres, une partie de mon voisin Une
partie du bassin broyé de ma sœur Des
cauchemars de ma tante Tous
enterrés avec mon œil Qui va
gicler de sa petite orbite Tout
ce que je demande, c’est de
m’épargner un œil, un œil est
tout ce dont j’ai besoin pour fixer les yeux
du
soldat qui a bombardé ma
maison et je veux lui poser la question ma
maison et je veux lui poser la question Est-ce
que les enfants de ton pays se
transforment aussi en poèmes quand ils
meurent ? Deviennent-ils des
mots bannis de toutes lèvres de
tout être humain De
Gaza murmurante, seras-tu libre un jour ? Quand
tu bombardes ma maison Épargne
juste un doigt à ma mère Un
seul doigt Est
tout ce dont elle a besoin pour Ranger
mes jouets dispersés Avec
les morceaux de mes jambes et chercher Frénétiquement
les poumons de son mari Des
poumons qui hurlent nos noms Épargne
juste à mon père un seul poumon Car il
rêve qu’un jour Il
pourra travailler comme tout le monde Et
respirer la liberté Épargne
un seul petit pied À mon
petit frère quand Il
apprendra à marcher Alors
il marchera Partout
sur cette terre saturée De tellement
de sang que Demain
chaque rivière Chaque
mer sera une ruine Dont
ton silence Fera
écho à tout jamais Dr Reshma Ramesh,
poétesse indienne, écrit en anglais et en kannada. Une élégie agitéeComme si
nous étions faits pour être heureux ! Comme
si je revenais en juillet, et qu’un écureuil me
laisse conduire derrière une alouette : il joue à me séduire. Je
quitte mes amis et les pistaches. J’ai
peur de moi J’ai
peur d’elle, Je
m’agite Et
chéris la peur. Je me
dérobe à elle. S’efface
une séduction Et la
fleur pourpre là-bas s’évapore emportée Au
ciel d’une alouette. Et
moi, Comme
si je savais Qu’au
trou de la tombe je suis de retour Mona Daher, poétesse, écrivaine,
éditrice et traductrice, peintre et chercheuse palestinienne née à Nazareth. Doctorat en littérature arabe moderne. Les fugitifsLes réfugiés
de Gaza se déplacent leurs
valises derrière eux, un
morceau de terre déchirée à l’intérieur. Pieds
nus et vêtements en lambeaux à la
recherche d’un foyer Le
sable sous leurs pieds porte
la souffrance qu’ils ont subie, leurs
traces de vie immortalisées.
Le
vent du désert soufflera
leur histoire à leurs descendants Nahid Ensafpour
(Iran), auteure, poète et traductrice bilingue, vivant en Allemagne depuis 1985. Ses poèmes ont été
traduits et publiés dans de nombreuses anthologies allemandes et
internationales. Entends-tu ?Entends-tu
le cri déchirant De
l’enfant Dans
la nuit de Gaza ? Entends-tu
le sifflement Des
bombes Qui
tombent Au
hasard Dans
la ville martyre ? Entends-tu
le silence Assourdissant
Des
nôtres Qui ne
disent Et
consentent ? Entends-tu
la voix Des « Je ne
peux rien faire C’est
leur affaire » ? Entends-tu
la voix Des
hommes publics Qui
s’indignent Dans
le désert De
leurs affaires ? Entends-tu La
voix de ceux qui Contre
vents et marées Tentent
de faire entendre La
voix des égarés Qu’on
déplace Du
nord au sud Puis
du sud au nord Puis
du nord au centre Au gré
des circonstances Dans
ce tout petit bout de terre De
terre à canon De
chair à canon ? Entends-tu Ceux
qui Ont
troqué leur voix Contre
la voix du canon ? Entends-tu
Au
loin Derrière
la ligne d’horizon La
voix de l’enfant Qui
sourit à la vie ? François Minod, auteur
de 10 recueils de poésie et d’un récit, membre de la revue Francopolis, a créé avec Mireille Diaz
Florian la revue Voix. Il a créé et anime le Buffet littéraire
depuis 18 ans. Ce poème est paru dans notre numéro d’ automne
2025. Le Massacre des innocentsIl est
dit dans l’Évangile selon Saint-Matthieu Qu’Hérode,
réputé pour sa cruauté, Ayant
appris qu’un nouveau roi allait naître en Judée Fit
massacrer dans Bethléem, Tous
les enfants de moins de deux ans. Aujourd’hui,
les historiens affirment Que le
massacre n’est pas avéré. Mais
un nouvel Hérode est né en Judée. Il
s’appelle Netanyahu. Craignant
que le peuple de Palestine Un
jour devienne son propre roi, Partisan
de la solution finale, Il
fait massacrer ses enfants dans Gaza. Francis Combes,
poète et éditeur, auteur d’une vingtaine de recueils, anthologies et ouvrages
de proses. A fondé les éditions Le temps des cerises et Le merle
moqueur. Président de l’Association Poets of the Planet. |
Note de lecture de
François Minod
Francopolis – Printemps 2026
Créé le 1er mars
2002