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LECTURE - CHRONIQUE Revues
papier ou électroniques, critiques, notes de lecture, et coup de cœur de
livres... |
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Printemps 2026 Éric
Chassefière, Comme
tremble le seuil
Éditions
Alcyone (collection Surya), Saintes, 2024 (92 p., 20 €). (*) Par Michel Herland |
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Éric Chassefière, né en
1956, membre du comité de rédaction de Francopolis, est un
scientifique – astrophysicien –, un pianiste en même temps qu’un poète
incroyablement fécond, auteur d’une cinquantaine de recueils chez divers
éditeurs. Pour la seule année 2024, quatre recueils se sont ajoutés à sa
bibliographie, soit Garder vivante la flamme du poème, Penser
l’infini, Le jardin est visage et enfin Comme tremble le seuil
dont il sera question ici. Comme tremble le
seuil est un hymne
à la nature. Le jardin y est très présent comme dans le recueil précédent
puisqu’il s’ouvre sur cette phrase : Soir silencieux, aux lisières du
jardin, de la fresque sombre d’arbres et de murs. Phrase et non point
vers car ce livre rassemble cent cinq poèmes en prose d’un peu moins d’une
page, sans paragraphes, chacun accompagné d’un titre (ici « L’arbre
chante »). Le sentiment de la nature, une contemplation heureuse sont
partout présents dans cet ouvrage. L’auteur sait longtemps écouter dans le
silence le goutte à goutte de la vie (« le matin »), observer
comment une légère pluie se conjugue à la lumière pour former un seul
dessin à l’illimité délicat de la peau (« Discrète pluie ») ou,
plus loin, suivre l’incessante caresse de l’ombre sur la peau
(« L’ombre sur la peau »). [Quand] une légère
brume ennoie l’horizon de la dune, [qu’on observe] les silhouettes de
rares promeneurs longeant la mer, de toute part cernés
de bleu, [on entend] ces sonorités légères, voix et murmures, qui ne
sont qu’éclats dans le silence, celui de la mer, de l’infini de la pensée, de
ces mots pas encore poème dont la musique tout intérieure accompagne nos pas.
Marcher comme on déroule la voix, de chaque pause faire profondeur d’un
silence, d’une naissance du mot à sa pensée, dont à son tour vient naître le
poème […] Puis reprendre sa marche, ne plus entendre les mots à l’intérieur,
simplement le chant de la vague qui vient de mourir (« Voix et
murmures »). Tout mériterait d’être
cité, tant cela peut « parler » aux poètes et apprentis poètes qui
fréquentent Francopolis. L’inspiration vient souvent en marchant et
Chassefière rend compte ici avec précision et dans une belle langue de la
manière dont, chez lui, des mots précèdent la pensée d’où naîtra le poème. Le jardin, l’arbre,
l’oiseau sont avec la mer des thèmes récurrents de ces poèmes en prose nés
lors d’un été dans le Cotentin. L’arbre et le jardin étaient associés dès
l’incipit. La mer – pour s’en tenir à une seule des nombreuses occurrences –
dessine sous les yeux du poète son ciel nocturne en plein midi
(« Midi »). Quant à l’oiseau, dans la main du vent
(« Étreindre ») ou qui, assis au chaud de la pierre, semble une
barque sur l’océan (« L’oiseau »), il est surtout la plus
gracieuse incarnation de la vie dans une nature où tout n’est qu’ordre et
beauté, comme dans un rêve : Sentir comme alors la
vie s’écoule, la terre rejoint le ciel, la nuit la lumière ; marcher
d’un pas lent sous la rive des arbres, entendre ce vent, cet oiseau, ce
silence, sentir comme cette eau lente, ce ciel profond, sont derniers à
s’éteindre (« Se
laisser rêver »). Pour ceux qui, comme le
signataire de ce bref compte rendu, découvrent son œuvre, Chassefière se
révèle dans ce recueil comme l’orfèvre d’une langue classique parfaitement
maîtrisée au service d’un sens de l’observation aiguisé et d’un lyrisme
soutenu. ©Michel Herland (*) Hélas les éditions Alcyone, qui nous ont
délectés, sous la houlette de Sylvaine Arabo et Samuel Potier, de tant de beaux
livres de poésie, ont cessé leur activité en avril 2025 (voir l’annonce sur Facebook)
et le site a également été fermé. On peut trouver les livres en commande chez
les libraires. |
Note de lecture de
Michel Herland
Francopolis – Printemps 2026
Créé le 1er mars
2002