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LECTURE - CHRONIQUE Revues
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Été 2026 Revue d’études
rimbaldiennes Classiques
Garnier, février 2026 (240 p., 42 €) Par Michel Herland |
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Chaque livraison de la revue
annuelle Parade sauvage apporte sa moisson de découvertes
sur l’œuvre de l’auteur des Illuminations. Les lecteurs de nos
chroniques ont bien compris en effet que la poésie de Rimbaud ne se résumait
pas aux poèmes les plus connus et (apparemment du moins) les plus limpides
comme « Ma Bohème » ou « Le Dormeur du val ». La deuxième contribution de ce
numéro est ainsi consacrée à « Vénus anadyomène », le tableau
volontairement sordide d’une femme sortant de l’eau, non de la mer comme chez
Botticelli mais d’une « vieille baignoire […] comme un cercueil
vert en fer blanc ». Nathalie Ravonneaux qui signe l’article explique de
manière assez convaincante que cette pauvre femme est non seulement une
prostituée (comme l’indiquerait son tatouage) mais encore une syphilitique
qui aurait subi dans cette baignoire un bain au mercure, traitement barbare
de la maladie courant sous le Second Empire. Le « col gris »,
« l’échine un peu rouge » sont pour l’autrice les signes de la
syphilis. Si on l’a suivie jusque-là on peut alors supposer avec elle que
l’intention du poème serait de « prolonger les combats rabelaisiens
et moliéresques contre la médecine de leur temps ». Vraie ou fausse
cette lecture aura au moins le résultat d’ouvrir des perspectives auxquelles
on ne penserait pas spontanément. Rappelons qu’une autre clé du poème a été
dévoilée depuis longtemps : le tatouage Clara Venus (deuxième
tercet) est l’anagramme d’ulcera anus,
anagramme parfaite en latin où les lettres u et v sont confondues. Pierre Laforgue, auteur de la
première contribution, s’est intéressé quant à lui à « Ma Bohème »
et plus particulièrement à son sous-titre ; « Fantaisie ».
Pourquoi ce sous-titre-là pour ce poème en particulier ? Selon l’auteur,
ce sonnet est un témoignage particulièrement remarquable des efforts du jeune
Rimbaud pour « dynamiter le lyrisme », même si le « je »
ne cesse d’y revenir (le « je » plus ou moins fictionnel de toute
poésie lyrique). En témoignent les nombreux « attentats lexicaux »,
c’est-à-dire l’usage de termes qui seraient déplacés dans la
« grande » poésie. Et que dire de la fin du poème :
« Comme des lyres, je tirais les élastiques / De mes souliers
percés » ? Les « élastiques », en réalité les lacets (mais
il fallait une rime à « fantastiques »), sont les cordes de
souliers qui servent de lyre ! L’examen par Alain Chevrier du poème
« Mémoire » où nombre de vers sont privés de la majuscule au début,
est l’occasion de revenir sur une polémique née dans la deuxième moitié du
XVIIIe siècle, L’Almanach des muses ayant adopté cette
pratique dès 1767 : la majuscule en début de vers était réservée aux
noms propres ou au premier mot d’une nouvelle phrase. D’autres poètes – ainsi
Charles Cros dans la première édition du Fleuve (1) –
suivront cette manière d’écrire les vers qui a pour elle la logique et qui est
devenue aujourd’hui banale. On n’ira pas plus loin dans l’examen
de ce numéro de Parade sauvage qui contient dix-sept
contributions. On mentionnera simplement pour finir deux brefs articles
plutôt anecdotiques. L’un de Christophe Bataillé qui, revenant sur son étude
publiée ailleurs, apporte un élément supplémentaire – une caricature – à l’appui
de sa thèse suivant laquelle la femme visée dans « Vénus
anadyomène » serait non pas une prostituée malade comme chez Nathalie
Ravonneaux, mais l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III et réputée de
mœurs légères. Le second concerne le dessin de Verlaine daté de 1872, repris
ici et appartenant au musée Arthur Rimbaud de Charleville-Mézières, qui
représente « Rimbaud à la pipe ». Il se trouve qu’il existe une
autre version du même dessin sous la même main et de la même année. Certains
indices conduisent à penser que c’est bien celui reproduit ici qui serait
l’original, l’autre n’étant qu’une copie. (1) Sur Charles
Cros cf. Poésie / première n° 95. ©Michel
Herland |
Note de lecture de
Michel Herland
Francopolis – Été 2026
Créé le 1er mars
2002