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LECTURE - CHRONIQUE Revues
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Printemps 2026 Sonia
Elvireanu, La
Voix de la lumière / La Voce della Luce. Traduction
en italien et préface de Giuliano Ladolfi. Giuliano Ladolfi Editore, 2025 (170 p., 15 €) Par Michel Herland |
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J’attends dans le
vert de la feuille que les murmures
deviennent mots, à saisir leurs
couleurs pour sentir l’herbe
fauchée du poème en train de se
composer S. Elvireanu, La Voix
de la lumière, « Dans le vert de
la feuille » Une nouvelle école
lyrique Qu’est-ce qu’une école
en arts ? Un groupe de gens qui se connaissent, s’apprécient, partagent
une conception commune de leur art et mettent en commun leurs forces pour la
défendre et se faire connaître, même si chacun l’aborde avec sa sensibilité propre
et poursuit sa propre stratégie dans la course aux prix. Il peut arriver que
l’un d’entre eux, plus connu ou plus charismatique, apparaisse comme leur
chef de file mais c’est loin d’être toujours le cas. Dans les arts plastiques
le fait d’avoir été l’élève d’un maître peut avoir son importance. En
littérature, c’est évidemment différent (bien que la multiplication des
ateliers d’écriture soit en train de changer les choses à cet égard pour le
roman, surtout dans les pays anglo-saxons). Dans la poésie en langue
française – ce ne fut pas le cas dans le passé – on n’évoque guère d’écoles
aujourd’hui. Il en existe pourtant au moins une qui a par ailleurs la
caractéristique d’être internationale puisqu’elle déborde sur l’Italie et la
Roumanie, soutenue par une maison d’édition dans chacun de ces pays. Il
s’agit d’un petit groupe de poètes autour principalement de Denis Emorine
(France), Sonia Elvireanu (Roumanie) et Giuliano Ladolfi (Italie), les deux
derniers qui écrivent aussi bien en français que dans leur langue maternelle
servant de passeurs avec plusieurs traductions croisées à leur actif. Ainsi
Giuliano Ladolfi traduit-il Sonia Elvireanu du français à l’italien tandis
que la seconde traduit le premier du français au roumain. Les deux vaillants
traducteurs ne s’en tiennent pas là : Denis Emorine est traduit à la
fois en italien et en roumain, Sonia Elvireanu s’étant faite en outre
l’interprète de Marilyne Bertoncini, Patrick Devaux et Michel Ducobu. Tous ces poètes ont en
commun la pratique du vers libre – ce qui n’étonnera personne – et une
tonalité lyrique (1) déclinée par certains sur le mode de l’élégie, chez
d’autres, à commencer par Sonia Elvireanu dont il sera question dans cet
article, dans une veine mystique. La voix de la
lumière / La Voce della Luce Dans sa préface, le
traducteur Giuliano Ladolfi évoque saint Bonaventure et son Itinerarium
mentis in Deum (1259), un ouvrage dans lequel sont décrits les six degrés
pour atteindre la connaissance parfaite de l’Esprit divin. Sonia Elvireanu
monte vers Dieu comme on monte sur la montagne. Dans le poème
« Mirage », elle évoque un homme qui … se tient au sommet
tel un rocher, devient autel, l’illimité s’écoule
de ses yeux dans ses bras, sa
poitrine, le corps de bois
brûle lentement, une fumée bleuâtre
monte au ciel. Extraordinaire image où
le corps de l’homme s’abolit sous la puissance de la vision de l’Infini.
Encore le personnage de cette fiction demeure-t-il mystérieux. Il en va
autrement dans les poèmes ou la poète semble s’adresser directement à Dieu.
Le dernier verset du poème « Comme un amandier fleuri » est
entièrement imprégné de la religion chrétienne, du lavement des pieds
jusqu’au partage du pain et du vin : je te donne du pain
et du vain pour la communion je te lave dans l’eau
claire tes pieds fatigués, telle la source sur
laquelle tu marches, je te serre dans mes
bras comme j’embrasserais le
lever de soleil Mais est-il Dieu, est-il
ange gardien celui qui … m’a emportée comme
l’eût fait la brise là tu as relâché ton
étreinte pour me laisser
suivre mon sentier, sans savoir que tu es
ma voie et que je respire ta
lumière (« La lumière de ta
main) ? Et celui qui cherche
de l’eau dans le désert,… qui fend les vagues comme l’aurore,
Moïse, sans doute. Sonia Elvireanu retrouve
la voix des grands mystiques, Saint Bonaventure justement : Jésus
Christ est la voie et la porte, l’échelle et le char (2). Elle est à
proprement parler « inspirée », ses poèmes semblant parfois écrits
dans la « septième demeure » de Saint Thérèse d’Avila (3), celle
des noces spirituelles entre une âme et Dieu : tu te glisses entre les
lignes / quand je t’écris (« Confession »), ou tout aussi
troublant pour le lecteur profane : Quand un poème
t’inspire tu t’élances soudain
vers les cieux, le monde alentour
n’est qu’apparence tandis que s’élève
ton être invisible (« La rivière d’un
autre ciel ») Cette élévation mystique
est inséparable de la contemplation admirative de la nature, d’où de
multiples occurrences des arbres – sur les épaules vertes des pommiers /
la splendeur du cerisier en fleur (« Clarté ») – de la mer, de
la neige et du soleil. On note également, comme
chez un Ara Shishmanian (4), une prédilection pour la lune et la couleur
bleue. La lune aux beaux cheveux des anciens Grecs évoquait à la fois
la femme et le mystère, tandis que le bleu (tékhélèt) était associé
dans la Bible au sacré ; il l’est aujourd’hui plus largement à la
spiritualité et demeure pour les chrétiens la couleur de la vierge Marie.
Plusieurs oiseaux bleus apparaissent dans La Voix de la lumière qu’on
serait tenté d’interpréter, telle la colombe, comme l’incarnation du Saint
Esprit. Le soleil, signe
d’abondance et de puissance est aussi présent, on l’a dit. À ce propos,
certains vers rappellent les titres de recueils précédents : je rêve
de te voir surgir devant mes yeux… comme un lever de soleil (« Comme
un amandier fleuri ») celui du recueil Le Regard… un lever de soleil (2023)
; ils ont l’ensoleillement au cœur de la solitude (« Matins
ensoleillés ») celui d’Ensoleillements au cœur du silence (2022). Néanmoins, de recueil en
recueil, Sonia Elvireanu paraît s’affranchir d’une simple communion
contemplative avec la nature – certes déjà traversée par une ombre
bienveillante – pour s’approcher au plus près d’une lumière qu’on ne peut
considérer que divine, comme si sa poésie naissait d’une purification
intérieure. Notes (1)
C’est pourquoi, bien que également traduit en roumain par S. Elvireanu (Tropiques
suivi de Miserere / Tropice urmat de Misere, 2020), étant
nous-même poète bien peu lyrique et adepte du vers métré et rimé ou du vers
libéré (le vers « blanc ») plutôt que du vers libre, nous nous
excluons de cette école. (2)
Itinéraire de l’âme à Dieu, 7. « Du ravissement spirituel et
mystique ». Traduction de l’abbé Berthomieu (1854). (3)
L’esprit de l’âme devient une même chose avec Dieu. Sainte Thérèse
d’Avila, Castillo interior ou Las Moradas. Traduction par le
Carmel de France, Le Livre des demeures, « Les septièmes
demeures ». (4)
Notre compte rendu dans Recours
au poème n° 234,
novembre-décembre 2025). Le bleu est aussi, bien sûr, emblématisé par
Jean-Michel Maulpoix (Une histoire de bleu, 1992). ©Michel Herland NB. Pour ce recueil Sonia Elvireanu a reçu le
Prix M. DESBORDES-VALMORE de la Société des Poètes Français, 2025. |
Note de lecture de
Michel Herland
Francopolis – Printemps 2026
Créé le 1er mars
2002