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LECTURE - CHRONIQUE Revues
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Été 2026 « Vrouz » : les
jeux avec les mots de Valérie Rouzeau Par Michel Herland Valérie Rouzeau, Vrouz, La
Table Ronde, 2012 / 2025 (176 p., 7,10 €). |
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Est-ce un
travail de sonner ainsi le quotidien « Sonner » en
effet puisque le livre dont il est question ici est une suite de sonnets. Des
sonnets certes très particuliers : les versets ne sont pas séparés par
un blanc, le mètre, le plus souvent, varie d’un vers à l’autre, il n’est pas
question de rime ni de titre… mais les quatorze vers sont bien là. Quant au
fond, il s’agit de chroniques du quotidien Dans la forme sonnée / Que
maintenant j’explore. Des poèmes très personnels comme le sous-entend le
titre : Vrouz soit V(alérie)Rouz(eau). Le poème d’où sont tirés
les deux vers précédents est un exemple où le mètre (ici hexasyllabique) est respecté de bout en bout… à condition
toutefois d’élider le « e » final de la plupart des mots féminins,
si bien que le poème entier se lit comme suit : Dépos’ moi n’importe où Tant que je peux bigler Un’ flaqu’
d’eau mazoutée les patients inconnus La rue la vie qu’y va Autant que fair’
ce peu Au bout au bout au bout Le derrièr’
sur un’ borne Ou même un banc mouillé Ça me fera un’ chose Que je ne sais nommer Dans la forme sonnée Que maintenant j’explore Et arpent’ tout à pied (p. 28). Ce texte met en évidence
d’autres traits de l’écriture de V. Rouzeau comme
l’usage de termes familiers (bigler pour regarder, ailleurs pincer pour
aimer), le raccourci (la vie qu’y va) et, déjà remarqué plus haut, le
jeu sur les homophonies (sonnée / sonnet, ce peu /
se peut). Même jeu à la page suivante à la fin d’un poème en vers de onze ou
douze syllabes : Les chômeurs pleurent et les hommes d’affaire
ferrent. Ses poèmes parlent
d’elle, de ses voyages (beaucoup), de ses occupations présentes ou passées,
comme dans ce poème en dodécasyllabes (en élidant à nouveau les
« e ») : Je faisais VRP pas Valérie Rouzeau Poète mais Voyageuse Représentante
Placière qui se termine sur un bel
alexandrin, Voici plus de vingt ans j’étais jeune et nouvelle (p.
64). Autres procédés au
niveau du vocabulaire, la métonymie comme dans Pas une plume sauve de
la jacasse (de la pie qui jacasse), pendant qu’elle digitale
envoie textos (elle tape avec les doigts) ; l’emploi d’un mot
pour l’autre, les érections présidentielles ; le
calembour, tentative de tante hâtive, tachycardie hardie la vie ;
la résurrection d’un mot ancien, l’exercitation ;
quelques mots rares psilotum,
ptérodactyle ; le verlan, ça te coiffedé (ça
te décoiffe) ou les créations pures et simples, une goutte upercutte mes petits carreaux, le nez patatesque, mon cher coiff1st. V. Rouzeau aime
aussi les allitérations : Mon amas de moi mal amarré, Remonte
mon désir d’or d’essor essoré, Les reins et l’airain du garçon. Poète du quotidien, elle
introduit des sujets triviaux comme les bennes à ordures, Les petits
tris font les grands recyclages ; la maladie, Avaler tout un
pilulier ; les punaises de lit, Mon matelas d’enfer leur
paradis total ; le chahut, Avec notre vacherie sans bornes /
De collégiens stupides en bande. On remarque un rare
poème en vers monomots, Les / Enfants
/ Nouveaux / Pensent / Que / Le / Mot / Gai / Veut / Dire / Homosexuel /
Connaissent / Pas / Hormosessuel (p.
129) et un poème qui multiplie les anagrammes : du désir associé (Isidore
Ducasse), imbécile du Havre (alchimie du verbe), etc. Le recueil se conclut
sur huit pages de notes contenant de nombreuses précisions utiles pour
éclairer les sous-entendus des poèmes. Rappeler enfin que la publication
de Vrouz dans « La Petite
Vermillon » est la réédition d’un ouvrage paru en 2005, que Valérie
Rouzeau en est désormais à une trentaine de recueils publiés (dont
quelques-uns en collaboration) et qu’elle est parallèlement l’auteur de
traductions, d’une biographie de Sylvia Plath et de livres d’artistes. ©Michel
Herland |
Note de lecture de
Michel Herland
Francopolis – Été 2026
Créé le 1er mars
2002