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LECTURE - CHRONIQUE Revues
papier ou électroniques, critiques, notes de lecture, et coup de cœur de
livres... |
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Automne 2026 Les deux barques
de Julien Gracq Par Marie-Hélène Prouteau |
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Il y a cinquante ans, Julien Gracq
publiait Les
Eaux étroites aux éditions Corti. Je pense à la barque qu’il met au
centre de la promenade sur l’Èvre dans Les Eaux étroites. Mémoire
d’enfance du jeune Louis Poirier autour de la petite rivière qui se jette
dans la Loire. Avec le souvenir tout revient. Le
rituel de l’appareillage. Le vieux bateau amarré sur la rive, prêté aux
consommateurs par la tenancière d’un café des environs de
Saint-Florent-le-Vieil. La limonade bue en attendant d’embarquer. Le cadenas,
si important, le cadenas. N’ouvre-t-il pas à l’enchantement de
l’excursion ? Puis les bruits sur l’eau nourrissant la contemplation
auditive. L’égouttement des avirons, l’écho sous la voûte du pont. Des objets simples qui font
découvrir à l’enfant la solitude verte de son « canton retranché ».
Celui de l’étroite rivière, l’exact contraire de la Loire, large et
souveraine. Comme en miroir, il y a la lourde
plate de son père, amarrée au quai de la Loire, au pied de la maison et
d’un usage quotidien. Où Louis a l’habitude de sauter prestement. Deux barques, deux scènes. La lente
promenade sur l’Èvre se pare du mystère des lieux, inaccessibles autrement
qu’en barque. Elle est l’envers merveilleux du quotidien et du travail. Dans cette barque se tissent les
signes chatoyants du rêve. L’union magique des contraires, telle cette
eau immobile et ce bateau glissant en un étrange silence. Nous emportent les méandres poétiques de vers de Nerval et de
Rimbaud. Les variations émerveillées sur les embarcations jusqu’à l’esquif
fragile d’une estampe chinoise. Cette navigation, c’est toute la
vie. Avec ses images imprimées dans la sensibilité de l’enfance. Ici, c’est
un barrage symbolique, là, une gorge rappelant une lecture de Balzac. À la
fin du livre, la barque a fini sa course et le cadenas est mis, à
jamais. Pour l’homme de soixante-six ans, son enclenchement familier ferme
maintenant les possibles du rêve. Le regard de Julien Gracq âgé est
magnifique : « Tous les rendez-vous que pourrait me donner encore
l’Èvre, il n’est plus de temps maintenant pour moi de les tenir ». © Marie-Hélène
Prouteau |
Note de lecture de
Marie-Hélène Prouteau
Francopolis – Automne 2026
Créé le 1er mars
2002