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LECTURE - CHRONIQUE Revues
papier ou électroniques, critiques, notes de lecture, et coup de cœur de
livres... |
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Automne 2026 Anne Bergogne (textes),
Fanny Delapluie (peintures) : Haïkus du bout du
monde (Finis Terrae). (Éditions GéOrama. Format Carré 15X15
cm. Avril 2026. 18 €). Par Patrice Perron |
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En page 4, l’éditeur écrit : « Terre
de feu, Land’s End, îles d’Iroise, les bouts du
monde dopent l’imaginaire et entretiennent le rêve. » Nous pourrions
ajouter le Cap Horn en écho à la Terre de Feu et le
cap Finisterre en Galice en écho à la Finis Terrae de Bretagne des auteurs de
ce livre. Car il s’agit bien de la mer
d’Iroise, de Brest, du Conquet et de ce bout de Penn Ar Bed
dont nous parlent Anne Bergogne par les mots et Fanny Delarue par les
couleurs. Textes et tableaux se complètent et
s’imbriquent très bien dans des doubles pages ou en écho de deux pages en
face à face. Anne Bergogne ne s’astreint pas à la règle des 5/7/5 pieds qui
n’est qu’une adaptation de la règle japonaise dont les caractères orthographiques
n’ont rien à voir avec les langues latines. Ce qui frappe dans le recueil, c’est
le mouvement rendu dans les tableaux de Fanny Delapluie quand Anne Bergogne
parle de vent, de vagues, d’oiseaux. L’exemple est frappant dans la
double-page ci-dessous : Et l’impression de calme domine dans
le tableau des pages ci-dessous, à l’évocation d’une
relâche au Conquet. On devine le chant et les cris des oiseaux,
aigrettes et mouettes, sur l’étendue de vase suggérée. Le mouvement, de la mer, mais aussi
des nuages de la tempête qui approche est délicatement formulé : Menace de gros temps D’énormes nuages
s’amoncellent Les grains ruissellent J’attends l’ouragan Les vagues quadrillées
d’écume Le vent renversant Parfois, tenir debout, quand la
tempête frappe fort, tient de l’exploit et pour le moins de l’épreuve
physique pour les présomptueux. Mais les gens raisonnables savent s’arrêter. Parfois, a contrario, l’auteure
s’abandonne à la contemplation d’un paysage serein. Ainsi : Brume évanescente Le paysage se révèle En vue la terre Et, placés juste à côté, à la
verticale, pour faire contre-point, 3 vers se dressent pour clamer : Balade sur le port Claquement sec des
drisses Le vent s’engouffre Parler de ce bout du monde-là,
implique de parler du port, ou des ports de Brest : le moulin blanc,
mais aussi du grand port, avec ses grues, son remorqueur, ses cargos, ses
navires militaires. Ainsi que des phares, rouge pour l’amont, vert pour l’aval
et savoir prendre l’alignement pour rentrer. Ainsi, dans la double page
suivante, le texte sur les feux rouge et vert de l’entrée du chenal, se
dresse à la verticale pour rappeler leur présence dans le chari-vari
des grues et des structures portuaires : Puis de temps en temps, l’auteure
semble se poser, prendre un peu de temps, pour échapper aux vents violents et
aux tempêtes, pour profiter de la fin de labelle saison, comme si elle
s’asseyait sur le sable chaud de la superbe plage des Blancs Sablons et
l’évoquer : L’hiver breton ne peut pas être
oublié, lui qui nous tient parfois trop longtemps. Ainsi, Anne Bergogne ne
manque pas d’en parler. Ainsi : Cieux bas et lourds Poussés par l’ouragan Sur terre je résiste Le ciel vire au noir L’arc-en-ciel se déploie Lumière fragmentée Et pour finir, je cite volontiers
l’évocation de l’île de Molène, sur la route d’Ouessant Nous pouvons même
sentir l’odeur des algues et de l’iode. Ainsi : Récolte des algues Dans l’archipel de Molène Trésors marins Cet épais recueil se laisse tantôt
dévorer, tantôt déguster, selon l’humeur du temps et des deux artistes. C’est
un beau portrait de la région qu’elles aiment et dont elles partagent avec
nous la beauté, qu’elle soit sauvage ou accueillante. ©Patrice Perron Guidel (Bretagne) |
Note de lecture de
Patrice Perron
Francopolis – Automne 2026
Créé le 1er mars
2002