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Ou les mots cessent de faire la tête et revêtent un
visage. |
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GUEULE DE MOTS
Cette rubrique reprend un second souffle en 2014
pour laisser LIBRE PAROLE À UN AUTEUR... Libre de s'exprimer, de parler
de lui, de son inspiration, de ses goûts littéraires, de son attachement à la
poésie, de sa façon d'écrire, d'aborder les maisons d'éditions, de dessiner
son avenir, nous parler de sa vie parallèle à l'écriture, ou tout
simplement de gueuler en paroles... etc. Printemps 2026 Libre parole à Marilyne
Bertoncini : Renee
Nicole Good – hommage à la poète assassinée : Est-ce toujours ainsi que meurent les
poètes ? suivi de : On learning to dissect
fetal pigs: poème de Renee Nicole Good traduit en français
par Franck Andrieux & Marilyne Bertoncini Poème de Marilyne Bertoncini dédié à Renee Nicole Good :
bilingue anglais / français |
Est-ce toujours ainsi que meurent les poètes ?Froidement
assassinée par des miliciens ICE dans la rue, Renee Nicole Good était mère de
famille, et poète, dans l’Amérique d’aujourd’hui. Son poème primé, intitulé
« On learning to dissect
fetal pigs », qui
dénonce la froide violence de notre société, entre science et religion sans
conscience, résonne particulièrement après sa mort tragique, dans le contexte
de la chasse aux immigrés aux Etats-Unis. Franck
Andrieux en propose une traduction que je cosigne avec plaisir : il me semble
important de faire entendre et de diffuser la voix de Renee Good, fauchée à
37 ans, au volant de la voiture avec laquelle elle avait amené son enfant à
l’école. ©Marilyne Bertoncini Apprendre à disséquer des fœtus de porcJe veux
retrouver mes fauteuils à bascule, mes couchers de soleil solipsistes, et les sons de la jungle côtière, tercets de cigales, pentamètre
des pattes velues des cafards. J’ai
donné des bibles à des friperies (je les ai entassées dans des sacs poubelles en plastique
avec une lampe de sel alcalin de l’Himalaya — les bibles post-baptêmes, celles
arrachées aux coins des rues des mains charnues des fanatiques, celles
qui sont simplistes, faciles à lire, parasitiques) : je me souviens davantage de l’odeur lisse de caoutchouc des images
glacées des manuels de biologie ; elles brûlaient les poils de mes narines, & le
sel & l’encre qui se frottaient sur mes paumes. Sous les
éclats de lune à deux heures quarante-cinq du matin j’étudie & répète ribosome endoplasmique — acide lactique étamine au café IHOP au coin de Powers et Stetson Hills — j’ai répété et griffonné jusqu’à ce que
cela trouve son chemin et stagne à quelque endroit que je ne peux plus
situer, peut-être dans mes tripes — peut-être que là, entre mon pancréas &
mon gros intestin se situe le ruisselet insignifiant de mon âme. C’est la
règle à laquelle je réduis toute chose désormais ; tranchante et fragmentée
par la connaissance qui se déposait autrefois, comme un linge sur un front fiévreux. Puis-je
les laisser tous les deux être ? Cette foi capricieuse et cette science
universitaire qui chahute au fond de la classe Maintenant,
je ne peux plus croire — que la Bible, le Coran et la Bhagavad-Gita glissent de longs cheveux derrière mon
oreille comme maman le faisait et qu’ils exhalent de leur bouche « fais de la place
pour l’émerveillement » toute ma compréhension coule de mon menton à
ma poitrine & se résume ainsi : la vie n’est rien d’autre qu’ovule et sperme et l’endroit où ils se rencontrent et à quelle fréquence et dans quelles conditions et ce qui meurt en cet endroit. Traduction : Franck Andrieux &
Marilyne Bertoncini – 8 janvier 2025 Reproduit de Embarquement poétique, 8 janvier
2026 |
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Parlant du texte ci-dessus, en hommage à la poétesse américaine
assassinée, accompagné de la traduction en français de son poème primé,
Marilyne Bertoncini nous disait : « Ce texte – qui a été publié aussi par l'Express
– et ma mésaventure [blocage du compte Facebook] semble déciller
les yeux de pas mal de personnes à qui nous en parlons. Cette
traduction m'a valu une première partie de souci, mais ce n'est pas lui qui a
été décisif : c'est la publication de mon hommage à R.G en anglais, sur un
groupe de poésie anglophone, qui a été suivi de la seconde intimation à faire
un selfie pour contrôle d’identité, avec cette fois la suppression sans
préavis ni possibilité de recours de mon compte. Les
informations récentes concernant les contrôles sur les réseaux commandés à
divers organismes par l’ICE, les nouvelles dispositions d’entrée sur le
territoire des Etats-Unis, les révélations lues dans la presse (Le
Monde du 27 janvier) sur la compromission de CapGemini
entre autres, et les informations fournies par l’organisation Lulac, qui défend les droits des Latinos depuis 1929, ne
laissent guère de doute même aux plus sceptiques ». C’est le poème qui suit, dédié à Renee Nicole Good, écrit en réponse à
l’appel lancé par le poète écossais Finn Hall, en vue de réaliser
l’anthologie intitulée Broad daylight (disponible
sur le site Lulu.com) dont les bénéfices vont aux familles des victimes de la
milice qui a assassiné R. G. et que Marilyne nous offre aussi avec sa
traduction en français. Merci pour cette confiance qui nous
honore. (D.S.) |
They shot Her / Ils l’ont abattue
Elle
To Renee Nicole
Good They shot Her because she was
there she was an
observer of their evil
deeds a testimony of
violence and injustice They shot Her as they’d shot
many others - black women and
latinos immigrants
without fault except their
being there They shot Her for being there and didn’t know
that fate also was there and that her
name was Good They shot Her A young poet and they shot Good and that’s the
evidence of the dark
turn of our world They shot Her but can’t
stifle her voice, her
words our revolt – Let it come out
like a scream like a stream
to swamp them all and recreate a
world of human compassion and Good. Ils l'ont abattue, Elle parce qu'elle était là observatrice de leurs méfaits témoin de violence et d'injustice *** Ils l'ont abattue, Elle comme avant aussi tant d'autres - des femmes noires et des Latinos des immigrés sans faute si ce n'est d’être là Ils l'ont abattue, Elle parce qu'elle était là et ils ignoraient que la malédiction était là aussi car son nom disait Bonté Ils l'ont abattue, Elle une jeune poétesse et ils ont abattu Bonté confirmant ainsi le sombre tournant de notre monde Ils l'ont abattue, Elle, mais ne peuvent étouffer sa voix, ses mots notre révolte – Qu'elle jaillisse comme nos mots comme un flot pour les submerger tous et recréer un monde d’humaine compassion et de Bonté. ©Marilyne Bertoncini |
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Marilyne
Bertoncini Francopolis
– Printemps 2026 Recherche
Dana Shishmanian |
Créé le 1er mars 2002