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Ou les mots cessent de faire la tête et revêtent un
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GUEULE DE MOTS Où les mots
cessent de faire la tête et revêtent un visage... Cette rubrique reprend un second souffle en 2014
pour laisser LIBRE PAROLE À UN AUTEUR... Libre de s'exprimer, de parler
de lui, de son inspiration, de ses goûts littéraires, de son attachement à la
poésie, de sa façon d'écrire, d'aborder les maisons d'éditions, de dessiner
son avenir, nous parler de sa vie parallèle à l'écriture, ou tout
simplement de gueuler en paroles... etc. Été 2026 Libre parole à Nathalie
Lescop-Boeswillwald : « mes larmes ne se résignent pas... » Dessin de Béatrice Gaudy |
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J’aimerais vous partager mon ressenti concernant ce qui se
déroule actuellement au Liban, suite au propos de mon amie Pamela Chrabieh, écrivain et artiste, qui témoigne de ce que le
peuple libanais vit d’ubuesque et de fou, alors qu’au Sud les drones tuent,
anéantissent le paysage et les habitants, et qu’ailleurs une certaine vie
s’organise autour de la « saison festive » comme elle la nomme, entre
invitations, cocktails et fatigue collective qui tentent pathétiquement de
faire « oublier » le gouffre abyssal entre ces « zones » du territoire
découpées de manière chirurgicale. Elle souligne l’importance de ne pas se
laisser berner par les apparences, l’effacement programmé de régions entières
n’ayant rien de normal, il va sans dire. C'est exactement ça : une désensibilisation par l'accoutumance à
l'horreur, le traumatisme latent, la fatigue comme seconde peau, collante au
point de nous rendre littéralement hébétés face à cette dystopie tout autant
intérieure qu'extérieure. Tout comme mon amie Pamela Chrabieh, depuis quelques jours j'ai du mal à
trouver comment écrire encore sur cette abjection qui s'inscrit dans la
permanence et finit par faire tristement, tragiquement partie du quotidien...
le corps se rappelle à nous, nous alarme par le truchement d'une fatigue
récurrente et indescriptible, le mental nous susurre des excuses toutes
faites pour cesser de culpabiliser, de condamner, de dénoncer... dans un
« à quoi bon » insupportable et pourtant qui flirte avec un certain
réel. Seul le cœur demeure campé droit dans ses bottes dans la compassion,
l'empathie, l'amour et nous impulse cet élan de vie vers l'autre. Écoutons
encore et toujours nos cœurs nous dire que nous sommes frères humains et
qu'au-delà de l'absurdité et la folie du monde, l'amour est la seule énergie
qui vaille. Il
pleut sur la ville, Entre
moi et le monde Une
fenêtre ruisselante Comme
mes yeux. Je
me protège comme je peux Des
atrocités Commises
par mes frères humains, Coupable
et honteuse, je suis D’appartenir
à cette humanité Qui
n’en a plus que le nom. Il
pleut sur la ville Comme
il pleut sur mon cœur, Jamais
je ne me résignerai Pourtant
il y a cette fatigue Au
quotidien Qui
pèse plus lourd qu’un fardeau Sur
mes épaules, Elle
hérisse mes nerfs, Elle
atrophie ma pensée, Ankylose
mes gestes, Appauvrit
mes mots. Elle
fait son travail de sape Avec
lenteur Avec
détermination, Elle
vide de sa substance Le
signifiant, Elle
dénature la vérité, La
normalise, La
transforme En
une quelconque réalité Administrative. Et
là-bas, ici, l’infâme Prend
le pas sur la vie. Il
pleut sur la ville, Et
mes larmes ne se résignent pas À
mourir avec vous, Qui
tombez chaque jour Chaque
instant Sous
les bombes, Vous
qui endurez les pires tortures, Vous
qui regardez votre mémoire Ensevelie
sous les ruines de vos maisons, Vous
qui êtes littéralement arrachés À
vos terres, Vous
qui n’avez rien demandé Si
ce n’est vivre en paix. Alors
non, pour vous, Je
ne me résigne pas. Il
pleut sur la ville Et
je vous fais la promesse De
résister encore et encore À
cette fatigue abrutissante, À
cette dystopie du réel, À
cette inhumanité normalisée, Oui
je vous fais la promesse Du
parti pris de l’amour, De
la compassion, de l’empathie, La
seule voie possible Pour
demeurer humain. Il
pleut sur la ville, Et
là-bas, ici, Nous
sommes cet autre soi-même Qui
ne demande qu’à Vivre. ©Nathalie Lescop-Boeswillwald |
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Notre amie poète et éditrice Nathalie Lescop-Boeswillwald continue (sur sa page Facebook)
ses réflexions fortes et empreintes d’humanisme, véritables alertes sur la
perte d’humanité qui menace les sociétés de nos jours, sous l’emprise de
dirigeants sans scrupules qui font fi en toute impunité du droit
international et des valeurs sur lesquelles s’est reconstruit le monde après
la seconde guerre mondiale. Son poème ci-dessus est
révélateur en ce sens, et il fait suite à celui publié à cette même rubrique,
au précédent numéro de notre revue. Pour faire connaissance avec
l’artiste libanaise Pamela Chrabieh,
voir sur sa page FB et son site : en particulier,
ici, ses publications Comment
rester lisibles les uns aux autres quand la guerre nous rend
tous illisibles ? et L’horreur
en boucle (peintures et articles, 18 mai et 16 mai 2026). (D.S.) |
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Francopolis
– ÉTÉ 2026 Recherche
Dana Shishmanian |
Créé le 1er mars 2002