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Pieds des Mots : Archives

 

PIEDS DES MOTS

Où les mots quittent l'abstrait pour s'ancrer dans un lieu, un personnage, une rencontre, un objet de la nature ou de l’art...

Le principe des Pieds des mots est de nous partager l'âme d'un lieu, réel ou imaginaire, où votre cœur est ancré...

 

Automne 2026

 

7 poèmes inédits extraits de

Devenir le silence qui est poème

 

Éric Chassefière

 

 

Une image contenant plein air, herbe, plante, branche

Description générée automatiquement

 

 

 

Tu aimes que la fleur soit à peine visible

dans l’arbre qui en porte la couleur

qu’elle soit légère comme l’étoile

qu’elle soit le ciel de l’arbre

oscillant dans le vent calme du soir

 

tu vois ces calices sur le haut de la haie

ces quelques grappes de rose pâle

qu’agite le vent noir de la fin de jour

tu vois ces fleurs et tu ne les vois pas

plus impalpables qu’un scintillement d’étoile

 

tu aimes qu’ainsi la couleur soit un lointain

que mille chemins s’ouvrent dans la lumière

ces fleurs plus qu’en percevoir forme et couleur

tu viens les toucher de ton regard

tu en sens battre le feu délicat contre la pupille

 

tu aimes que la terre ainsi s’ouvre vers le ciel

que la couleur en soit premier visage

puis vient le grain suspendu de la pluie

dans le soir qui ne dit pas son nom

pluie si légère que les fleurs sont de soie

 

puis l’éclat du dernier soleil dissout la pluie

l’arbre s’éclaire de son feuillage

la bignone du vent léger de la cime

le reflet se fait fleur la fleur reflet

naît la brève constellation d’une lisière

 

*

 

À midi en ce jardin tu n’es nulle part

et tu es partout

mille tonalités de vert

tracent profondeur de l’être

mille fois le regard se perd

 

tu aimes que l’infini de la couleur

ainsi promette chemin de l’ombre

tu es comme le chat qui marche sans bruit

dans la caresse d’un peu d’herbe haute

chaque chemin qui s’ouvre silence d’une pensée

 

tu voudrais comme lui

savoir t’effacer dans la couleur pure

devenir toi-même couleur

n’être plus que couleur dans la couleur

ombre dans le baiser de l’ombre

 

peut-être qu’en ce jardin

écrire est une façon de s’effacer

rejoindre par les mots le silence de la page

s’y laisser disparaître avec le poème

devenir le silence qui est poème

 

c’est en ce lieu de ton effacement

à l’instant où les couleurs se touchent

que tu te sens le plus proche de toi-même

tu y es ensemble le rêveur et le rêvé

il te suffit de fermer les yeux pour voir

 

*

 

Le jardin au plus haut du jour

n’est que couleur et transparence

la transparence illumine la couleur

le jeune arbre au feuillage léger

n’est fait que de cette transparence

 

la lumière en dessine les feuilles

de la pure tonalité de leur substance

l’arbre ici tout entier de lumière

dans le vent qui en accorde les souffles

tout entier de couleur faite lumière

 

tu aimes voir ainsi à travers le jardin

que tout soit posé sur la lumière

s’y dessine de sa seule matérialité

c’est à la table de la lumière que tu écris

cherchant la transparence du poème

 

voir plus près et plus loin que les mots

n’écrire pas des mots

mais de la voix qui les porte

trouver cette profondeur

qui sait dire la couleur des mots

 

le poème n’est-il pas cet arbre

qui prend vie au pinceau de la lumière

c’est la lumière qu’il nous faut écrire

l’arbre lui n’est que la page

que le silence de la page fait poème

 

*

 

À l’approche du soir tout est transparence

la lumière éclaire par l’envers

tout s’illumine de couleur

tout se fond en un brouillard léger

de teintes et de lignes se mêlant

 

et là où la transparence ne joue pas

où la lumière ne dessine pas la forme

c’est la fleur du reflet qu’on voit s’ouvrir

constellant le rêve de la profondeur

peut-être le reflet est-il transparence à la nuit

 

que la nuit comme la lumière

illumine ces arbres dessinant le ciel

pareillement éclaire par l’envers

que le reflet comme la fleur nait de la nuit

que c’est la nuit qui en dessine le jour

 

tu aimes cette idée d’une nuit éclairant le jardin

d’une nuit faite lumière

redessinant ces grands arbres sombres

dressés là au seuil de ce ciel du soir

c’est de cette nuit que tu éclaires ta page

 

tu aimes que le poème naisse dans le soir

pareil au chat que tu vois glisser sans bruit

dans une dentelle d’herbes et de branches

tu aimes cette nuit du regard de l’animal

posée avec douceur sur le jour du tien

 

*

 

Puis c’est l’ombre le chemin léger

le pas silencieux du chat

la lumière qui par instant revient

l’animal s’étirant au chaud de la pierre

le sombre du grand pin à contre-ciel

 

le soir qui tombe doucement

sans jamais annoncer la nuit

le vif éclat de la lisière

l’herbe légère de sa fluidité

l’arbre profond de sa transparence

 

c’est le temps la fleur sans nom

le miroir sans visage

le temps qu’il faut traverser

non l’instant mais sa permanence

tous les temps de la vie en un

 

la cloche qui sonne dans le soir

détache le silence de la voix

l’oiseau est nuit sur le ciel

vol de silence dans la parole

on n’entend plus que le silence

 

la voix elle s’est tue

tout dort dans la lumière

même le vent s’est tu

peut-être que cela fait venir la nuit

qu’elle attend simplement d’être rêvée

 

*

 

L’ombre glisse dans la couleur pure

qui ne voit lignes ni formes

tu aimes qu’ainsi l’oiseau

vienne peindre le jardin

de cette présence ne laissant nulle trace

 

c’est le ciel qu’ainsi

l’oiseau fait jardin

toi tu regardes le ciel

dans l’or de l’herbe d’été

où palpitent toutes ces ombres

 

ce petit morceau de ciel

là au coin de la maison

le jardin y prend sa source

l’herbe y miroite de présence

l’aile n’y bat que sur la lumière

 

tu aimes qu’ainsi le soleil

soit tout proche du jardin

que par le chemin de l’ombre

l’oiseau vienne se lier à la terre

que l’univers entier tienne dans ce peu

 

tu regardes naître le matin

et le matin te regarde naître

doucement le soleil gagne le jardin

l’ombre de l’oiseau se fait oiseau

l’or de l’herbe immensité de voir

 

*

 

Tu ne sais où tu vas

tu n’écris que pour avancer

tracer chemin du pas

respirer du balancement de la rose

contre le volet clos d’enfance

 

tu ne sais où te conduit ton pas

où s’ouvre la parole

où se clôt le poème

tu n’écris que pour être

le poème est ton infini

 

ton ciel d’été

ton arbre de vent

la naissance de ta voix

le poème est ta fin et ton commencement

la source qui toujours revient à soi

 

tu te sens bien là dans ce jardin

léger de tous les chemins du temps

à écouter mouettes et tourterelles

ponctuer de leurs chants légers

ce chemin tracé au ciel de la pensée

 

qu’est le poème libre de toute fin

toute mémoire tout devenir

tu écris pour que le poème pense

le chemin naisse de cette lumière

que tu as fait source de ta nuit

 

 

 

 

©Éric Chassefière

 

 

Éric Chassefière

Francopolis, automne 2026

 

 

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Créé le 1 mars 2002