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Tu aimes que la fleur
soit à peine visible
dans l’arbre qui en
porte la couleur
qu’elle soit légère
comme l’étoile
qu’elle soit le ciel de
l’arbre
oscillant dans le vent
calme du soir
tu vois ces calices sur
le haut de la haie
ces quelques grappes de
rose pâle
qu’agite le vent noir
de la fin de jour
tu vois ces fleurs et
tu ne les vois pas
plus impalpables qu’un
scintillement d’étoile
tu aimes qu’ainsi la couleur
soit un lointain
que mille chemins
s’ouvrent dans la lumière
ces fleurs plus qu’en
percevoir forme et couleur
tu viens les toucher de
ton regard
tu en sens battre le
feu délicat contre la pupille
tu aimes que la terre
ainsi s’ouvre vers le ciel
que la couleur en soit
premier visage
puis vient le grain
suspendu de la pluie
dans le soir qui ne dit
pas son nom
pluie si légère que les
fleurs sont de soie
puis l’éclat du dernier
soleil dissout la pluie
l’arbre s’éclaire de
son feuillage
la bignone du vent
léger de la cime
le reflet se fait fleur
la fleur reflet
naît la brève
constellation d’une lisière
*
À midi en ce jardin tu
n’es nulle part
et tu es partout
mille tonalités de vert
tracent profondeur de
l’être
mille fois le regard se
perd
tu aimes que l’infini
de la couleur
ainsi promette chemin
de l’ombre
tu es comme le chat qui
marche sans bruit
dans la caresse d’un
peu d’herbe haute
chaque chemin qui
s’ouvre silence d’une pensée
tu voudrais comme lui
savoir t’effacer dans la
couleur pure
devenir toi-même
couleur
n’être plus que couleur
dans la couleur
ombre dans le baiser de
l’ombre
peut-être qu’en ce
jardin
écrire est une façon de
s’effacer
rejoindre par les mots
le silence de la page
s’y laisser disparaître
avec le poème
devenir le silence qui
est poème
c’est en ce lieu de ton
effacement
à l’instant où les
couleurs se touchent
que tu te sens le plus
proche de toi-même
tu y es ensemble le
rêveur et le rêvé
il te suffit de fermer
les yeux pour voir
*
Le jardin au plus haut
du jour
n’est que couleur et
transparence
la transparence
illumine la couleur
le jeune arbre au
feuillage léger
n’est fait que de cette
transparence
la lumière en dessine
les feuilles
de la pure tonalité de
leur substance
l’arbre ici tout entier
de lumière
dans le vent qui en
accorde les souffles
tout entier de couleur
faite lumière
tu aimes voir ainsi à
travers le jardin
que tout soit posé sur
la lumière
s’y dessine de sa seule
matérialité
c’est à la table de la
lumière que tu écris
cherchant la
transparence du poème
voir plus près et plus
loin que les mots
n’écrire pas des mots
mais de la voix qui les
porte
trouver cette
profondeur
qui sait dire la
couleur des mots
le poème n’est-il pas
cet arbre
qui prend vie au
pinceau de la lumière
c’est la lumière qu’il
nous faut écrire
l’arbre lui n’est que
la page
que le silence de la
page fait poème
*
À l’approche du soir
tout est transparence
la lumière éclaire par
l’envers
tout s’illumine de
couleur
tout se fond en un
brouillard léger
de teintes et de lignes
se mêlant
et là où la
transparence ne joue pas
où la lumière ne
dessine pas la forme
c’est la fleur du
reflet qu’on voit s’ouvrir
constellant le rêve de
la profondeur
peut-être le reflet
est-il transparence à la nuit
que la nuit comme la
lumière
illumine ces arbres
dessinant le ciel
pareillement éclaire
par l’envers
que le reflet comme la
fleur nait de la nuit
que c’est la nuit qui
en dessine le jour
tu aimes cette idée
d’une nuit éclairant le jardin
d’une nuit faite
lumière
redessinant ces grands
arbres sombres
dressés là au seuil de
ce ciel du soir
c’est de cette nuit que
tu éclaires ta page
tu aimes que le poème
naisse dans le soir
pareil au chat que tu
vois glisser sans bruit
dans une dentelle
d’herbes et de branches
tu aimes cette nuit du
regard de l’animal
posée avec douceur sur
le jour du tien
*
Puis c’est l’ombre le
chemin léger
le pas silencieux du
chat
la lumière qui par
instant revient
l’animal s’étirant au
chaud de la pierre
le sombre du grand pin
à contre-ciel
le soir qui tombe
doucement
sans jamais annoncer la
nuit
le vif éclat de la
lisière
l’herbe légère de sa
fluidité
l’arbre profond de sa
transparence
c’est le temps la fleur
sans nom
le miroir sans visage
le temps qu’il faut
traverser
non l’instant mais sa
permanence
tous les temps de la
vie en un
la cloche qui sonne
dans le soir
détache le silence de
la voix
l’oiseau est nuit sur
le ciel
vol de silence dans la
parole
on n’entend plus que le
silence
la voix elle s’est tue
tout dort dans la
lumière
même le vent s’est tu
peut-être que cela fait
venir la nuit
qu’elle attend
simplement d’être rêvée
*
L’ombre glisse dans la
couleur pure
qui ne voit lignes ni
formes
tu aimes qu’ainsi
l’oiseau
vienne peindre le
jardin
de cette présence ne
laissant nulle trace
c’est le ciel qu’ainsi
l’oiseau fait jardin
toi tu regardes le ciel
dans l’or de l’herbe
d’été
où palpitent toutes ces
ombres
ce petit morceau de
ciel
là au coin de la maison
le jardin y prend sa
source
l’herbe y miroite de
présence
l’aile n’y bat que sur
la lumière
tu aimes qu’ainsi le
soleil
soit tout proche du
jardin
que par le chemin de
l’ombre
l’oiseau vienne se lier
à la terre
que l’univers entier
tienne dans ce peu
tu regardes naître le
matin
et le matin te regarde
naître
doucement le soleil
gagne le jardin
l’ombre de l’oiseau se
fait oiseau
l’or de l’herbe
immensité de voir
*
Tu ne sais où tu vas
tu n’écris que pour
avancer
tracer chemin du pas
respirer du balancement
de la rose
contre le volet clos
d’enfance
tu ne sais où te
conduit ton pas
où s’ouvre la parole
où se clôt le poème
tu n’écris que pour
être
le poème est ton infini
ton ciel d’été
ton arbre de vent
la naissance de ta voix
le poème est ta fin et
ton commencement
la source qui toujours
revient à soi
tu te sens bien là dans
ce jardin
léger de tous les
chemins du temps
à écouter mouettes et
tourterelles
ponctuer de leurs
chants légers
ce chemin tracé au ciel
de la pensée
qu’est le poème libre
de toute fin
toute mémoire tout
devenir
tu écris pour que le
poème pense
le chemin naisse de
cette lumière
que tu as fait source
de ta nuit
©Éric Chassefière
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