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Je me suis souvent demandé
Je
me suis souvent demandé pourquoi il fallait aller de l’avant.
Alors
que.
Je
me suis souvent demandé pourquoi c’était si important de faire quelque
chose de sa vie.
Quand
on sait.
Je
me suis souvent demandé pourquoi il en allait de notre vie si.
Alors
qu’il en va de notre vie même si pas.
Je
me suis souvent demandé quelle suite donner aux lendemains.
D’autant
qu’avec les lendemains.
Je
me suis souvent demandé pourquoi la vie allait à vau-l’eau.
Volens
nolens.
Et
je me demande encore quel sera l’envers du décor.
*
Ils marchent
Jour et nuit, ils marchent, ils ne peuvent pas s’arrêter, ils
marchent sur le bitume, sur les chemins terreux, sur les pistes
sablonneuses, inlassablement, silencieusement, ils marchent en file
indienne, ils sont des dizaines, peut-être des centaines à marcher sans mot
dire, juste marcher, sans jamais se retourner, ils avancent pas à pas, une
deux, une deux, une deux, une deux, ce sont peut-être des pénitents qui
marchent pour expier, personne ne sait où ils vont ni d’où ils viennent,
ils marchent dans les villes, les villages, les lieux-dits, ils marchent
dans la brume au crépuscule, ils marchent quand le soleil est au zénith,
ils marchent sous la pluie battante, ils marchent dans la neige immaculée,
rien ne les arrête dans leur procession, ils sont des milliers à cheminer
sur les routes de France, entrainant sans les
solliciter de nouveaux adeptes à
chacune de leurs étapes, jeunes, vieux, artisans, ouvriers, paysans, commerçants, clercs de notaire, cadres
bancaires et tant d’autres encore, ils sont des centaines de milliers
maintenant, peut-être des millions à marcher en file indienne,
silencieusement, sans raison
apparente, ils marchent et, sans s’en apercevoir, ils construisent
leur chemin, le chemin de la vie errante.
Et moi, je suis assis, immobile et je vaque à mes occupations
sans rien en faire paraître.
©
François Minod
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