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Elle avait
ouvert le Carnet Rouge. Autour d’elle des pans entiers de ciel vibraient à
l’unisson pour célébrer la naissance du jour. Elle avait désiré voir
d’heure en heure, l’ombre se dissoudre lentement dans le gris bleuté de
l’aube. Elle regardait fascinée la lumière dessiner le contour des choses.
Elle avait
ouvert la fenêtre. Les feuilles du carnet tremblaient dans le courant
d’air. Elle savait que ce tremblement de feuille était sien puisque page à
page, elle traçait les signes fragiles qui tentaient de dire en mots
conjoints ou disloqués, et la peur de l’ombre, et parfois, quelques éclats
lumineux.
Elle avait
ouvert le livre nocturne des rêves. De grands espaces nus défilaient et
l’horizon restait inatteignable. Une percussion lointaine devenait
obsédante. Elle voyait à ses pieds s’étaler une grande flaque d’eau dont on
pressentait qu’elle deviendrait l’obstacle à toute avancée.
Ce jour-là
d’un matin de silence, elle avait refermé le carnet rouge. Elle
s’appuierait sur les battements
réguliers de son cœur. Elle chercherait le tempo juste pour ajuster la
respiration à ses pas hésitants. Elle tisserait fil à fil les moments
précieux dérobés à l’ordre immuable du Temps.
©Mireille Diaz-Florian
Juin 2026
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