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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

 

Été 2026

 

 

Artistes libanais d’aujourd’hui :

Abed Al-Kadiri ; Wissam Beydoun ; Sara Chaar ; Pamela Chrabieh ;

David Daoud ; Ghada Jamal ; Rafik Majzoub ; Jamil Molaeb ;

Nabil Nahas ; Randa Nehmé ; Walid Raad.

 

(*)

 

 

Abed AL-KADIRI

Né en 1984, en pleine guerre civile libanaise (1975-1990) et durant les dix-huit ans d'occupation du Sud-Liban par Israël (1982-2000), Al Kadiri a grandi dans un contexte de conflit. Il a connu la perte et le déplacement forcé à répétition, passant du temps dans des abris et vivant dans des bâtiments endommagés. Ces expériences ont profondément marqué sa sensibilité et sa pratique artistique, qui explore la violence et les traumatismes, tant personnels que collectifs. (D’après Lebanon’s Art Scene Is Living in ‘War Mode’, par Sarvy Geranpayeh, dans Ocula, 2 mai 2026, Beirut).

Il est doublement diplômé en littérature arabe et beaux-arts.

 

Nyctophilia : Solidarity, 2018 (scène 3)

 

Nyctophilia, 2018-2019 (scène 7)

 

Nyctophilia, 2020

 

Les trois peintures ci-dessus sont reproduites d’après le catalogue de l’exposition Remains of the Last Red Rose ouverte à la Galerie Tanit, à Beyrouth, le 27 juillet 2020 ; les œuvres ont toutes été détruites quelques jours après, avec le bâtiment lui-même, lors du grand incendie du port, le 4 août 2020. La symbolique de ces peintures fait appel, rétroactivement, au mythe d’une utopie du bonheur, qui, sous la pression de la réalité, apparaît toute en noir sous le pinceau de l’artiste :

Arcadia [2016] was Al Kadiri’s visceral response, at a time when the artist, like the rest of the world, was thoroughly worn out by the relentless barrage of news relaying the appalling calamities facing refugees fleeing various parts of Asia and Africa. Unlike previous works—for example those presented in the exhibition Ashes to the Sea (2016), in which the artist depicted the adversities experienced by fugitives during their treacherous passage across vast inhospitable landscapes – Arcadia was about liberating these people by showing them already settled at their destinations, in the kind of paradise they might have imagined (irrespective of whether they arrived there by dying). It was Al Kadiri’s attempt to bestow a sense of dignity back to the representations of refugees, whose humanity and struggles were now reduced to either the newsworthiness of yet another misfortune, or to their perception as the source of an immigration “crisis” for Europe or wherever else they were headed. If Arcadia was engendered by the apathy Al Kadiri developed due to recent tragic events, his latest body of work entitled Nyctophilia (a term that means an inclination toward darkness) is about a breakdown, about despair. These works were developed as the news continued to pour in, a time when optimism became more tenuous than ever. (extrait du catalogue, texte signé par Amin Alsaden).

 

L’artiste a exposé immédiatement après, sous le titre Today, I Would Like to be a Tree (Galerie Tanit, Beirut, août-septembre 2020), des fresques réalisées sur le seul mur encore debout du bâtiment détruit, exposition dont les bénéfices ont entièrement été mis au service des victimes, étant destinés à la remise en état des habitations endommagées par l’incendie.

 

Abed al-Kadiri, l’art malgré la guerre

Today I would like to be a tree, 2020, fusain et acrylique sur carton sans acide, 370 x 700 cm.

Fresques réalisées sur le dernier mur encore debout de sa galerie © Abed al-Kadiri (reproduit de l’article de Muriel Rozelier, sur Le Quotidien de l’Art)

 

 

Danse Macabre, 2021-2022, fusain, crayon et huile sur toile, 210 × 244 cm. Avec l'aimable autorisation de l'artiste (reproduit de l’article de Joanna Andraos, sur Art & Psy)

 

Cette œuvre fait partie de l’exposition Danse Macabre. From Urban Perils to Raving Revelry. Abed Al Kadiri, février-mars 2024 (An Ambassador Project by the Beirut Museum of Art – BeMA, à la Galerie Tanit). La psychologue et artiste Joanna Andraos, chargée de cours à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts, écrit à ce sujet (L’arcane cryptée dans Danse Macabre de Abed Al Kadiri, dans Art & Psy) :

Tout traumatisme étant encrypté, le peintre l’invoque par la danse, le convoque en lui-même afin de le décrypter et d’en livrer aussi bien ses marqueurs psychiques que picturaux. C’est à partir de mouvements corporels et rythmiques répétitifs que la ritualité organise la blessure, l’ordonne, la dompte, offre des contours à sa béance, créant un espace transitionnel, enveloppe protectrice, une peau commune faisant rempart à l’effraction subie. Par la compulsion de répétition ou bien la répétition comme faire retour, le sujet redevient actant là où il a été passivé, médusé face au choc. Reconnaître à la compulsion de répétition une fonction liante, c’est la considérer comme apte à reconstituer ce qui s’était brisé lors de la rupture traumatique et de l’élaborer. C’est ici que Al Kadiri opère la voie du trauma, passant par les voies internes qu’il emprunte jusqu’aux voix collectives. (…)

Sur les toiles de Al Kadiri, s’organise une cosmogonie peuplée de zombies, de soleils rouges, figures anthropomorphiques, connotations carnavalesques, et éléments récurrents de la loi destituée, bouleversant ainsi l’ordre établi et le pouvoir hégémonique régnant. Son œuvre prend une dimension politique et dénonce en filigrane les traumatismes intentionnels induits délibérément par des humains sur d’autres humains dans le but « d’initier, affilier, déshumaniser ou déculturer » et produire de la sorte une modification ou une transformation de l’être. Ce que Freymann quant à lui appelle œuvre de « déshumanisation ».

 

Red Olive Tree for Palestine. In support for the children of Gaza.
February 2024, Galerie Tanit Beirut

(bénéfices reversés au PCRF, Fonds de secours pour les enfants palestiniens)

 

L’olivier rouge, l’œuvre exposée ici, se veut un témoin des atrocités perpétrées à Gaza. Hanté par les images des massacres en Palestine, Al Kadiri souhaite, à travers son projet, soutenir celles et ceux qui souffrent et subissent l'injustice, perdant la vie au nom de l'humanité, de la liberté et de leur patrie (d’après la présentation du projet sur le site). L’artiste déclare :

“Today, I needed to be surrounded by my trees again, my trees, around which no matter how I turn now I see blood, body parts, and terrifying scenes of violence and destruction.”

« Aujourd'hui, j'avais besoin d'être à nouveau entourée de mes arbres, mes arbres autour desquels, où que je me tourne, je ne vois plus que du sang, des corps démembrés et des scènes terrifiantes de violence et de destruction. »

 

 

Under the shadow of war… 5 mars 2026 (reproduit de la page FB de l’artiste)

 

Cette œuvre, comme l’artiste le confesse, a été réalisée en 24 jours, étant finie « sous l’ombre de la guerre », quelques jours seulement après le début des attaques israéliennes contre le Liban. Elle représente une mise à nu totale et lucide des ressorts de la haine et de la violence qui agitent le monde de nos jours :

“This painting emerged from an urgent need to confront the darkness of the present, with all its violence, power, and collapse. Beneath this chaos lie the insidious forces of ideologies, manipulated religious beliefs, and inherited systems that relentlessly fuel conflicts and wars.”

« Cette peinture est née d'un besoin urgent de combattre les ténèbres du présent, avec toute sa violence, son pouvoir et son effondrement. Derrière ce chaos se cachent les forces insidieuses des idéologies, des croyances religieuses manipulées, et des systèmes hérités qui nourrissent sans relâche les conflits et les guerres. »

 

Face au désastre des populations déplacées sous la pression des bombes, des familles parties à la hâte, obligées d’abandonner leurs habitations et leurs biens, des enfants traumatisés, l’artiste a trouvé un moyen d’engager son art à leur service.

Depuis presque un mois, Abed al-Kadiri passe son temps dans des écoles transformées en lieu d’hébergement de familles déplacées. Muni d’un grand rouleau de papier, ainsi que de crayons de couleur, de pastels, feutres, pinceaux et pigments, il y improvise des ateliers de dessin et de peinture destinés aux enfants. « Des séances par le biais desquelles je tente de leur faire oublier la précarité de leur quotidien », indique à L’Orient-Le Jour l’artiste plasticien. (extrait de : De Beyrouth à Paris en passant par Londres, les artistes se mobilisent pour faire la guerre à la guerre, par Zéna Zalzal, dans L’Orient-Le-Jour, 15 avril 2026)

 

Abed al-Kadiri aide les enfants déplacés à oublier la guerre par le dessin. Avec l'aimable autorisation de l'artiste. (sur L’Orient-Le-Jour)

 

Ses ateliers itinérants pour enfants font depuis l’objet de nombreux articles, dont ceux de Muriel Rozelier, dans  Le Quotidien de l'Art - Édition N°3251 du 17 avril 2026 (Abed al-Kadiri, l’art malgré la guerre) et dans Le Figaro du 23 avril 2026 (L’artiste libanais Abed al-Kadiri organise des ateliers de dessin pour aider les plus jeunes à faire face à la guerre) :

Une trentaine d’enfants sont penchés sur une longue bande de papier, déroulée à même le sol. Autour d’eux, l’artiste Abed al-Kadiri, à l’origine de l’initiative, observe et encourage. « La guerre les impacte énormément : certains sont hyperactifs, pas du tout concentrés, d’autres trop renfermés… Gagner leur confiance se mérite », raconte-t-il.

 

L’artiste écrit lui-même sur sa page Facebook, le 7 mai (notre traduction) :

« C’est avec une immense joie que je vous annonce qu’à ce jour, plus de 500 enfants déplacés se sont réunis à l’ombre de l’initiative Aujourd’hui, j’aimerais être un arbre, dans 18 écoles et centres d’accueil au Liban.

Ce qui a commencé comme un geste spontané en pleine guerre et dans le contexte des déplacements de population continue de prendre une ampleur que je n’aurais jamais pu imaginer. L’initiative a voyagé à travers les petites mains, les voix et les histoires d’enfants, a été adoptée par les communautés et s’est propagée à travers les continents. Tout au long de ce parcours, j’ai reçu d’innombrables messages d’amour et de soutien, et de nombreuses rencontres et conversations enrichissantes ont vu le jour, ouvrant la voie à de futures collaborations.

Durant ces journées, j’ai rarement partagé les difficultés et le poids émotionnel que représente ce voyage. Pourtant, c’est votre confiance, votre générosité et vos encouragements qui ont permis à cette initiative de perdurer et de progresser.

Un profond merci à chaque enfant, famille, responsable d’école et de centre d’accueil, bénévole, journaliste et ami qui a ouvert son cœur à ce projet. À tous ceux qui ont contribué à cette aventure, je prendrai le temps de vous remercier individuellement.

Aujourd'hui, nous passons à la phase suivante, tout en poursuivant notre développement pour atteindre notre objectif de 1000 enfants. »

 

***

 

Wissam BEYDOUN

Né à Beyrouth en 1961, Wissam Beydoun a obtenu son baccalauréat ès arts de l'Université libanaise américaine (LAU) avec la distinction Sheikh Zayed Award.

Beydoun travaille avec des formes organiques, créant des paysages abstraits qui célèbrent la majesté des montagnes et la beauté globale de la nature. Son œuvre récente tourne autour de sa relation avec sa ville natale. Expérimentant l'art de la cartographie, il cartographie Beyrouth au gré de ses expériences, documentant les émotions ancrées dans cette ville métamorphique. (d’après le site artsper-Wissam Beydoun).

 

Skyfall, 2022 (reproduit du site artsy.net-Wissam Beydoun)

 

Experimental Landscape 14, 2024

 

Experimental Landscape 15, 2024

 

Sitting Here Thinking...What's Going on, 2016

 

Peintures reproduites du site artsper-Wissam Beydoun.

 

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Sara CHAAR

Née en 1986 à Miami, en Floride, et basée à Beyrouth, Sara Chaar est autodidacte. Son travail est consacré à l'exploration de la condition humaine à partir de l'œil féminin. Elle se concentre sur l'existence au Moyen-Orient d'un point de vue personnel, politique et social.

Chaar utilise son corps pour exprimer ses points de vue, utilisant ses doigts pour peindre, créant un dialogue direct avec la matière, le processus et la réalisation. En convertissant ses sensations en artisanat, elle transforme les sentiments en langage visuel. Les œuvres combinent des éléments statiques linéaires avec des zones de champs monochromatiques mélangés et flous. Cela produit une dichotomie entre le défini et le précis et l'indéfini et l'illimité. L'œuvre de Chaar semble inachevée, car elle s'engage avec le spectateur et lui permet de raconter le reste de l'histoire, dans une discussion continue entre l'objet et le spectateur. (d’après le site artsper-Sara Chaar).

 

Peinture reproduite de sa page Facebook, 26 avril 2026

 

My dreams turn red, 2021 (d’après le site artsper-Sara Chaar)

 

The strangest places, 2021 (d’après le site artsper-Sara Chaar)

 

Voir aussi ses œuvres sur le site art-trends – Galerie Sara Chaar, mutualart-Sara Chaar, et Agenda culturel (exposition à la galerie Claude Lemand, octobre-novembre 2023).

 

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Pamela CHRABIEH

Née en 1977, artiste libano-canadienne, elle s’est créé un espace artistique au carrefour de l'iconographie, de la calligraphie et des arts numériques d'Asie occidentale. Ses œuvres expriment des fragments de mémoires blessées en sublimant la réalité. Chaque icône représente des éléments épars de personnes déchirées par le cercle vicieux de la guerre et donne forme à l'absence, au manque, à l'indicible, à la vie après la guerre des survivants. (d’après le site artsy.net).

Pour faire connaissance avec l’artiste, ses œuvres, sa pensée et ses prises de position, voir son blog, et sa page Facebook, dont sont reproduites les peintures ci-dessous.

 

Illisibles, avril 2026

 

L'horreur en boucle, avril 2026

 

Le Titanic libanais, 26 mai 2026

 

Quelques citations significatives extraites de ses témoignages depuis Beyrouth nous font comprendre que le sort du Liban – comme celui de la Palestine – nous concerne tous :

« La démolition contrôlée de nos preuves d'existence progresse rapidement avec un cynisme absolu, trop rapidement... Perdre le Sud du Liban dépasse de loin la simple vision d’une zone rouge clignotante sur une carte interactive pour amuser les analystes en plateau, ou la lecture d’un énième paragraphe de profonde préoccupation générale rédigé par des diplomates occidentaux. C’est assister à la dissolution de pans entiers de civilisations, au sabrage de pierres millénaires qui ont vu défiler des empires, des cargaisons de pourpre phénicienne, des prières polyglottes et des amours minuscules bien plus durables que des guerres trop sûres d'elles-mêmes. Tyr, Adloun, Kharayeb, Chamaa, ou la forteresse de Beaufort (quelques exemples parmi d'innombrables autres) ne sont pas des décors de théâtre romantiques pour touristes en quête de frissons culturels, mais de monumentaux réservoirs de mémoire qui attestent que nous étions là bien avant les communiqués de presse, les frontières hystériques, les cartes militaires et les ambitions de ceux qui brûlent la terre pour mieux la vider, la contrôler, l’occuper, puis appeler cela une nécessité stratégique. (…)

… Et pile au moment où nous inaugurons notre projet Havens à Kulturnest (notre espace culturel), le Premier ministre isr[raélien] et son ministre de la Défense ordonnent le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth, pulvérisant d’un seul coup nos petites prétentions sémantiques.

Que peut encore l’art dans ce genre de configuration, sinon s’obstiner à faire du bruit pour refuser que le langage des missiles devienne l’unique dialecte autorisé ?

Il est 11 h de l'avant-midi... Lundi 1er juin... Beyrouth tremble sur ses bases avec sa régularité de métronome tragique. Et malgré l’impossibilité absolue de projeter la moindre heure suivante, il nous faut bien barricader, quelque part au fond de nous, une petite pièce clandestine et intacte que la barbarie n’a pas encore réussi à prendre. » (sur sa page FB).

 

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David DAOUD

Né au Liban en 1970, David Daoud vit et travaille dans le Vexin, et expose entre Paris, Belgique et Liban. Il a fait ses études à l’École Supérieure Nationale des Arts Décoratifs de Paris. Il parfait sa technique auprès de son mentor, le sculpteur Charles Auffret, lui-même élève de l’atelier des disciples d’Auguste Rodin. 

Artiste complet, peintre, dessinateur, sculpteur, David Daoud puise son inspiration dans la nature et l’Art Pariétal. Artiste habité par un « Rêve d’absolu », il fait partie de ces artistes qui n’habitent pas le présent. De ces rêveurs qui échappent à la violence et au chaos du monde en se réfugiant dans leur univers imaginaire. Dans la musique, la poésie, la nature aussi... Un artiste à l’ancienne – dans le sens positif du terme – qui irrigue son inspiration aux sources de l’art pariétal, des grands maîtres de la peinture, des morceaux du répertoire romantique allemand, des oratorios de Haendel, des poèmes baudelairiens ou encore de la contemplation de la nature. (d’après son site).

Un livre lui est consacré :  Daoud, une monographie retraçant le parcours de vie hors normes du peintre sculpteur franco-libanais et son rapport à la création. Préfacé par Ibrahim Maalouf, avec des textes de Nathalie Bindault et Agnès Larose, l’ouvrage est une présentation raisonnée des œuvres de David Daoud rassemblant plus de 220 tableaux, sculptures et dessins. (Éditions Lord Byron)

 

Consolation, 2026 (expo Partir)

 

La citadelle des destins, 2025 (expo Partir)

 

Le sable des souvenirs, 2024 (expo Partir)

 

Les trois peintures ci-dessus font partie de l’exposition Partir, ouverte à la galerie Retour de voyage, à L’Isle-sur-la-Sorgue, avril-mai 2026 ; voir le catalogue des œuvres sur le site de la galerie.

Les peintures présentées explorent ce moment fragile où l’on quitte quelque chose sans savoir exactement ce que l’on va trouver. Entre mémoire et horizon, entre attachement et nécessité d’avancer, David Daoud donne forme à ce geste universel : partir.

Dans l’espace de la galerie, les œuvres invitent à une traversée silencieuse, presque méditative. (…)

David Daoud explore ces différentes dimensions à travers des compositions vibrantes où apparaissent souvent des silhouettes humaines, des cavaliers ou des figures en déplacement.

Ces présences ne sont jamais décrites de manière narrative. Elles surgissent plutôt comme des traces, des apparitions, parfois presque dissoutes dans la matière picturale.

Le spectateur n’assiste pas à une scène précise. Il se trouve face à une sensation. Les couleurs intenses, les lignes dynamiques et la densité de la matière traduisent cette énergie du départ. Une énergie parfois tourmentée, parfois lumineuse. Comme si chaque tableau capturait un moment de bascule. (extraits de la présentation de l’exposition)

 

Peinture reproduite d’après sa page Facebook, 15 juin 2025

 

L’artiste a vu sa maison d’enfance au Sud Liban, avec son premier atelier (photo ci-dessus), détruite par les bombes israéliennes (d’après sa page Facebook, 28 mars 2026).

 

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Ghada JAMAL

Née à Beyrouth en 1955, Ghada Jamal a poursuivi ses études au Collège universitaire de Beyrouth (LAU) et plus tard, aux États-Unis. En 1990, elle a obtenu une maîtrise en beaux-arts en dessin et peinture de la California State University Long Beach (CSULB) et a vécu en Californie jusqu'à son retour au Liban en 2002.

Elle a exposé aux États-Unis, en Europe, au Moyen-Orient. Elle a présenté huit expositions personnelles à Beyrouth, au Liban, et a également participé à plusieurs expositions collectives comme CONTEMPORARY ART au City Center Dome et THE ROAD TO PEACE au Beirut Art Center. Son travail fait partie de nombreuses collections permanentes, notamment celle du National Museum of Women in the Arts de Washington, DC. Pendant plus de 17 ans, Ghada Jamal a enseigné le dessin et la peinture à l'Université américaine de Beyrouth et à l'Université Notre Dame de Louize. Elle vit et travaille actuellement aux États-Unis. (d’après artsper-Ghada Jamal).

 

Boarders & Identity, 2023

(exposé au MENART Fair, septembre 2024, Galerie Joseph – Hötel de Ville, Paris)

 

Untitled, 2024 (reproduit du site artsper-Ghada Jamal)

 

Red, 2016 (reproduit du site mutualart-Ghada Jamal)

 

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Rafik MAJZOUB

Né en 1971, Rafik Majzoub est un peintre et graphiste jordano-libanais. Autodidacte, il se considère comme un « artiste outsider » et revendique une place de choix sur la scène artistique libanaise de l'après-guerre. L'artiste vit et travaille actuellement à Marseille, en France.

Son œuvre se concentre sur la condition humaine, mais aussi sur la quête de soi. Ses toiles présentent des qualités expressives, mais inachevées, qui les rendent intemporelles, spontanées et évolutives. Majzoub met ses œuvres en tension, afin de mettre en lumière la puissance de l'instinct et la libération de l'inconscient. (d’après le site artsper-Rafik Majzoub)

Ses peintures représentant des visages obsessionnels qui expriment une grande souffrance nous rappellent l’expressionnisme, tout en évoquant une évanescence onirique : on se sent en plein cauchemar, mais le cauchemar lui aussi se dissipe, rien ne tient, tout est masque flottant dans le vide.

La critique Ali Jazo écrivait, sur ces visages qui tirent leur origine de l’autoportrait – miroir du moi autant que de l’homme en général (à propos de l’exposition Rain on Me de Majzoub, en janvier 2015) :

Le miroir qui le guide n’est pas son œil, mais sa main – souvent un miroir bien plus perspicace. Miroir est d’ailleurs le titre d’un autoportrait de l’exposition Rain on Me de Majzoub, présentée à l’Art on 56th galerie, Beyrouth, jusqu’au 31 janvier. C’est par son style unique que Majzoub transforme ses portraits en son propre reflet flou. Il utilise une répétition constante, des taches et des éclaboussures de peinture ainsi que des coups de pinceau imprévisibles, changeants. (…) Les lignes qui tissent l’émotion de l’artiste sont floues et vagues, plutôt que clairement définies, car représenter une pure ressemblance dans ses portraits n’a jamais été le but de Majzoub. Comment pourrait-il, alors qu’il n’y a pas de modèle à imiter ?

Les coups de pinceau qui suivent son histoire se tordent et se brisent sous tous les angles, allumant sa révélation passionnée, avant de l’éteindre. Pendant ce temps, les visages eux-mêmes invoquent des formes lointaines et illuminent le noyau intérieur du soi, le tirant vers la surface de l’eau, froid et tremblant, comme s’il s’était noyé.

Tout comme la surface de l’eau, le miroir de Majzoub est inégal et déformant : ses coups de pinceau ondulent en ondulant, montant, descendant, fusionnant et se répétant fluidement. Ses visages apparaissent comme s’ils venaient de loin, dissimulés derrière une épaisse couche de brouillard et les couches entremêlées de souvenirs.

Griffés et défigurés, les visages flottent dans l’ombre d’une rudesse qui défie les sphères de l’humanité. Ce qui était autrefois des blessures est devenu des cicatrices, et tout le temps s’est figé dans un état d’obscurité. Leurs yeux ne projettent pas la lumière du monde extérieur, mais percent plutôt les profondeurs de l’âme humaine, cristallisant une image de soi qu’aucun flash d’appareil ne pourrait jamais capturer.

Malgré leur audace immédiate, les visages semblent encore crier silencieusement depuis leurs corps, épuisés par une éternité d’errance. De même, les lignes tordues et zigzaguées qui marquent les visages sont les nombreuses rues traversées dans la vie de l’artiste – et les cicatrices de choses qu’on ne pouvait pas supporter. Des souvenirs tendus se manifestent dans des taches de peinture, et la vivacité des ecchymoses est bien plus poignante que ses causes oubliées depuis longtemps.

Dans cet esprit, la répétition de Majzoub dans ses autoportraits en vient à signifier une amère résurgence des souvenirs, créant de nouvelles couches de cicatrices issues de ses expériences « errantes » avec chaque visage différent. (…) Pourtant, cette répétition n’insuffle en aucun cas une lourdeur aux visages, qui s’éclaboussent et fondent presque avant que l’œil ne puisse les modeler en une forme solide.

Les visages étirés et hagards du pinceau de Majzoub, portant les graffitis de la souffrance, sont aussi complexes que tragiques : silencieusement blessés, sans apesanteur, vastes comme un labyrinthe et nus comme l’eau. (Brush strokes and bruises: the art of Rafik Majzoub, sur newarab.com, 9 janvier 2015; ma traduction de l’anglais).

 

Untitled, 2024 (reproduit du site mutualart : Rafik Majzoub - Artworks & Past Works)

 

Hello New Year, 2020

 

Untitled (35), 2018

 

Untitled (27), 2008

 

Peintures reproduites du site artsper-Rafik Majzoub

 

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Jamil MOLAEB

Né en 1948 à Baissour (Liban), Jamil Molaeb a été formé auprès d’artistes renommés tels que Chafic Abboud et Paul Guiragossian à l’Institut des Beaux-Arts de l’Université libanaise. En 1967, alors âgé de 18 ans, il a remporté le 3e prix de sculpture au 7e Salon du musée Sursock.

Désireux de nouvelles découvertes et d’une exposition au monde, il a passé un an à étudier en Algérie et, en 1984, s’est inscrit au programme de Master of Fine Arts de l’Institut Pratt de New York, pour obtenir plus tard un doctorat en éducation artistique à l’Ohio State University. De retour dans son pays natal en 1989, Molaeb a commencé à enseigner l’art à l’Université Libanaise et à l’Université Américano-Libanaise de Beyrouth.

Depuis 1966, il a organisé différentes expositions personnelles au Liban, en Algérie, en France, en Suisse et aux États-Unis. Son travail a été présenté dans de nombreux salons d’art : Art Abu-Dhabi, Beirut Art Fair, Art Dubai, Art14 Londres et La Biennale de Lyon. Ses œuvres sont exposées dans des musées internationaux tels que le musée Gropius Bau à Berlin, et acquises par des collections publiques et privées, notamment la Banque mondiale à Washington DC, l’Institut de Monde Arabe à Paris. Son travail est exposé en permanence à la Galerie Janine Rubeiz, à Beyrouth. En 2015, il a fondé son propre musée – Jamil Molaeb Museum, à Baissour, Mont-Liban. (d’après son site).

En 2025 est paru un grand album rétrospectif sur son œuvre (296 p. en édition bilingue anglais/arabe), édité par Ribal Molaeb, avec des contributions de Carine Chelhot Lemyre, Ribal Molaeb, Adonis : à commander sur le site Les presses du réel.

 

I love Beirut, 2026

 

Landscape, 2024

 

Jerusalem, 2023

 

Peintures reproduites du site artnet-Jamil Molaeb

 

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Nabil NAHAS

Né en 1949, s’inspirant des motifs décoratifs de l’art islamique et de la peinture abstraite américaine du milieu du XXe siècle, le peintre et artiste mixte Nabil Nahas fait un usage innovant de matériaux organiques, notamment des coquillages et des étoiles de mer, qu’il coule à l’acrylique et les fixe sur un support (généralement de la toile). Ses œuvres présentent une composition globale évoquant la croissance biologique et la structuration de la nature. (d’après le site artsy-Nabil Nahas).

Après avoir grandi entre le Liban et Le Caire, il s’est installé à New York, puis est revenu au Liban après une absence de dix-huit ans, à la fin de la guerre civile, amorçant ensuite des retours de plus en plus fréquents. Il est représenté par la galerie Saleh Barakat à Beyrouth, Lawrie Shabibi à Dubaï, la galerie Tanit à Munich, et Ben Brown Fine Arts à Londres et Hong Kong. (d’après agenda-culturel.com)

Nabil Nahas représente le Liban à la grande exposition internationale d’art de la Biennale de Venise (mai-novembre 2026). Il y présente une installation immersive intitulée Don’t Get Me Wrong, composée de vingt-six panneaux d’acrylique sur toile, chacun mesurant trois mètres de haut. L’impression est bouleversante :

Disposées côte à côte, les peintures forment une frise monumentale et enveloppante dans laquelle le visiteur est invité à marcher, comme à l’intérieur d’une image. Nabil Nahas revendique une expérience qui interpelle d’abord le regard avant l’intellect, une proposition visuelle et spirituelle qui transforme le spectaculaire en un vecteur d’introspection. Dans ce grand continuum pictural, l’artiste explore la relation entre l’Homme, la nature et le cosmos à travers un langage riche où différentes formes d’abstraction géométrique, puisées dans les traditions islamiques et occidentales, croisent la figuration et les motifs fractals.

Le titre, Don’t Get Me Wrong, invite à se méfier d’un récit unique. Inspirées des miniatures persanes, les peintures ne proposent pas une narration linéaire. Elles coexistent, interagissent, se chevauchent. Le résultat est une composition dense, ouverte, cohérente, et totalement disponible à l’interprétation.

Les références se croisent, méditerranéennes et au-delà, gréco-romaines, judéo-chrétiennes, byzantines et islamiques. Nahas construit un langage du pluralisme, où passé et présent s’entremêlent au sein d’une identité dynamique. À travers un cadre symbolique, l’artiste relie terre et ciel, microcosme et macrocosme. Les formes géométriques islamiques, polygones et spirales soufies, évoquent l’infini et le mouvement cosmique, tandis que l’arbre, tiré du texte biblique, figure l’axe qui relie le ciel et la terre dans la tradition judéo-chrétienne. Les formes fractales, elles, suggèrent un univers structuré par la répétition, où chaque partie reflète le tout, dans un écho qui touche autant la pensée scientifique que spirituelle.

Dans cette synthèse, Nahas rassemble des traditions visuelles et spirituelles en une expression unifiée, et y reflète le Liban lui-même. Non pas une juxtaposition, mais un carrefour, un lieu où les cultures se rencontrent et fusionnent sans s’effacer les unes les autres. (extrait de la présentation Nabil Nahas investit l’Arsenale avec Don’t Get Me Wrong, sur le site agenda-culturel.com, 8 mai 2026)

 

Installation, à la Biennale de Venise 2026 (d’après agenda-culturel.com)

 

Untitled, 2025

 

Untitled, 2024

 

Untitled, 2020

 

Peintures reproduites du site artsy-Nabil Nahas

 

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Randa NEHMÉ

Née en 1965 au Liban, Randa Nehmé est installée à Paris depuis 1988, où elle collabore étroitement avec des sculpteurs français et japonais. Elle devient membre du Syndicat national des sculpteurs français en 1989. Randa Nehmé est également déléguée permanente de l’Association américaine des arts plastiques (AIAP) auprès de l’UNESCO, où elle œuvre pour la défense des droits des artistes au Moyen-Orient. (d’après le site togetherwetap.art).

Lors d’une de ses expositions, en mai 2023, l’artiste disait :

« Donner aux mots violents la légèreté d’un chant. Les volumes vivent, car il y a de la lumière ! Pour cette exposition, mes sculptures se veulent comme une urgence éphémère de l’instant présent. » (sur L’Orient-Le-Jour).

La critique Myriam Nasr Shuman décrit ainsi l’art de la sculptrice :

Dans son atelier à ciel ouvert, elle travaille au contact direct du bloc, de la lumière, des arbres et du silence. Chez elle, la sculpture n’est pas seulement une forme à faire surgir de la matière. C’est un dialogue avec la pierre, avec la nature, avec ce qui résiste, ce qui se révèle, ce qui échappe aussi à la volonté.

Elle pratique la taille directe, une approche qui demande une présence totale. Contrairement à un travail d’agrandissement ou de reproduction, le geste se fait dans l’instant, face au bloc. « Il y a quelque chose qui conduit ma main », dit-elle. Le dessin change, se cherche, se simplifie. Puis arrive un moment où la ligne devient juste. Elle ne veut plus la déplacer. C’est sur elle que l’équilibre de la sculpture va se construire.

Parfois, au moment de tailler plus profondément, une veine apparaît dans la pierre exactement là où le geste l’avait pressentie. Pour Randa Nehmé, cela n’a rien d’un hasard. « Le hasard n’arrive jamais par hasard », dit-elle. Elle y voit une réponse de la pierre, presque une reconnaissance. Comme si le marbre lui disait : tu as donné le meilleur de toi, je te rends quelque chose. Mais la pierre peut aussi avertir. Une veine trop fragile, un morceau qui se détache, un volume qui clive ne sont pas forcément des accidents malheureux. Ils indiquent parfois qu’il faut arrêter de forcer, reprendre autrement, rééquilibrer les forces. (Randa Nehmé, la pierre en symbiose avec la nature, sur agenda-culturel.com du 18 mai 2026).

 

 

 

 

Photos de l’atelier à ciel ouvert de l’artiste (d’après agenda-culturel.com)

 

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Walid RAAD

Né en 1967 à Chbanieh, Walid Raad est un artiste libanais de renommée internationale, qui utilise un large éventail de techniques et de formats (texte, photographievidéo, édition, installation, performance) pour amener le public à réfléchir sur les sujets existentiels que porte son art, dans une tentative permanente d’imbriquer et de faire interagir la réalité historique et la métafiction, le possible, le fantastique, le monde « parallèle ».

Quittant le Liban en 1983, du fait de la guerre civile, Walid Raad s'installe à New York, où il étudie la photographie au Rochester Institute of Technology. Il y enseigne à l’école d’art The Cooper Union et expose en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord, avec notamment une grande rétrospective en 2006 à la Hamburger Banhof, Berlin, puis en 2010 à la Whitechapel Gallery, Londres, ainsi qu’au Musée d’art moderne de New York. Il a participé aussi à la Documenta 11 à Cassel (Allemagne) en 2002, à Home Works, forums des pratiques culturelles à Beyrouth, à la Kunsthalle de Zurich, à plusieurs éditions de la Biennale de Venise et du Festival d’Automne à Paris, où il expose ses installations au Centquatre. Il est lauréat de nombreux prix internationaux.

Il est aussi l’initiateur de projets programmatiques tel Atlas Group (1989-2004), présenté comme un centre de recherche imaginaire qui se propose d’identifier, d’étudier et de préserver des archives visuelles, sonores et littéraires réelles ou fictives avec des personnages historiques ou imaginaires liés aux conflits libanais. (d’après Wikipedia)

Walid Raad expose en ce moment à la Biennale de Venise 2026. La journaliste Ève Beauvallet titre ainsi son article, en dialogue avec l’artiste, en citant ses propos : « Je ne pense pas l’histoire d’un côté et la fiction de l’autre ».

Artiste faussaire et manipulateur d’archives fantasmées sur la géopolitique au Moyen-Orient, la star de l’art contemporain libanais présentera ses œuvres, canulars poétiques créés dans les trous de mémoire de son pays, à la Biennale de Venise puis au Festival d’automne à Paris.

Souvenons-nous de ce nœud historique. Souvenons-nous des représailles des marines américains après l’un des premiers attentats du jeune mouvement Hezbollah à leur encontre. Février 1984, le cuirassé USS New Jersey en partance du Liban tire quelque 300 obus de 16 pouces en direction de positions syriennes et druzes, des obus pesant chacun autant qu’une coccinelle Volkswagen – d’où le nom que les Libanais continueront à donner à ces obus, les «Volkswagen volantes». L’un d’eux atterrit dans la région du Chouf, dans le jardin d’un adolescent, Walid Raad qui, avec ses cousins, transformera le trou de bombe en piscine pour jouer dedans. La guerre, le jeu. Quarante ans et quelque plus tard, au Festival d’automne à Paris, l’adolescent devenu artiste dévoilera une grande exposition qui s’ouvrira sur la carcasse renversée d’une coccinelle Volkswagen.

Derrière son écran d’ordinateur, depuis New York où il vit depuis des années, Walid Raad fait défiler les images d’archives en noir et blanc de la flotte américaine et guette discrètement les réactions de la journaliste. De l’autre côté de l’écran à Paris, elle l’écoute avec des yeux de merlan frit, elle se méfie, sait que cette figure majeure de l’art contemporain libanais, né en 1967, est un affabulateur, un créateur hors pair de fake news sur le Proche-Orient, l’inventeur d’archives fantasmées sur la guerre qu’il vécut enfant. Mais où commencent avec lui les frontières de la fiction ? Walid Raad reprend son récit. (dans Libération du 27 avril 2026).

 

Appendix, 2018 (reproduit d’après le site artsy-Walid Raad)

 

Better be watching the clouds_XIV, 2000/2015. Pigmented inkjet print (plate 85)

(reproduit d’après le site Paula Cooper Gallery)

 

Better be watching the clouds again and again, 2026

 

Sweet Talk: Commissions (Beirut) - Solidere 1994-1997, video panoramique, 2018, Paula Cooper Gallery, avril-juin 2019, exposée aussi à Stockholm (Moderna Museet, 2020), et au Festival of (In)Gratitude, Moderna galerija, Ljubljana, Slovénie (novembre 2025-mai 2026) : © Walid Raad. Courtesy Paula Cooper Gallery, photo Steven Probert Studio (reproduite du site Paula Cooper Gallery-exhibitions).

La vidéo peut être vue sur Instagram.

 

Image extraite de la vidéo susmentionnée (reproduite d’après Libération du 27 avril 2026).

 

Cette vidéo de Walid Raad, devenue célèbre, montre à répétition l’explosion et l’effondrement des bâtiments et leur reconstruction (supposée) – par une sorte d’aller et de retour-arrière de la caméra, inversant le temps, dans un mouvement cyclique infini projeté sur le plan en des images catoptriques à la symétrie inversée : symbole tragique de la vie à Beyrouth, se faufilant entre guerres, occupations, désastres économiques, destructions en tout genre, tout en préservant tant bien que mal son multiculturalisme d’origine.

Un article d’Alicia Fayçal dédié à l’histoire de la scène musicale, notamment de la danse et de la musique électronique à Beyrouth, illustre également cette « singularité » libanaise :

“Beyrouth mille fois morte et mille fois revécue”, écrivait Nada Tueni. La capitale libanaise vit au rythme de ses renaissances, oscillant entre effondrement et extase. Ici, danser est une nécessité, une forme de respiration collective, une façon d’habiter le temps. Car Beyrouth sait ralentir quand tout s’accélère, et se relever quand tout s’effondre. Portrait d’une ville qui refuse de survivre. (…)

…le pays vit au rythme d’une instabilité chronique crises politiques, effondrement économique, attaques incessantes d’Israël. Dans ce climat, chaque fête tient de la provocation. Chaque soirée peut être la dernière. Malgré l’envie de séparer la fête du politique, danser au Liban reste une façon de tenir, de se rassembler, de se rappeler qu’on est encore en vie. Ici, la musique ne sert pas seulement à célébrer : elle protège, elle recouvre. Dans un pays où Fairouz résonne encore chaque matin, les mélodies ont toujours eu une fonction vitale, couvrir le bruit des bombes, faire taire l’attente, maintenir la vie en mouvement.

Et quand le chaos reprend, la fête continue. Les vidéos de Libanais dansant sous les drones israéliens circulent sur les réseaux, image saisissante d’un pays qui, même au bord du gouffre, refuse de s’arrêter. Plus qu’un acte de défi, c’est une forme de déconnexion collective, une manière de suspendre le réel, ne serait-ce que quelques heures, pour exister autrement. (…)

À l’époque de l’âge d’or, les week-ends électro faisaient venir des visiteurs du Golfe, d’Europe et d’Amérique du Nord. Aujourd’hui, même les structures qui survivent, qu’elles soient commerciales comme AHM ou alternatives comme La Cabana, Peachpuff, Somewhere opèrent dans le même schéma : aucune aide, zéro financement public. Tout repose sur des individus et leur passion. Sauf qu’à la différence d’avant, il n’y a plus d’argent, plus de marge d’erreur, plus de sécurité. La scène tient uniquement parce qu’elle refuse de disparaître.

Au Liban, on construit toujours avec la conscience que tout peut s’effondrer. Mais cette conscience n’a jamais été paralysante pour un pays qui a toujours pu se reconstruire, même sur des bases fragiles. C’est ce paradoxe de bâtir sur les ruines, encore et encore, qui rend cette scène si singulière. Elle ne cherche plus à imiter Berlin ou Ibiza : elle cherche à créer sa propre singularité. (Beyrouth, histoire d’une ville qui danse au bord du gouffre, dans Durevie, 16 décembre 2025)

 

 

 

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Nous avons déjà à plusieurs reprises fait état dans cette rubrique du Pouvoir de l’Art – comme intitulait son article la poétesse Guénane Cade, en référence à l’album de notre Bibliothèque Francopolis n° 15, automne 2025 : Artistes palestiniens d’aujourd’hui.

Ce nouveau dossier, dédié à quelques-uns des plus remarquables artistes libanais contemporains, s’inscrit dans ce même credo, inspiré par les œuvres elles-mêmes. Elles prouvent que l’Art est un pouvoir de l’esprit que la guerre, l’anéantissement des habitats, des hôpitaux, des écoles, et de l’histoire d’un peuple, la colonisation par la force des bombes, ne peuvent pas détruire.

C’est pourquoi, tant qu’il y aura des hommes qui n’acceptent pas la déshumanisation que certains veulent leur infliger, l’Art jaillira du cœur de ces peuples martyrisés, éclairera les pensées, donnera de l’espoir aux parents et aux enfants, empêchera la destruction de la Mémoire, et gardera vivante l’Âme du monde. 

(D.S.)

 

 

 

Artistes libanais d’aujourd’hui

Francopolis, Été 2026

Recherche Dana Shishmanian

 

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