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Ce matin j’ai vu une hirondelle
Ce matin j’ai vu
une hirondelle
Déposer sur la
brume de mes songes
Une note de
silence bleu
A la couleur de
tes yeux,
Celle d’un pays
lointain
De soleil, de
paix et de poésie
Comme nous
n’osons plus même imaginer.
Ce matin j’ai
croisé
Sur la - Coulée
Verte - (1)
Les pèlerins de
Compostelle,
Savaient-ils que
j’avais vu
Un ciel obscurci
par les conflits.
Ce matin, oui
j’ai vu
Dans les fumées
de ma nuit
La bibliothèque
d’Alexandrie en proie
Aux flammes d’un
terrible incendie,
Les plus précieux
manuscrits de Byblos,
Ceux de la
sagesse, de la connaissance
Dont il ne
demeurait plus que les cendres.
Ce matin dans le
désert j’ai entendu
Les cris des
hyènes et des vautours,
Les pugilats
insensés des charognards.
Ce matin j’ai vu
dans les ruines
Fumantes de
Palmyre,
Au nom d’un
« dieu » falsifié, de pacotille,
D’un
« dieu » de carton-pâte et papier mâché,
D’inquiétantes
prophéties et parodies
Engendrant
d’étranges simulacres.
Déposée sur
l’autel du veau d’or,
La colombe avait
la gorge tranchée.
(1) Voie aménagée des « Chemins de
Compostelle, passant à Reims pour les pèlerins du Nord et de l’Est.
C’est un silence de fin du monde
C’est un silence
De fin du monde
Où flottent encore les fumées
Des bûchers de l’inquisition,
Tel est le mystère
Des livres d’argile et de verre,
Fossilisation mémorielle,
Renaissance par le feu
Où les fantômes du passé
Laissent leurs empreintes de cendres.
Le livre de la sagesse
Par décret est consumé,
Il ne reste qu’un voile
De brumes bleues
Sur les souches de l’histoire,
En mémoire des autodafés.

Éliane Hurtado, L’or des terres rouges (80x100)
La loi des canons
Au loin se
profile l’avilissement,
La suprême
humiliation,
Le cortège de
l’infamie,
Les charniers de la
honte.
Encore et
toujours des semeurs
De graines
fatales, de fleurs létales,
Politique de la
terre brûlée,
La boue colle aux
souliers,
Ordres absurdes
et tyranniques
Sous la loi des
canons.
Mais aurions-nous
oublié
Que les hommes
devraient
Être égaux
indépendamment
De leurs couleurs
de peaux
De quelques
origines qu’ils soient,
Pays, religions,
laïcs ou agnostiques,
De libre pensée.
Pourquoi encore
et toujours
Ce poids de
l’obscurantisme,
De l’ignorance
aveugle
Mère de
l’intolérance.
Faut-il encore et
toujours
Entendre ce cri
sourd recouvert
D’un suaire de
silence
Et d’âmes perdues
C’est le temps de
la transmission
En mémoire d’une
Paix fragilisée.

Comme un Christ en croix
Comme un Christ
en croix
Dans les
sinistres projecteurs
Des miradors de
l’oppression,
Les lugubres
roulements de tambours
Montent dans le
lointain.
L’odeur putride
de la guerre
Investit l’espace
fragile de la paix.
Dans les brumes
un violoncelle interprète
La note émouvante
d’un kaddish
Imposant sa
cadence lancinante,
Déchirant le cœur
des enfants
Innocents en
larmes.
Face aux tireurs
du peloton d’exécution,
Je voudrais poser
le doigt
Sur le canon d’un
fusil
Pour encore
croire en l’espoir,
Tant de promesses
brisées, oubliées, violées,
Je n’entends plus
que les cris
D’une destinée
saignée à blanc.
Une colombe
graffée sur un mur décrépit
S’envole pour
disparaître dans l’azur
Le temps d’une
prémonition.

La main blessée
Partager le
levain,
Puis le pain de
la rencontre,
Avec la main
blessée,
La main caleuse,
La main amputée
D’une ou deux
phalanges,
Main d’ouvrier,
de camarade,
Main de compagnon
artisan,
Main de sculpteur
de pierre,
Main de
compassion
Posée sur la
mémoire,
Sur le mystère de
la création,
De l’amitié et de
la délivrance,
Main franche,
honnête,
Celle que l’on
aimerait serrer
Avec tous les
hommes.
Sous le signe de
la Paix
Et la bannière de
la Liberté.

Le regard de l’aède
Le regard de
l’aède
Porte bien
au-delà l’horizon,
Dans les ombres
de nuit.
D’antiques palais
princiers,
Des voix aux
couleurs d’exil,
S’élèvent vers
l’empyrée
Comme une croix
En forme de
poème,
Gravée sur
l’érosion
Du livre de
pierre
Du palais des
doges.
Le manuscrit enluminé
Inciser dans le
verbe
De fabuleuses
couleurs,
Saupoudrer en
lisière du rêve
De délicates et
subtiles
Pastellisations irisées,
Et dans la nuit à
peine achevée,
Lorsque l’heure
devient bleue
Sur la campagne
encore blanche,
Refermer le
manuscrit enluminé
En y plaçant le
signet
Préfigurant le
prélude à la beauté.

Symphonie en résilience
C’est une musique
porteuse
D’une déclaration
d’amour
S’élevant d’un
élan passionnel
Pour un monde
immolé.
C’est une
partition jaunie
Aux notes
prématurément patinées
Où s’unissent
violoncelle et piano.
Le silence s’estompe
doucement,
C’est un souffle
angélique, une transfiguration,
Où les visages
ébahis s’illuminent,
Portés jusqu’à
l’extase
Dans le
miroitement
D’une larme de
lumière.
En cette envolée
de notes,
C’est une musique
porteuse
D’un message
universel composé
Pour une
symphonie en résilience.
Sur le parchemin de sable
Sur le parchemin
de sable
C’est la
résurgence de la pierre,
Du livre de
marbre blanc.
C’est le parcours
de vie
Aux veines
d’ambre,
C’est la complice
confidence
Du calame à la
calligraphie.

Spirale astrale (50x73)
Au livre du silence
Au livre du
silence,
Les pages
parcheminées
Se patinent de
mystères,
D’étranges
bigarrures
Blanches et
noires,
D’énigmes
singulières,
De mots en exil
Cherchant le
passage
Du miroir de
l’autre rive.
C’est un pays de
hautes solitudes
Où s’élèvent de
fantastiques palais
Veillant sur les
amours irisées
Et les beautés
grimées
De subtiles
nuances sépia.
Textes inédits de ©Michel Bénard
(juin 2025 – février
2026)
Œuvres de ©Éliane Hurtado
(acryliques
sur toile)
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