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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

Printemps 2026

 

 

Michel Bénard :

Ce matin j’ai vu une hirondelle.

Poèmes dédiés aux poètes dont les pays furent ou sont dans les déchirures aveugles des guerres.


Accompagnés d’œuvres d’Éliane Hurtado

 

Une image contenant peinture, art, dessin, Peinture artistique

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

Éliane Hurtado, L’énigme du point rouge (40x40)

 

(*)

 

 

Ce matin j’ai vu une hirondelle

Ce matin j’ai vu une hirondelle

Déposer sur la brume de mes songes

Une note de silence bleu

A la couleur de tes yeux,

Celle d’un pays lointain

De soleil, de paix et de poésie

Comme nous n’osons plus même imaginer.

Ce matin j’ai croisé

Sur la - Coulée Verte - (1)

Les pèlerins de Compostelle,

Savaient-ils que j’avais vu

Un ciel obscurci par les conflits.

Ce matin, oui j’ai vu

Dans les fumées de ma nuit

La bibliothèque d’Alexandrie en proie

Aux flammes d’un terrible incendie,

Les plus précieux manuscrits de Byblos,

Ceux de la sagesse, de la connaissance

Dont il ne demeurait plus que les cendres.

Ce matin dans le désert j’ai entendu

Les cris des hyènes et des vautours,

Les pugilats insensés des charognards.

Ce matin j’ai vu dans les ruines

Fumantes de Palmyre,

Au nom d’un « dieu » falsifié, de pacotille,

D’un « dieu » de carton-pâte et papier mâché,

D’inquiétantes prophéties et parodies

Engendrant d’étranges simulacres.

Déposée sur l’autel du veau d’or,

La colombe avait la gorge tranchée.

 

(1) Voie aménagée des « Chemins de Compostelle, passant à Reims pour les pèlerins du Nord et de l’Est.

 

 

C’est un silence de fin du monde

C’est un silence

De fin du monde

Où flottent encore les fumées

Des bûchers de l’inquisition,

Tel est le mystère

Des livres d’argile et de verre,

Fossilisation mémorielle,

Renaissance par le feu

Où les fantômes du passé

Laissent leurs empreintes de cendres.

Le livre de la sagesse

Par décret est consumé,

Il ne reste qu’un voile

De brumes bleues

Sur les souches de l’histoire,

En mémoire des autodafés.

 

 

Une image contenant peinture, Peinture acrylique, Art moderne, art

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Éliane Hurtado, L’or des terres rouges (80x100)

 

La loi des canons

Au loin se profile l’avilissement,

La suprême humiliation,

Le cortège de l’infamie,

Les charniers de la honte.

Encore et toujours des semeurs

De graines fatales, de fleurs létales,

Politique de la terre brûlée,

La boue colle aux souliers,

Ordres absurdes et tyranniques

Sous la loi des canons.

Mais aurions-nous oublié

Que les hommes devraient

Être égaux indépendamment

De leurs couleurs de peaux

De quelques origines qu’ils soient,

Pays, religions, laïcs ou agnostiques,

De libre pensée.

Pourquoi encore et toujours

Ce poids de l’obscurantisme,

De l’ignorance aveugle

Mère de l’intolérance.

Faut-il encore et toujours

Entendre ce cri sourd recouvert

D’un suaire de silence

Et d’âmes perdues

C’est le temps de la transmission

En mémoire d’une Paix fragilisée.

 

 

 

Comme un Christ en croix

Comme un Christ en croix

Dans les sinistres projecteurs

Des miradors de l’oppression,

Les lugubres roulements de tambours

Montent dans le lointain.

L’odeur putride de la guerre

Investit l’espace fragile de la paix.

Dans les brumes un violoncelle interprète

La note émouvante d’un kaddish

Imposant sa cadence lancinante,

Déchirant le cœur des enfants

Innocents en larmes.

Face aux tireurs du peloton d’exécution,

Je voudrais poser le doigt

Sur le canon d’un fusil

Pour encore croire en l’espoir,

Tant de promesses brisées, oubliées, violées,

Je n’entends plus que les cris

D’une destinée saignée à blanc.

Une colombe graffée sur un mur décrépit

S’envole pour disparaître dans l’azur

Le temps d’une prémonition.

 

Une image contenant art, peinture, dessin, croquis

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La main blessée

Partager le levain,

Puis le pain de la rencontre,

Avec la main blessée,

La main caleuse,

La main amputée

D’une ou deux phalanges,

Main d’ouvrier, de camarade,

Main de compagnon artisan,

Main de sculpteur de pierre,

Main de compassion

Posée sur la mémoire,

Sur le mystère de la création,

De l’amitié et de la délivrance,

Main franche, honnête,

Celle que l’on aimerait serrer

Avec tous les hommes.

Sous le signe de la Paix

Et la bannière de la Liberté.

 

Une image contenant peinture, dessin, Peinture artistique, Peinture acrylique

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Le regard de l’aède

Le regard de l’aède

Porte bien au-delà l’horizon,

Dans les ombres de nuit.

D’antiques palais princiers,

Des voix aux couleurs d’exil,

S’élèvent vers l’empyrée

Comme une croix

En forme de poème,

Gravée sur l’érosion

Du livre de pierre

Du palais des doges.

 

 

Le manuscrit enluminé

Inciser dans le verbe

De fabuleuses couleurs,

Saupoudrer en lisière du rêve

De délicates et subtiles

Pastellisations irisées,

Et dans la nuit à peine achevée,

Lorsque l’heure devient bleue

Sur la campagne encore blanche,

Refermer le manuscrit enluminé

En y plaçant le signet

Préfigurant le prélude à la beauté.

 

Une image contenant peinture, Peinture artistique, Art moderne, dessin

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Symphonie en résilience

C’est une musique porteuse

D’une déclaration d’amour

S’élevant d’un élan passionnel

Pour un monde immolé.

C’est une partition jaunie

Aux notes prématurément patinées

Où s’unissent violoncelle et piano.

Le silence s’estompe doucement,

C’est un souffle angélique, une transfiguration,

Où les visages ébahis s’illuminent,

Portés jusqu’à l’extase

Dans le miroitement

D’une larme de lumière.

En cette envolée de notes,

C’est une musique porteuse

D’un message universel composé

Pour une symphonie en résilience.

 

 

Sur le parchemin de sable

Sur le parchemin de sable

C’est la résurgence de la pierre,

Du livre de marbre blanc.

C’est le parcours de vie

Aux veines d’ambre,

C’est la complice confidence

Du calame à la calligraphie.

 

Une image contenant peinture, art, dessin, croquis

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Spirale astrale (50x73)

 

Au livre du silence

Au livre du silence,

Les pages parcheminées

Se patinent de mystères,

D’étranges bigarrures

Blanches et noires,

D’énigmes singulières,

De mots en exil

Cherchant le passage

Du miroir de l’autre rive.

C’est un pays de hautes solitudes

Où s’élèvent de fantastiques palais

Veillant sur les amours irisées

Et les beautés grimées

De subtiles nuances sépia.

 

 

Textes inédits de ©Michel Bénard

(juin 2025 – février 2026)

Œuvres de ©Éliane Hurtado

(acryliques sur toile)

 

 

 

(*)

Bien connu de nos lecteurs (sa dernière présence à cette même rubrique au numéro d’ automne 2024), Michel Bénard nous offre, une fois encore, un éblouissant plaidoyer poétique contre les guerres de toutes sortes et de toutes « justifications », pour la paix, l’amour, la poésie et les arts, et une humanité à retrouver. Éliane Hurtado, artiste peintre, a illuminé plusieurs fois nos pages (en Créaphonie, ou à notre Arbre de Noël poétique et artistique).

Voir aussi le site de la Société des Poètes Français (dont Michel Bénard est vice-président, et Eliane Hurtado secrétaire générale), témoin de leur intense activité d’animation et brassage culturel et artistique (lectures, expositions, publications, prix littéraires).

 

 

 

Créaphonie : Michel Bénard & Éliane Hurtado

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