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TEXTE 1
d’avant en arrière
la houle blanche des visages
ondoie
des mélopées étranges
répétées dans l’infini de leurs lèvres
se déploient
ils disent leurs fautes
encore et encore et encore
des plus infimes aux plus terribles
ils sont tous coupables
pour eux-mêmes et les autres
pour ce qu’ils ont accompli
et pour ce qu’ils n’ont pas fait
leurs corps se serrent se crispent
se cognent se déplient s’épuisent
dans le jour qui s’oublie
se défait
ils disent leurs fautes
encore et encore et encore
des plus infimes aux plus terribles
ils espèrent le pardon invisible
qu’on leur accordera peut être
mais dont ils ne savent rien
ils espèrent aussi le fragile regard
d’un semblable qui sera
le jumeau de leur confession d’humain
ils disent leurs fautes
encore et encore et encore
des plus infimes aux plus terribles
le rituel est accompli
leurs mains peuvent se délier
leurs langues murmurer d’autres mots
leur cœur se diluer dans la nuit
et leur seule certitude est celle du recommencement
TEXTE 2
Ils
chancellent sous les coups de chaque mot
Couturés
des cicatrices de leurs fautes
Énonçant
un à un par dizaines par centaines
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
Qu’ils
auraient voulu abolir
Qu’ils
auraient voulu ensevelir
Recouvrir
de la gangue de l’oubli
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
C’est
cela qui roule dans leur bouche
Pierres
tranchantes aux arêtes vives
Qui les laissent sans repos
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
Mais
sous l’avalanche des syllabes répétées
Sans
cesse malaxées par leurs lèvres épuisées
Une
lente habitude acclimate les peurs
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
Et avec
une précaution archaïque
Ils
lèvent les yeux vers leurs semblables
Pour
apercevoir une fraternité immémoriale
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
Dans les
regards qui s’échangent alors
Naît
l’aurore des plaies qui se referment
Et des
mots dont le sens a muté
les mensonges les erreurs les maladresses les négligences
les offenses les crimes
La
litanie devient une mélodie balbutiante
Puis un
chant maladroit qui s’affirme dans sa boucle
Pour
accomplir la mue de la prière
les espoirs les rêves les attentes les désirs les demains
TEXTE 3
La faute
a envahi mon visage
Recouvrant
mes yeux et mes mains
Ombre
immense anthropophage
Qui se
nourrit de son festin
Elle
dévore mes regrets et ma mémoire
Mes
hésitations
Le lac
visqueux de mes histoires
Noir
poison
Toute la
chair est abolie
L’infime
espoir raturé
Ne reste
que la sombre folie
Des
souillures décuplées
La faute
est mon sourire
Le
rictus de mon âme
L’épée
de mon avenir
La
certitude des drames
TEXTE 4
J’ai
fauté
J’ai
commis des fautes dont je ne connais même pas le nom, innomées
Pieux
enfoncés dans mon âme
Conscience
noircie par les flammes
J’ai
fauté
Et c’est
une certitude au goût apeuré
Un
stigmate gravé sur mon corps
Une
trace, la présence lisière de la mort
J’ai
fauté
J’essaye
de supplier pour me racheter
Mais
c’est une langue étrangère
Que
celle des archaïques prières
J’ai
fauté
Pour que
le pardon me soit accordé
Mais qui
est le rédempteur
Qui sera
mon habile sauveur ?
J’ai
fauté
Et rien
ne brisera le maléfice
Cousu
aux profondes cicatrices
De ce
que j’ai fait
©Chem
Assayag
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