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L’encre aux lèvres
L’encre aux lèvres
m’emporte
sous les étincelles de l’ombre.
Lâcher d’oiseaux,
fils de lumière enchevêtrés.
Brûlent ici
toutes sortes de clartés.
Au milieu,
des mots isolés
dans la transparence du temps.
S’ouvrir à l’éclat.
Le feu danse en boomerang.
Ma main tremble
un instant entre ciel et terre.
Entre deux
Il y a un point de veille
dans la feuille.
Je m’y efface en me nommant.
Un essaim d’éclats.
Passage de la langue.
Rien ne reste —
sinon ce qui traverse.
Livre sans page.
Un cosmos hors de soi,
interrogé par sa lumière.
Fenêtre.
Corps.
Entre les deux : le seuil.
Quelques brins d’herbes sur le chemin.
Le voile de la source
Vertèbres, mémoire, rochers,
écorces fripées
où s’écrivent de sourdes incantations.
Tout ce qui me touche
me réécrit.
La lumière en fourmis
entre les veines des branches,
où l’ombre effleure ma langue.
Le corps s’aile, par intermittence,
dans la membrane des couleurs.
Un souffle de feuilles éveillées
soulève le voile.
Cendres bleues de l’océan.
État de lumière
Voici la déchirure.
Le sens des mots perdus.
Sous le feuillage, l’eau respire.
L’ombre frappe
la peau d’un cercle de lune.
Je m’étoile,
je traverse la chair de la terre.
Dans la sève, frisson du vivant.
La lettre et le trait
sur l’épiderme de la page
parcourent la clarté du souffle.
Une fleur dans le vide ouvert.
Le crâne de lumière
La fenêtre est penchée
sur les fleurs du vieux cerisier,
sur le murmure de sa sève.
Des fourmis rouges
en filigrane de feuilles.
Une promesse de beauté
à perte de voyelles.
Un brasier de langue
dans un grain de terre.
Ce que l’on voit luire
au fond du crâne de la lumière :
le blanc fertile d’un silence.
Au cœur du souffle
Ma langue : lecture recommencée.
Appartient au corps de la nuit,
aux visages dispersés de l’univers.
La lumière se répond d’une aile à l’autre,
des semences aux yeux de fourmis,
aux chants de cigales.
La fleur y trouve sa forme exacte,
d’un présent toujours inexploré.
Brode
Crayon et pelle
L’endurance de l’araignée dans le brouillard.
Traversée
Le corps se traverse.
Un voile flotte sur mes lèvres.
La parole respire en moi.
Une chenille remonte
la pente d’un os.
Le ciel entre
par une fissure de chair.
Dans la moelle de la lumière
une feuille tombe.
Nous habite.
Nous transforme.
Sans nom
Dans le vase blanc, la vie prend feu.
Un bouquet de roses se défait.
Les couleurs glissent entre mes doigts.
Les mots passent dans les mots.
Un souffle brûlant traverse.
Tout se parle en cendre.
Et le monde respire sans nom.
Mes mains se désagrègent à garder les yeux ouverts.
Au-delà des peurs,
mon regard perdu
à la source.
Dans la transparence
aveugle du soleil :
la mort en feu.
Fragments de cendre,
poudre de pierre.
Braises offertes
au vide.
Une brisure dans le
bleu d’éternité,
une offrande sans parole.
Dans le
tain cuivré de l’imaginaire,
l’énigme d’un scarabée noir
sur un livre de pierre.
Disparue.
Le paysage tient
dans l’encre.
Une voix d’herbe
s’écrit,
le goût d’un nuage errant
sur la langue du monde.
En traits libres,
à hauteur de feuille.
L’absence ne
disparaît pas.
Un pas de clarté
déborde chaque empreinte,
avant que la lumière
se referme.
Un hibou
aveugle traverse
avant que la nuit se perde.
Éclore
Mots d’ici,
replis de l’ombre.
Mon visage dans
la poussière d’un mur,
mauve de glycines.
Impatientes,
les racines aériennes.
Sous le voile
de l’air,
quelques secondes de source
dans le corps.
Mais suis-je
encore ici,
ou déjà ailleurs ?
Le carreau de
la fenêtre est fêlé.
Ma main saisit l’inattendu.
Je flotte,
le souffle suspendu,
à lire le cercle du monde
dans ce jardin
où se dessine une porte.
Deux lumières
Un matin donne
un foyer à l’horizon,
un brouillard de mots humides
perle sur les feuilles de betteraves.
Fragments où
les signes tardent.
Les yeux s’oublient dans la radiance de la terre,
dans l’émanation lente du temps.
La voix de mes
mains
trace sur la fenêtre
une seconde lumière.
Le soleil,
libre d’exister à l’intérieur,
différent de celui du jardin.
Deux versants
de notre rencontre.
©Pierre
Astan
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