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Lucifère par les pores
Je suis entré dans la lumière
Il ne pleut pas, il ne pleut plus
ou s’il pleut
des larmes dorées
tombées d’en haut
dans le jardin d’hiver
la tête en communion avec le ciel
une traînée — étoile filante
une trace — grésillement final
parfois aussi une transhumance blanche
cavaliers errants, barbes grises, vénérables
Lucifère entre par les pores et
dans les interstices
la lumière
une main chaude sur ma nuque
une paume mutilée
dont je me recouvre
mon visage ?
un fusil ridé…
et mon corps ?
un lézard sous une pierre…
Mal a dit
Il est temps
au bout, à bout de souffle
une voix
c’est maintenant ou jamais !
Peut-on ajourner ?
non.
décaler ?
non.
revenir en arrière ?
non plus.
la lumière, un linceul,
l’étendard d’une vie sur mon buste
encore en vie…
la lumière pleure ses derniers
rayons
se rétrécit
pamoison
puis un cocon de feu
une ultime lueur
dans le jour qui saigne
mon regard
le placard — pleurs noirs
mon corps
des veines, des racines
mon cœur
des paumes sur des peaux
mon âme
un éclair sous un toit
en attendant l’instant fatidique
quelques souffles encore bienheureux
une voix qui dit : inspire expire
cascade de doigts sur le dos du toit
la maison vit…
fragments dans la mémoire qui agonise —
flux et reflux
témoin : le jardin d’hiver
donne sa langue au chat
mimosas et genêts dans le vent froid
branches en sanglots contenus
et le ciel
un génie
un dais noir
l’autre cœur
l’autre versant
pour l’heure, la vie ici-bas
la vie de ce qui a été
surtout
rires à l’étage
pleurs dans le séjour
un enfant court et glisse sur le parquet
la mère s’absente dans le canapé
le père s’accroche à ce vivant
qui s’enivre du vivant
qui grince des dents ?
un aveugle à l’index tordu mais puissant
voyages autour du globe
les sourires volent en éclat
sur des visages étrangers
nous pleurons parfois de joie
le petit réclame la vie jusqu’au
désastre
qui lui remet un chèque en sang ?
qui grince des dents ?
une bouche édentée dans un trou partout
le petit devient grand
le père se prosterne
la mère, pâle gardienne du fils
il arrache l’enfant aux cinq vents
aux mille et une stations
la terrible pirouette de la vie
moderne
de ses élans nerveux
vers des devenirs
de plus en plus fêlés…
retour au jardin d’hiver
à la lumière
au teint qui décline
à l’orée du jardin
au crépuscule rougeoyant
le ciel fait la moue
sa montre d’un temps qui ne passe plus
sans anguille et sans cadran
le ciel dit pourtant : il est
temps
©Rémi Madar
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