D'une langue à l'autre...
et textes
incidemment, sciemment
ou comme prétexte. Traduction.

 

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Archives : D'une langue à L'autre

 



D’une langue à l’autre…

Mai-Juin 2020

 


Atsuko Ogane

 

« ce monde blanc inexploré… »

 

Poèmes inédits pour Francopolis en la traduction de l'auteure

 

Sentier dans la neige – photo de Gertrude Millaire

光の淵源

 

広大な真白の原野

 

霧氷をちりばめた木々が

はてしなく続く

それはアイオーンの時

 

まぶしさに

目を閉ざすことなく

私は光の淵源へと進みはじめる

 

だれも足を踏み入れたことがない

禁じられた世界

 

見知らぬ時空の中に

すべり込む

 

苦しみも喜びも

気化し、浄化され

眼前をまたたくまに過ぎていく

何もなかったように

人間の心が

どれほど徒らに縺れあおうと

 

生まれたばかりの赤子のように

この地球の美しさに胸ときめいて

 

未踏の真白の世界へ

さくさくと踏み入っていく

 

Genèse de la Lumière

 

Sur la vaste plaine toute neuve et blanche

 

Une allée d’arbres parsemés de givres

continue interminablement

C’est le temps de l’Éon

 

Tout éblouie

sans fermer les yeux

J’avance maintenant vers la genèse de la Lumière.

 

Le monde interdit où personne ne peut entrer

 

Je me glisse dans ce temps spatial inconnu

 

De la peine, de la joie,

tout s’évapore et se purifie

passe rapidement devant moi

comme si de rien n’était

Même si les cœurs humains

s’embrouillent en vain.

 

Mon cœur palpite de la beauté de cette planète

avec l’innocence d’un nouveau-né

 

Je marche à friselis

dans ce monde blanc inexploré.

 

27/04/2020

夜のシンタグマ広場

 

真夜中の

シンタグマ広場

わけもなく歩み続ける

旅人の足音が無性に響く夜 

 

季節風のごとく

巡り会う人

賢者のことば

ふとみせる微笑の

限りない親愛が

この存在の根底で安らぎを与えてくれる

 

苦しみも

悲しみも

癒され

この白い書物をたよりに

いつしか遠くまで

歩いているのだろう

 

La Place Syntagma à minuit

 

À minuit

à la Place Syntagma

on continue à marcher sans raison

le pas d’un voyageur se répercute dans la nuit

 

Comme la mousson

on se rencontre et on se sépare

les murmures d’un derviche

Son sourire infini et

son affection pour l’humanité

me rassurent au fond de cette existence.

 

Souffrances

tristesse

seront atténuées

à l’aide de ce livre blanc

nous aurons marché

un jour, jusqu’au très loin.

 

27/04/2020

丘の上

 

はてしなく続く

緑の道に

再び見出す  

忘れていた懐かしい時の香り

 

今日もまた

プニックスの丘に

男は登り

二人腰を下ろして始る

昔語りに

短髪の少年は 心躍らせ

言葉を 胸に刻み付ける

 

膝の上に

開かれた手帳には

白い文字が

いつまでも

踊り続けている

 

Sur la colline

 

La route continue à perte de vue

C’est la route verte

On retrouve cette odeur d’antan

Quand donc l’ai-je sentie ?

 

Aujourd’hui encore

la colline de Pnyx

cet homme la gravit.

Ils sont assis et alors commence

la lecture des histoires anciennes.

Tout palpitant,

le garçon aux cheveux courts

cisèle sa parole dans son cœur.

 

Dans son cahier ouvert

sur ses genoux

des lettres blanches

dansent

éternellement.

 

6/05/2020

Coucher de soleil à Cabourg, photo de Dana Shishmanian

神々の黄昏

 

はてしない大空が

朱色に煌々と輝きわたり

暗き暗雲の遥か向こう

壮大な世界がひろがっている

 

朱あかと

地平に沈む夕陽に

神々の黄昏がはじまる

未だ人が見たこともない次元の

大気に満ちて

 

人間たちの感情は

地上のささやかな出来事

彼らの目にも止まらない

 

この巨大で崇高な広がりと

星辰のダンスのなかへ

一瞬にして消え去ってゆく

 

Le Crépuscule des Dieux

 

Les cieux sans fin

s’illuminent et s’éclairent en vermillon.

Au-delà des nuages noirs, lointains,

le monde inconnu, imposant, s’étend.

 

Le soleil couchant

incandescent sur l’horizon,

le Crépuscule des Dieux commence.

Personne n’a vu le spectacle

qui remplit l’air d’une dimension inconnue.

 

Les sentiments humains,

ces incidents mineurs,

ne s’offrent pas à leur vue.

 

Ils disparaissent à toute vitesse

dans cette sublime étendue

et danse des astres.

 

6/05/2020

Edward Burne-Jones, Hesperus. The Evening Star (I870), reproduit du site Wikiart.org. (1870

流れ

 

ああ、なんて心地よい

清らに澄み切った流れのなかに

せせらぎにたゆたい

ういてはしずみながら

こんなに息が楽だ

 

懐かしい調べ

いつか見たバーン=ジョーンズの絵にも似て

いや違う

蘇生する川の流れのままに

 

今 私はかえって行く

自然のみなもとの中

せせらぎからいつか大河に

大洋にながれこむ

 

だれもとめられない

しずかに おだやかに

流れて行くだけ

この透明感のなか

平安とはこのような気持ちであると

はじめて本当に知り得て

Le fleuve

 

Ah, comme il fait calme

au courant d’un fleuve vierge et transparent

flottant sur les hauts et les bas de l’eau,

Je respire à l’aise infiniment

 

Une mélodie que je me rappelle

La scène ressemble à un tableau de Burne-Jones ?

Non,

à la merci du fleuve où l’on se régénère et qu’on revit.

 

Je rentre maintenant

au sein de la Nature

Un ruisseau coule et afflue

dans l’Océan infini.

 

Personne ne m’arrête.

Tranquillement, sereinement

je ne fais que flotter

dans cette transparence,

et comprends pour la première fois

ce que c’est que la Paix.

 

13/05/2020

その男

 

語り部は奏でる                        

その男 冥途の河を             

めざし続けて                                 

海抜0メートルの渓谷を         

怯えもせずに 進んでゆく 

 

日々携えた水嚢だけを頼りに     

ただ心に刻み続ける             

書かれた文字を                        

辿る指の懐かしさが             

途切れそうな危うさを救い       

靴の重力が身を守る

 

ときに                                  

三千年目の夏の日               

男はふと振り返り               

レーテーの河の深さに           

息を呑むだろう    

 

Cet homme

 

Le narrateur raconte une histoire.

Cet homme,

À la recherche du Styx          

Avance sans trembler

Dans une vallée à 0 mètre d’altitude.

 

À un seul appui de sa gourde,

On ne fait que graver dans son cœur

Des lettres écrites,

La nostalgie du geste des doigts qui les suivent

le sauve du danger de se perdre,

Et la pesanteur de ses bottes le protège.

 

Or,

Un jour de l’été de l’année 3000,

Cet homme se retournera,

Et la profondeur du Léthé

lui coupera le souffle.

Atsuko Ogane est professeure à l’Université Kanto Gakuin (Yokohama, Japon). Docteur ès lettres (thèse de doctorat de l'Université de Keio, Tokyo, 2005), elle est spécialiste de l'œuvre de Gustave Flaubert (1821-1880). Ses recherches portent principalement sur « la femme fatale et la fatalité » dans les œuvres et les manuscrits de Flaubert ainsi que sur la formation du mythe d’Hérodias-Salomé dans la littérature européenne.

Elle est l’auteure de plusieurs livres sur ce sujet dont : Rêve d’OrientPlans et scénarios de Salammbô, Droz, 2016 (préface et édition).

Publications récentes : Les Mémoires d’un fou, édition diplomatique : Transcription: https://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/outils/aff_manus.php?g=31, présentation: https://flaubert.univ-rouen.fr//article.php?id=80.

La Tentation de saint Antoine, version de 1856, édition diplomatique intégrale : Transcription : https://flaubert.univ-rouen.fr/oeuvres/tsa56_ms.pdf ; Présentation : https://flaubert.univ-rouen.fr/oeuvres/tsa56_pres.pdf.

 

Atsuko Ogane est aussi poète, auteure d’un recueil publié à Tokio en 2007. Les poèmes récents inédits publiés ici, traduits par l’auteure, font suite à un premier groupage paru dans Francopolis en juin 2017.

Elle a écrit aussi des lettres-pastiches à la manière de Flaubert qu’on lit avec délice : https://www.facebook.com/Librairie-Droz-394663260590969/?pageid=394663260590969&ftentidentifier=3086741074716494&padding=0

 

 



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Créé le 1 mars 2002

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