Poèmes
1. Incompiuto/Inachevé
La presenza è vento
una pioggia viola che corrode
e gratta la memoria.
Questo corpo è una frontiera aperta
un terreno lasciato a riposo
ove crescono lente le spighe
una frontiera-mosaico sempre incompleta.
Questo corpo pesa e allieta
paziente come un coriandolo
umido si posa
- come un peccato -
nel riflesso fermo di una memoria
scalza
in punta di piedi
come la follia
una frontiera-mosaico sempre incompleta.
Ce corps est
le dernier front de résistance
où toute folie
se miroite dans la nuit
una trincea ove bene e male
bevono alla stessa luce.
Questo corpo è brezza
che pettina un mare d’erba
un filo che lega le due rive
una croce su spalle di bambino
una frontiera-mosaico sempre incompleta.
Ce corps est
un chemin étroit
une pente
inattendue
une naissance
lente
resurgissant
d’un point humide du monde.
Il mio corpo è in quel tuo viso
respirato stamattina
macchiato d’una vita non tua.
Ton corps est
une frontière ouverte
un terrain
sans repos
où la beauté
n’est qu’un grain immortel
una frontiera-mosaico sempre incompleta.
Dans ton corps
je vis mon enfance
la mia pronuncia materna
la cifra mai detta
sola
esseulée
l’assenza è vento che permane
un sole nella pioggia viola
un fil di ferro che s’annoda
ma
frontière-mosaïque ouverte
inachevée.
Montpellier-Perpignan,
2010
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
2. Bellezza
Il treno s’infila nella notte
e s’attempa il saluto alla luce.
Alcuni incontri sono snodo
nodo e annodo
nel cobalto di paure.
Sei arrivato come un ciclone – dici
e tu come una terra-cenere
un Porto Sepolto
una lingua materna
un episodio
senza giudizio né condanna.
In questo tormento quieto
cercare la nota-segno
il denso della pioggia
un filo d’erba-alfabeto.
La bellezza è terribile
si tace e non si conta
si contempla.
Villeneuve-lès-Maguelone,
2017
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
3.
Devant la mer
Aligner des coquillages devant la mer
pour retrouver le fil
je visse des musiques lointaines
devant la mer
le souvenir-algue revient
comme une note solitaire
je ramasse ce détritus
entre les plis des mains
un soleil-sel
un oubli limpide
le poing serré
la nostalgie croît comme une aube
une vague qui s’achève au ressac
une prière
ondoyante vague
brisure pleurs
fracas
ce mot
qui s’éffiloche
devant la mer
tu bouges comme la vague
dans l’in ter-Wal
qui ne revient plus
et la nuit est émeraude
qui taille
noue
arrache
renoue
une moisson
qui ne sera jamais blé.
Villeneuve-lès-Maguelone,
2012
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
4. Declinazioni/Déclinaisons
L’errance est une blessure ouverte
un horizon
frôlé
un sogno
mai schiuso
un’attesa che rimane tale
une lettre jamais écrite
ou écrite trop rapidement
un sorriso
trattenuto
il meglio
d’un tempo peggiore.
L’erranza è
malattia d’amore
che cova
silenziosa
le trajet fou d’une vague
qui ne connaîtra jamais la terre.
L’errance est le poids de l’air
sur un corps en mouvement
luna che affuoca all’orizzonte
e che dal
mare rinasce
stanca e
nuova
frontière entre nostalgie et crainte
un temps-lieu de re-connaissance.
L’erranza
non si percorre
si sta
dentro
dans
l’éternité d’un souffle
nella
durata d’una pronuncia
aux
alentours
come in una
casa.
Villeneuve-lès-Maguelone,
2014
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
5. Il
pozzo-origine
Nella
profondità infinita
del mio
pozzo-origine
non c’è più
dell’acqua
il segreto
trattenuto
nel mio
pozzo-origine
i licheni
ricoprono pareti
e l’eco non
restituisce voci.
Nella
profondità infinita
del mio
pozzo-origine
l’orizzonte
è soglia
troppo bassa
per vedere
e come
Tiresia
accecarsi
nell’ombra
del
troppo-detto
non-detto
oltre
soglia
stridono i
denti del focolare
come in una
fucina infernale
il glicine
risanguina
silenzi
porpurei
e false
litanie.
Nella
profondità infinita
del mio
pozzo-origine
la
frontiera
è
trappola-prigione
giustificazione
sorda
sguardo
muto che non ravvede
schianto
urlo affronto
senza confronto
et je ne peux que redire
(traduire)
en une langue mère-étrangère
la profondeur infinie
de ce puits-origine
qui m’appartient par naissance
et d’oubli me parle.
Nella
profondità infinita
del mio
pozzo-origine
j’ai perdu mon histoire
mon appartenance
ma dietro l’assenza del mare
resta fisso
l’orizzonte
mais derrière l’absence de la mer
fisso
l’orizzonte
resta.
La Grande-Motte, 2019
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
6. Prière inachevée
Je vais vers la nuit de ma mémoire :
mon premier pas vers la mer
le premier mot
outrage au silence de la vie
les demeures habitées et inhabitées
les frontières des corps
qui ne sentaient pas l’innocence
les gestes manqués
par pudeur ou par crainte
la colère se glissant sourde
telle une sphère
froide impatiente indifférente.
Je vais vers l’horizon de mes terres-frontières :
les pins de la Ville Éternelle
écrivent en résine la saison du Grand départ
l’humanisme du Montefeltro
ses parlers dialectaux
les mots posés sur la table
les uns après les autres
comme des pains mal cuits
du vin rouge non fermenté
et le grand Sud insulaire
ses cieux errants
la violence du volcan-gardien
le pas lent de l’histoire
entre lumière et deuil
l’espoir cruel de la jeunesse.
Je vais vers l’aube de ma mémoire :
l’artifice niçois en coulisse
le bruit de l’eau sur les galets
dessine une nouvelle enfance
le son d’une langue m’habite
efface
réécrit
dans une traduction
parfois violente
imparfaite
la voix des platanes de Provence
souffle une
vérité inavouable
les pierres des remparts anciens
crient à mes oreilles
les épisodes d’une histoire inconnue
mon corps transpire ses passions
d’autres présences m’habitent
d’autres silences me parlent.
Je vais lentement vers le mystère de mon présent :
specchiarsi
oggi tra questi stagni
e ritrovare
l’immagine composta
come una
ruga che non invecchia.
Centripeto
e centrifugo
per non
essere uno:
la voix s’éparpille
et revient lente
dans la blessure.
Se retrouver enfin
dans les fragments-fossiles
dans l’ombre de ta main
dans ton silence
s’agitant à la fenêtre
à chacun de mes départs.
Villeneuve-lès-Maguelone,
2012
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
7. (Derrière l’Absent)
et elle arrive lentement
entre les feuillages
par moments lame
ou fil qui recoud
les mailles du vent
l’odeur-alphabet
par gouttes
distille un savoir
qui n’est pas le mien
de loin elle éclaire
des symboles et des signes
d’attentes séparées
et d’absences in transitu
dans le cœur-coquillage
et se demander la raison
d’un pourquoi fallacieux
le quand du passage
le comment de la mémoire
le toujours de la pierre
le jamais de la lune
et l’odeur-alphabet
reste
tord et retord
et à l’eau revient
Derrière l’Absent
(ou derrière les silences de la mer)
le bruit de la vie
Goa
(Inde), 2020
(poème tiré du
recueil Dietro l’Assente / Derrière l’Absent, Roma, Ensemble,
2022)
8. Mer fendue
Pas de trêve
entre ces deux mers
fendues.
On est
fermé
sur l’arête dicible
à voix basse :
un ricanement
se détache à peine
et revient froid
dans l’alcove.
Le temps est une corde
l’espace
peau qui se fronce
au passage.
Pas de rédemption
entre ces deux mers
fendues
l’exode reste
une empreinte figée
inégale
la grâce une promesse.
Ne me demande pas
le toujours de ce qui manque
la direction du mouvement
sans vers
ni durée.
Le centre est zone de fuite
come potrei
descrivere
i miei
paesaggi abbozzati
che cambiano
prima che regga la parola
sulla soglia del timore.
Mes pieds ne sont pas une racine
mais une incertitude entre deux
pas.
Ascoli Piceno, 2009
(poème tiré du
recueil Erranza e dintorni / Errance et alentours, Vence, Oxybia
éditions, 2013)
9. D’autres rivages
De ce côté de la Méditerranée
le temps s’écoule
au rythme de percussions lentes
et je retrouve
lentement
mon souffle
et le sourire ancien.
S’enlacer terriblement à cette
terre
l’aimer sans raison
irraisonnablement l’habiter
ça va aujourd’hui ?
entre un passage et une attente
respirer la soie-fumée
se répandant dans les poumons
comme l’aile de l’hyrondelle
effleurant l’écume de l’eau
oui, oui, ça va, merci !
dans ce bain de lumière
tragiquement intense
vivre l’essentiel (le hasard)
sur la ligne poreuse de la
frontière.
Monastir, 2008
(poème tiré du
recueil Erranza e dintorni / Errance et alentours, Vence, Oxybia
éditions, 2013)
10. Nel ventre
del mare / Dans le ventre de la mer
Il mare lucido
e immobile
come la memoria
chaque jour s’achève
dans son commencement :
une île surgit de la mer
*
Terra rosa
d’Occidente
profilo
d’acqua insonne
abitare una
luce
che separa
accogliendo
*
Respirer le flottement
des poumons de la terre
l’ascension d’une mouette
percée de lumière
*
S’apre la rosa
del cielo
la spuma
accoglie la sua ombra:
è questa l’ora
del canto
del passaggio
ineluttabile
lo sguardo
fisso a nord-ovest
e il cuore
custode
del sole
d’Occidente
mentre il
corpo si veste di luce
e di notte
*
Il vero
tormento dell’uomo
è essere
presente a tanta bellezza
le véritable tourment de l’homme
est d’être présent à autant de
beauté
non mi resta
che rimanere solo
nel tormento
di queste acque
nella prigione
lenta di questa luce
je n’ai qu’à rester seul
dans le tourment de ces eaux
dans la prison lente de cette
lumière
Corsica/Corse, 2004
(poème tiré du
recueil Erranza e dintorni / Errance et alentours, Vence, Oxybia éditions,
2013)
11.
Tandis que toi, Tu hurlais
je savais
que Tu étais en train de hurler.
Mais toi, Tu ne savais pas
(tandis que toi, Tu hurlais)
que Tu me tuais
en reprochant au vent
mes secrets
encore une fois
trop pleins de foi.
J’avais contre
l’innocence de dieu.
Mais moi, Je ne le savais pas.
(poème tiré du
recueil Perla e argilla, Florence, Gazebo, 2006)
12.
L’essor d’un rayon
fier de sa peur
tes doigts
renfermés
le cachaient.
Alors qu’une feuille
a demandé à l’automne
encore
une seconde de vie.
(poème tiré du
recueil Perla e argilla, Florence, Gazebo, 2006)
***
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