D'une langue à l'autre...
et textes
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Archives : D'une langue à L'autre

 

Novembre-décembre 2022

 

 

 

Stella Vinitchi Radulescu : « au ras de la nuit »

 

Poèmes en français / en anglais

 

(*)

 

Une image contenant plante

Description générée automatiquement

Aquarelle de Patricia Laranco (octobre 2022)

 

aujourd’hui silence

 

 

 

       dans ces mots

 

qui se balancent       un vide

 

       un autre

 

quoi d’autre           rien ne bouge

 

       encore

 

         sur la page

 

nettoyez les voyelles

 

       faites danser une étoile

 

              entre deux anges

 

                    une vie éclate

 

 

(extrait du recueil Vocabulaire du silence)

silence today

 

         in these words that

 

swing          a void

 

         another

 

what else   nothing yet

 

         moves

 

        on the page

 

clean out the vowels

 

        make a star dance

 

          a life will shine

 

                between two angels

 

 

 

(author’s translation)

 

je dirais neige

 

 

 

le vert s’est fait noir

 

le noir blanc je dirais neige—

 

mais le mot est pareil

 

au sang

 

il se cache s’il n’y a pas

 

de blessure

 

blessure au milieu du silence

 

je dirais au milieu

 

du cœur

 

mais le cœur s’est fait son

 

pauvre musique vicieuse entre

 

la vie et la mort

 

 

(extrait du recueil Vocabulaire du silence)

 

I should say snow

 

the green turned to black

 

the black to white

 

I should say snow

 

but the word is like

 

blood:

 

doesn’t show unless there is

 

a wound

 

a wound in the middle of the silence

 

I should say in the middle

 

of the heart

 

but the heart just turned

 

into a sound

 

a vicious helpless music between

 

to be and to die

 

 

(author’s translation)

 

 

un cri dans la neige

 

 

au ras de la nuit

un feu éclate un bras me fait signe

 

ma présence semble causer l’inquiétude

des roses

dans le jardin

 

la révolte des oiseaux des tremblements

de terre

 

les rues s’allongent         l’ombre d’un mot

infini

hante les minutes hante

 

les heures

je veux me taire mais mon cri s’accroche

à un brin de lumière

 

la neige le couvre

de sa fraîcheur l’étouffe     un geste d’amour

d’avant le froid

 

dans la brûlure de la bouche

 

 

(extrait du recueil Un cri dans la neige)

 

a cry in the snow

 

at the brim of night

a fire leaps up an arm gestures to me

 

my presence

seems to make the roses tremble

in the garden

 

and make the birds rise up

and make the earth shake

 

the streets lengthen     the shadow of an infinite

word

haunts the minutes haunts

 

the hours

I want to remain silent but my cry attaches itself

to a sliver of light

 

the snow covers it

with its suffocating coolness      a loving gesture

before the cold

 

in the burning mouth

 

 

(translated by Luke Hankins)

 

inventaire posthume

 

 

1

 

un homme suspendu à une rose sa gorge

qui brûle

la clé oubliée sous la porte

 

                            la pluie

et l’après-midi

 

trois pétales et les mots pour les dire

l’habitude de chanter sa vie

ce qui s’arrondit ce qui va de soi fléchit

s’articule

 

l’incertitude ’être ici parmi tant de choses

qu’il faut nommer

 

: le soir comme un buffle

: la mer comme un souffle

: ton visage comme une bougie

une rue à droite l’autre au ciel      hélas

 

applaudissez

l’amour qui se cache dans les gares

les couleurs pâles

les amants en fleur        jonquilles cerisiers

 

les grands déserts

 

le clair-obscur

 

 

2

 

la conscience se réveille      l’oreiller sombre

dans l’étang d’un rêve

 

le quotidien met son chapeau de paille

 

une belle journée passée en compagnie des hommes

 

 

3

 

la neige va fondre je vais me taire

vous allez piailler dans vos tombes les verbes

vont rouler libres sur la page quelqu’un

va parler comme un dieu quelque chose

va s’appeler ville

ou sable

nous allons chercher abri dans une conque

 

si légers si légers

 

presque impondérables…

 

 

(extrait du recueil Un cri dans la neige)

 

posthumous inventory

 

1.

 

a man suspended from a rose his throat

burns

the key forgotten under the door

 

                                            the rain

and the afternoon

 

three petals and the words for them

the habit of singing one’s life

that which polishes itself that which goes without

saying    bends, articulates

 

the uncertainty of being here among so many things

that must be named

 

: the evening like a buffalo

: the sea like a breath

: your face like a candle

a street to the right the other in the sky      alas

 

applaud

love which hides itself in the train stations

the pale colours

the lovers in bloom        daffodils.   cherry trees

 

the great deserts

 

 

2.

 

consciousness awakening         the pillow sinks

in a dreamlake

 

the mundane puts on its straw hat:

 

a beautiful day spent in the company of others

 

 

3.

 

the snow will melt I will be silent

you will cheep in your tomb the verbs

will roll freely on the page someone

will speak like a god something

will be called a city

or sand

we will seek shelter in a conch

 

so light so light

 

almost imperceptible…

 

 

(translated by Luke Hankins)

 

on rapture & death

 

 

we are dying my friend of loving

one another    light & shadow     sun

& stars

we are guilty of rapture & faith

even of beauty—  

new species of humans rise in the air   

my heart

unfaithful child      stop the rivers stop

the vowels   

I could be again and like Medusa spit

fire around     

we don’t pray but if we do we randomly

 kill one another        

words can carry any weight     flowers

stick to red      give me five cents to buy

half of the sky     

gloomy

as the gloomy eye          we are dying

from the winds to come from

 the moon     

from our love        did I measure the Earth

did I call you God          

Rolling Stones in the air        windows

open       

Spring is coming

what makes us to see the branch

growing higher than the eye      some of us

already passed as the hour

went ahead         

 I can play Pierrot or Hamlet if I lose the

rhythm I panic     

seconds minutes make no sense      

we are meant to be as such

let’s skip time & keep

the music

 

(in Midway Journal, Volume 16, Issue 4, 15 oct. 2022)

 

par l’enlèvement et la mort

 

nous mourons mon ami de nous aimer

l’un l’autre   lumière & ombre      soleil

& étoiles

nous sommes coupables d’enlèvement et de foi

et même de beauté...  

de nouvelles espèces d’humains élèvent dans les airs   

mon cœur

enfant infidèle      arrêtez les rivières arrêtez

les voyelles   

je pourrais être à nouveau et telle Méduse cracher

du feu tout autour     

nous ne prions pas, mais si nous le faisons, au hasard nous

nous entretuons

les mots peuvent porter n’importe quel poids     fleurs

tenez-vous-en au rouge – donnez-moi cinq sous pour acheter

la moitié du ciel     

sombre

tel que l’œil sombre           nous mourons

des vents à venir du côté de

la lune     

du côté de notre amour           ai-je mesuré la Terre

t’ai-je appelé toi, Dieu          

Rolling Stones dans les airs          fenêtres

ouvertes

Le printemps arrive

ce qui nous fait voir la branche

grandir plus haut que l’œil       certains d’entre nous

sont déjà passés comme l’heure

qui va de l’avant         

Je peux jouer Pierrot ou Hamlet si je perds le

rythme je panique     

secondes minutes n’ont aucun sens       

nous sommes censés être en tant que tels

sautons le temps et gardons

la musique

 

(traduit par Dana Shishmanian)

 

(*)

 

Une image contenant extérieur, trottoir

Description générée automatiquement

Stella Vinitchi Radulescu lors d’une lecture publique au Lincoln Park, Chicago, 2022 (photo communiquée par l’auteure)

 

Poète d’origine roumaine, professeure de français en université, Stella Vinitchi Radulescu vit aux États-Unis. Elle écrit en anglais, français et roumain et a publié de nombreux recueils de poèmes en France, aux États-Unis et en Roumanie. Plusieurs prix de poésie lui ont été décernés parmi lesquels le Grand Prix Noël-Henri Villard 2008 pour Un cri dans la neige, le prix Amélie Murat 2013 pour son recueil À l’écoute des ombres et le Grand Prix de la Francophonie de la SPAF pour Comme un désert de roses

Ses poèmes ont été publiés dans un grand nombre de revues littéraires et anthologies, notamment aux États-Unis, en France, en Belgique, au Luxembourg et en Roumanie.

Parmi ses recueils de poèmes : 

Un cri dans la neige, éditions du Cygne, 2009.

À l’écoute des ombres, L’Harmattan, 2012.

Comme un désert de roses, L’Harmattan, 2014.

Nuit à quatre voix, éditions du Cygne, 2015.

Les Chambres vides, L’Harmattan, 2017.

Ce jour qui saigne, éditions du Cygne, 2019.

A Cry in the Snow and Other Poems (traduit du français par Luke Hankins), Seagull Books, 2019.

Entre chien et loup, L’Harmattan, 2021.

Traveling With the Ghosts, Orison Books, 2021.

Vocabulaire du silence, éditions du Cygne, 2022.

 

Nous avons l’honneur de l’accueillir à la rubrique D’une langue à l’autre de Francopolis, avec des poèmes écrits en français et en anglais, dans ce numéro spécial qui clôt l’année anniversaire de nos 20 ans d’existence francophone et multilingue…

 


Stella Vinitchi Radulescu

      Francopolis novembre-décembre 2022
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