D'une langue à l'autre...
et textes
incidemment, sciemment
ou comme prétexte. Traduction.

 

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Archives : D'une langue à L'autre

 

Automne 2026

 

 

 

Viviane Ciampi : poèmes

 

Traduit en espagnol par Patricio Sanchez-Rojas

 

Une image contenant noir et blanc, monochrome, brouillard, Photographie monochrome

Description générée automatiquement

 

Œuvre de Lino Cannizzaro

 

 

Âmes éteintes réveillez-vous

allumez vos lampes

laissez courir vos flammes

cousez les déchirures de la peau terrestre

démontez les ponts de la bêtise

remplissez les ventres vides des frères lointains

digérez l’autre au nom imprononçable

revenez-en au raisin au tracteur

à l’huile douce des collines

buvez les mots de ces livres

dont vous connaissez la grandeur

par ouï-dire

 

 

Almas apagadas despertad

encended vuestras lámparas

Dejad flamear vuestras llamas

cosed los desgarros de la piel terrestre

desmontad los puentes de la estupidez

llenad los estómagos vacíos de los hermanos lejanos

digerid al otro con nombre impronunciable

volved a la uva al tractor

volved al aceite nuevo de las colinas

bebed las palabras de esos libros

cuya grandeza conocéis

de oídas

 

 

Il faudrait un tambour il faudrait un tambour

car on a besoin de se faire entendre

la ville crépite le monde crépite

les oiseaux crépitent

– les oiseaux des villes ont du mal à crépiter –

il leur faut un tambour il leur faut un tambour

car ils ont besoin de se faire entendre

si vous saviez  combien l’incendie théâtral

de la vie crépite

donnez-moi un tambour donnez-moi un tambour

nous sommes les renards

les renards ont peur des murmures

mais pas peur du tambour mais pas peur du tambour

nous sommes la forêt

les branches frémissent mais avant de tomber

il leur faut un tambour il leur faut un tambour

car elles ont besoin de se faire entendre

pour le cri quotidien

il faut mille tambours il faut mille tambours

parce que ça évite de le faire entendre

peut-être que ça apaise

et pourquoi ça apaise

c’est qu’on aurait envie de faire la fête

si on a envie de faire la fête

eh bien faisons la fête

voire la fête de la fête

avec des tambours avec des tambours

allez défoncez-vous tambours tambours tambours tambours

tambours tambours tambours tambours tambours

 

 

Haría falta un tambor haría falta un tambor

pues necesitamos hacernos oír

la ciudad crepita el mundo crepita

los pájaros crepitan

- a los pájaros de las ciudades les cuesta crepitar-

necesitan un tambor necesitan un tambor

porque necesitan hacerse oír

si supierais cuánto crepita el incendio teatral

de la vida

dadme un tambor dadme un tambor

somos los zorros

los zorros temen los murmullos

pero no temen al tambor pero no temen     

al tambor

somos el bosque

las ramas se estremecen mas antes de caer

necesitan un tambor necesitan un tambor

pues necesitan hacerse oír

para el grito cotidiano

hacen falta mil tambores hacen falta mil tambores

porque eso evita que se le escuche

quizás eso apacigüe

y si apacigua

es que nos darían ganas de festejar

si tenemos ganas de festejar

pues festejemos

incluso la fiesta de la fiesta

con tambores con tambores

venga golpead fuerte tambores tambores tambores tambores

tambores tambores tambores tambores tambores

 

 

Avoir des yeux partout

partout avoir des yeux

avoir des yeux pour voir

et même pour ne pas voir

avoir des yeux

qu’on ouvre et qu’on referme

pour être dedans et dehors en même temps

avoir des yeux partout

partout avoir des yeux pour la recherche de la forme

pour l’hiver qui se chauffe sous ta paupière

avoir des yeux partout

partout avoir des yeux

avoir des yeux pour deviner

à travers la poussière épaisse

comment bougent les gens les bonnes gens

comment les papiers volent partout

quand il fait vent

avoir des yeux partout

partout avoir des yeux

pour compter les erreurs

pour attaquer le côté vulnérable de l’horizon

pour le jour ébréché qui finit et nous fera

entrer dans le plus grand des lits

pour les ampoules impudiques qui s’allument

et te font découvrir comment les choses apparaissent

pour l’encre qui écrit nous serons un jour l’océan

et la plus petite molécule du cosmos

pour entrer calmes dans la nuit

pour voir la nuit la nuit calmement la nuit calmement et

l’applaudir.

 

 

Tener ojos en todas partes

en todas partes tener ojos

tener  ojos para ver

e incluso para no ver

tener ojos

que se abren y se cierran

para estar dentro y fuera al mismo tiempo

tener ojos en todas partes

en todas partes tener  ojos para la búsqueda de la forma

para el invierno que se calienta bajo tu párpado

tener ojos en todas partes

en todas partes tener ojos

tener  ojos para adivinar

a través del polvo espeso

cómo se mueve la gente la buena gente

cómo vuelan los papeles por todas partes

cuando hay  viento

tener ojos por todas partes

por todas partes tener ojos

para contar los errores

para atacar el lado vulnerable del horizonte

para el día que acaba en astillas y que nos hará

penetrar en el lecho más grande

para las bombillas impúdicas que se encienden

y te hacen descubrir cómo aparecen

las cosas

para la tinta que escribe un día seremos el océano

y la molécula más pequeña del cosmos

para penetrar tranquilos en la noche

para ver la noche la noche tranquilamente la noche tranquilamente y

aplaudirla.

 

 

Videz-moi de l’obscur (zac !)

videz-moi de l’obscur

comme on vide un poisson (zac !) 

donnez-moi des choses simples

des cordes à linge

des fleurs modestes

des mots de petits envols

mais de petits envols dans l’intensité

faites que j’entre dans le poème

du pays des sources

un poème de calme procédure

libre de tout

de peu d’adjectifs

sans titre ni majuscules

coupez ma langue bonnes gens (zac zac !)

allez allez coupez coupez-la

quand je me déshabite

– imbécile –

pour quelque excès de grandiloquence (et zac !)

 

 

Vaciadme lo oscuro (izas!)

vaciadme lo oscuro

como se destripa un pescado (izas!)

dadme cosas sencillas

cuerdas de tender

flores modestas

palabras de pequeños vuelos

pero pequeños vuelos en la intensidad

haced que yo entre en el poema

del país de los manantiales

un poema de gestación lenta

liberado de todo

con pocos adjetivos

sin título ni mayúsculas

cortad mi lengua gente buena (izas! Izas!)

¡venga! ¡venga! cortad cortadla

cuando me desvivo

- imbécil-

a causa de algún exceso de grandilocuencia (y izas !)

 

 

J’ai vu des bateaux sauvages

trop nombreux.

Il y a de l’encre amère

sous la langue.

La mer a changé

la mer connaît

la mer sait qui parle sous l’eau

au démon radical.

 

 

He visto demasiados barcos

A la deriva

Hay tinta amarga

bajo la lengua.

El mar ha cambiado

el mar conoce

el mar sabe quién habla bajo el agua

al demonio inflexible.

 

 

Des fourmis amassées

bien au chaud dans l’ovaire.

Combien d’autres insectes

voudraient pénétrer les poumons

ils frappent et frappent

prennent le courant de la respiration

la coupent

s’insinuent dans la lymphe

parmi les couloirs

les parois du corps se remplissent

les doigts piquent

le jour se lève sans yeux ni morale

prêt à ses funérailles

bouche pleine de limaces de malice.

 

 

Hormigas hacinadas

bien calentitas en el ovario.

Cuántos otros insectos

quisieran penetrar los pulmones

golpean y golpean

toman el ritmo de la respiración

la cortan

se cuelan en la linfa

entre las arterias

y las paredes del cuerpo se llenan

y te pican los dedos

el día despunta sin ojos ni moraleja

listo para fallecer

la boca llena de babosas y malicia.

 

 

Devant ta porte toutes les mers circulent

ruminent le réglisse des dieux

longues étendues de draps dorés

les cris se fatiguent

drôle de jeu ce jeu

trop d’azur bourdonne

– solennel à ces heures –

ici dans l’écume les choses commencent

villes peuples

la chance le mauvais sort

en quel lieu iras-tu

de quelle insomnie es-tu

vers quel siècle te diriges-tu que ton index n’indique

devant ta porte 

pas de réconfort ou si un peu

 

 

et je te vois rétrécir t’allonger rétrécir t’allonger

rétrécir t’allonger rétrécir rétrécir rétrécir

 

 

Delante  de tu puerta todos los mares fluyen

mastican el regaliz de los dioses

amplias extensiones de sábanas doradas

los gritos se agotan

juego extraño este juego

zumba demasiado el azul

-solemne a veces- 

aquí en la espuma las cosas empiezan

ciudades pueblos

la suerte el mal de ojo

a  qué lugar irás

de qué insomnio eres

hacia qué siglo vas con tu índice

que no indica

frente a tu puerta

ningún alivio o sólo un poco

 

 

y yo te veo encoger acostarte  encoger acostarte

encoger  acostarte  encoger  encoger encoger

 

 

Ombre de mots

profonde semence

semis de mots

n’est plus ombre

que vaillent les mots en ombre

pour semer au plus profond

profonde semence le mot

mot sème mot

sème mots de mots

que toujours vaille le mot

mot après mot

sème-le toi-même le mot

sème-le toi-même semeur si tu m’entends

sème mot profond

sinon le silence

est plus désirable 

 

 

Sombra de palabras

simiente profunda

siembra de palabras

ya no es  sombra

que valgan las palabras en la oscuridad

para sembrar en lo más  hondo

semilla profunda la palabra

palabra siembra palabra

siembra palabras de palabras

que siempre permanezca la palabra

palabra tras palabra

siémbrala tú mismo la palabra

siémbrala tú mismo sembrador si me oyes

siembra palabra profunda

si no, el silencio

es más deseable

 

 

L’horizon est un fragment        

de poème en excédent.

 

 

El horizonte es un fragmento

de poema en demasía.

 

 

Je me lève et demande

durera-t-il plus que le temps

aurait-il touché la splendeur

aurait-il ôté sa peau

aurait-il dégagé son odeur

est-il déjà parole blanche

est-il hôtel des hypothèses

est-il profil de l’espoir

est-il un lieu pour chaque visage

est-il une maladie inguérissable

est-il déplaceur de vent

est-il citoyen de lui-même

est-il regardable vu d’en-haut

est-il couvert de pure cendre

est-il simple propagande

serait-il fléau chronique

serait-il rythme qui reprend

serait-il le nez de l’âme

serait-il capable de se recréer

a-t-il des pensées criminelles

vit-il fébrilement

vit-il fébrilement dans la douceur fiévreuse

quel poids de rêve a-t-il brûlé

quel passé a-t-il préservé

quelles racines répand-il

quels enfants torture-t-il

quelle herbe fait-il trembler

porte-t-il encore des masques

porte-t-il des armes aux yeux

porte-t-il ciel blanc et mou

dicte-t-il des lois obscures

dicte-t-il poèmes d’amour

dicte-t-il le point qui manque

dit-il corps dit-il fruit

dit-il éphémère

dit-il éphémère dans l’éphémère

dit-il fini à l’infini

dit-il occupé dit-il affamé

dit-il mentir est mon métier

aggravera-t-il son cas

vaque-t-il à moins que rien

use-t-il des mots usés

jettera-t-il son emballage

jettera-t-il brisure de verre

jettera-t-il douleur au vent

a-t-il peur de la colère de Dieu

craindrait-il chaque nuit les cataractes de la colère divine

querellera-t-il la pluie qui tombe en cataractes et pénètre partout

mourra-t-il de blessures lourdes

mourra-t-il chauve

mourra-t-il peintre du dimanche

mourra-t-il quand il voudra

mourra-t-il quand j’aurais fini de lire

mourra-t-il avant que je finisse de lire

mourra-t-il quand il mourra

mour

je me lève et demande

le monde est-il toujours pareil

le monde est-il toujours pareil

le monde est-il toujours pareil pareil pareil pareil pareil pareil

non vraiment pas d’autres questions

 

 

Me levanto y pregunto

durará más que el tiempo

habría tocado el esplendor

se habría despojado de su piel

habría liberado su aroma
es ya palabra pura
es refugio de hipótesis
es perfil de la esperanza
es un lugar para cada rostro
es una enfermedad incurable
es el desplazador del viento

es ciudadano de sí mismo
puede ser visto desde arriba
está cubierto de pura ceniza
es mera propaganda
sería plaga crónica
sería ritmo que recomienza
sería la nariz del alma
sería capaz de volver a crearse
tiene pensamientos criminales
vive febrilmente
vive febrilmente en la dulzura afiebrada
qué tipo de sueño ha quemado

qué pasado ha conservado
qué raíces propaga
qué niños tortura
qué hierba hace estremecerse
aún lleva máscaras
lleva armas en los ojos
lleva un cielo blanco y blando
dicta leyes oscuras
dicta poemas de amor
dicta el punto que falta
dice cuerpo dice fruta
dice efímero
dice efímero en lo efímero
dice finito a lo infinito
dice ocupado dice hambriento
dice mentir es mi oficio
agravará su caso
se dedica a no hacer nada
usa palabras gastadas
tirará su envoltorio
tirará fragmentos de cristal
lanzará el dolor al viento
tiene miedo de la ira de Dios
temería cada noche las cataratas de la ira divina

se querellará con la lluvia que cae cual cataratas y penetra por todas partes

morirá de heridas graves

morirá calvo

morirá cual pintor dominguero

morirá cuando lo desee

morirá cuando yo haya terminado de leer

morirá antes de que termine de leer

morirá cuando él muera

mor…

me levanto y pregunto

el mundo es siempre igual

el mundo es siempre igual

el mundo es siempre igual igual igual igual

igual igual 

no, de verdad, ninguna otra pregunta

 

 

LIGURIE

 

Ce lieu qui s’étire

jusqu’à frôler l’âme.

 

Plus friable qu’un os de centenaire.

 

Où la mer va si loin

qu’en son eau

elle se noie.

 

 

LIGURIA

Este entorno que se extiende
hasta rozar el alma.

Es más quebradizo que un hueso centenario.

Donde el mar va tan lejos
que en sus aguas
se ahoga

 

 

CAMOGLI L’HIVER

 

Ici l’âme incline

dans la pisse

la poisse

l’huile chaude

et l’anchois.

 

Les draps des pauvres

travaillent l’ombre derrière l’église

racontent des histoires qui n’arrivent

que dans une pincée de sel et d’espace.

 

Le silence de dessous les arcades

chauffe ses pétales

envoie valser la mer

au-dessus d’autres mers.

 

Sur la plage des installations

pas très efficaces.

Elles n’installent aucune illusion.

 

Le désir danse

des fous le respirent.

 

Au retour des vagues les baisers sont puissants.

 

La boutique des cordages n’ouvre que le dimanche.

 

 

CAMOGLI EN INVIERNO

Aquí el alma se inclina
en la orina
la mala suerte
el aceite caliente
y las anchoas.

Las sábanas de los  pobres
trabajan en la sombra detrás de la iglesia
cuentan historias que no suceden
sino en  una pizca de sal y espacio.

El silencio debajo de los soportales
calienta sus pétalos
y echa el mar a volar
sobre otros mares.

En la playa montajes
poco eficaces.
No crean ninguna ilusión.

El deseo danza
y locos lo respiran.

Al regreso de las olas los besos son poderosos.

La tienda de cuerdas sólo abre los

domingos.

 

 

 

DEUX LANGUES MATERNELLES

 

 

Quand je parle italien je marche plus lentement

quand je parle français mes pas résonnent

quand je parle italien ma voix n’est pas la même

quand je parle français je fabrique des briques

quand je parle italien je parfume la grammaire

quand je parle italien j’ai le sourire facile

quand je parle français je soulève les sourcils

quand je parle italien je pense à un puits de l’enfance dont il reste la trace

quand je parle français je cède la parole

quand je parle italien mes mains dessinent des églises

quand je parle français j’hésite à employer des grands mots

quand je parle italien je tire des chevaux en pleine campagne

quand je parle français je plante un coq sur le toit

quand je parle italien je m’attarde le long de l’Arno

quand je parle français je cours le long du Rhône

quand je parle italien je tricote des mots plus longs

quand je parle français je sens les mots partir de la gorge

quand je parle italien l’amour fait mal et me détruit

quand je parle français je n’aime pas me traduire

quand je parle italien les paroles s’arrondissent

quand je parle français je parle plus bas

quand je parle italien j’ai un serpent dans la salle à manger

quand je parle français le temps passe plus vite

quand je parle italien j’aime le mot addirittura

quand je parle français les paroles se font pointues

quand je parle italien je perds la tête facilement

quand je parle français la syntaxe est un labyrinthe

quand je parle italien l’amour est plus simple

quand je parle français la mémoire saigne

quand je parle italien j’ai un ange à intérieur

quand je parle français je dis des choses que je ne dirais pas en italien

quand je parle italien je ris d’une façon différente

quand je parle français je colore les phrases avec de l’argot

quand je parle italien le français n’en devient pas pour autant orphelin

quand je parle français parfois j’oublie un mot mais il me revient tout de suite

quand je parle italien je sais que le mot écho est féminin mais peu d’Italiens s’en rappellent

quand je parle français je sais qu’il ne faut pas prononcer le p du mot dompteur

quand je parle italien je parle moins de moi-même

quand je parle français j’aime différemment

quand je parle italien je suis pendue à un désir

quand je parle français je dis les cent façons de chanter l’azur

quand je parle italien j’écoute le solo de la lumière

quand je parle italien je commence une pensée perpétuelle

quand je parle français je mords la terre à pleine dents

quand je parle italien j’ai un cyprès de Toscane dans la poche

quand je parle français je vais moins souvent au cimetière

quand je parle italien j’ai moins peur de la mort

 

 

DOS LENGUAS MATERNAS


Cuando hablo italiano camino más despacio
cuando hablo francés mis pasos retumban
cuando hablo italiano mi voz no es la misma
cuando hablo francés fabrico ladrillos
cuando hablo italiano perfumo la gramática
cuando hablo italiano tengo la sonrisa fácil cuando hablo francés alzo las cejas
cuando hablo italiano pienso en un pozo de

la infancia cuya huella aún perdura
cuando hablo francés cedo la palabra

cuando hablo italiano mis manos dibujan iglesias
cuando hablo francés soy prudente con la grandilocuencia

cuando hablo italiano cabalgo a campo abierto

cuando hablo francés pongo un gallo sobre el tejado
cuando hablo italiano me detengo a orillas del Arno
cuando hablo francés corro a orillas del Ródano
cuando hablo italiano tejo palabras más largas
cuando hablo francés siento las palabras alejarse de mi garganta
cuando hablo italiano el amor duele y me destruye
cuando hablo francés no me gusta traducirme
cuando hablo italiano las palabras se vuelven redondas
cuando hablo francés hablo más bajo
cuando hablo italiano tengo una serpiente en el comedor
cuando hablo francés el tiempo pasa más rápido
cuando hablo italiano me encanta la palabra addirittura

cuando hablo francés las palabras se vuelven puntiagudas
cuando hablo italiano pierdo la razón fácilmente
cuando hablo francés la sintaxis es un laberinto
cuando hablo italiano el amor es más sencillo
cuando hablo francés la memoria sangra
cuando hablo italiano tengo un ángel en las entrañas
cuando hablo francés digo cosas que no diría en italiano
cuando hablo italiano río de una manera diferente
cuando hablo francés matizo las frases con jerga
cuando hablo italiano el francés no por ello queda huérfano
cuando hablo francés a veces olvido una palabra pero la recuerdo de inmediato
cuando hablo italiano sé que la palabra “eco” es femenina, pero pocos italianos lo recuerdan
cuando hablo francés sé que no hay que pronunciar la “p” de la palabra domador
cuando hablo italiano hablo menos de mí misma
cuando hablo francés amo de manera diferente
cuando hablo italiano estoy enganchada a un deseo
cuando hablo francés expreso las cien formas de cantar el firmamento
cuando hablo italiano escucho el canto de la luz
cuando hablo italiano comienzo un pensamiento  sin fin
cuando hablo francés muerdo la tierra con pasión

cuando hablo italiano tengo un ciprés de Toscana en el bolsillo
cuando hablo francés voy con menos frecuencia al cementerio
cuando hablo italiano tengo menos miedo a la muerte

 

 

Mets une robe. 

Et par-dessus cette robe une autre robe.

Ne dis rien de ta nudité

des brumes du voyage.

Vois ce que tu étais et ce que tu es.

           Maintenant tire sur toi le drap

tire-le tant que tu peux.

Le soleil a vu                                                 

les gens ont murmuré

les arbres ont allongé leurs doigts.

Tu auras une chambre à toi,

n’oublie pas de chanter.

Ne crains plus rien maintenant.

Tout va bien.

 

 

Ponte un vestido.
Y por encima del vestido, otro vestido.
No digas nada de tu desnudez
de las nieblas del viaje.
Mira lo que eras y lo que eres.
            Ahora recoge la sábana hacia ti
tírala tanto como puedas.
El sol vio
que la gente murmuraba
los árboles han alargado sus dedos.
Tendrás una habitación para ti,
no olvides cantar.
No temas nada ahora.
Todo está bien.

 

 

(Traduction du français par Patricio SANCHEZ-ROJAS)

 

 

Une image contenant monochrome, noir, noir et blanc, intérieur

Description générée automatiquement

 

Œuvre de Lino Cannizzaro

 

Viviane Ciampi : poète, traductrice, anthologiste, artiste multidisciplinaire. Française en Italie, Italienne en France, elle vit actuellement à Gênes. Régulièrement invitée dans les festivals et rencontres de poésie (Italie, France, Tunisie, Palestine, Espagne, Grèce, Québec, Kosovo).  Ses dernières publications bilingues sont parues aux éditions Fili d’Aquilone (Rome), Plaine Page (Barjols), Al Manar (Neuilly), Ekstasis (Toronto), Joker (Novi Ligure). Elle fait partie de l’équipe des animateurs de Voix Vives à Gênes et à Sète. Traduite en plusieurs langues, rédactrice dans différentes revues dont fili d’Aquilone depuis une quinzaine d’années et dans la revue TESTE.  

 

 


Viviane Ciampi / Patricio Sanchez-Rojas

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