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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS

Automne 2026

 

 

Guenane Cade, Zéphyrage

 

(Éditions Nouveaux Délits. Délits Buissonniers n° 8. 56 pages. Juillet 2025. 12 €)

 

Par Patrice Perron

 

 

 

  

 

Guénane est née en 1944, l’année de la poche de Lorient. Les alliés veulent détruire la base des sous-marins dans laquelle se terrent les Allemands, mais arrosent tout Lorient. Les habitants, qui le peuvent, se réfugient dans les campagnes alentour. La famille de Guénane se retrouve sur les rives du Blavet, à Pontivy. L’histoire personnelle commence durement. Elle en gardera des stigmates. Heureusement, après un peu d’enseignement à Rennes, où elle rencontre le mec de sa vie, elle part en Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Chili. La Patagonie, surtout, lui procurera l’occasion d’écrire. Mais le monde n’est pas toujours cool : des démons font la guerre, des irresponsables agressent la nature, d’autres nous noient d’infos incontrôlées, parmi bien d’autres misères. Cela nourrira son fond de colère derrière sa courtoisie, son sens de l’humour et celui de la solidarité. D’où le titre Zéphyrage.

 

Un compromis entre la plénitude de la sagesse, l’attention portée aux autres dont elle fait preuve au quotidien et la rage qui finit par déborder quand elle s’accumule dans les tripes. Guénane nous livre, ici, un recueil percutant tout en retenue de forme, dont la rage affleure au bord de ses mots, de ses lèvres, de son crayon. Et déborde parfois jusqu’à remuer le lecteur.

 

Ainsi commence le recueil : À toute allure tout bouge / des hordes de chevaux sauvages / galopent dans les nouvelles / pour aller où ? Plus loin : Dans la campanologie / oublions le bourdon / si nos idées clochent / c’est l’insecte sombre / qui en nous cafarde.

 

Parfois le propos est caustique : Il est des idées que j’aimerais / laver sous la pissée d’un orage / d’autres je brûlerais de les déshabiller / de saccager leur austérité / d’enjoliver leur nudité.

 

Puis au détour d’une page, un brin de douceur émerge : Si l’odeur maritime du pin / et sa chaude résine masculine m’apaisent / si le soleil sans piquer me câline / si la caresse d’une brise me grise / il m’arrive d’être plus à l’aise / hors de moi qu’en moi-même. 

 

Pourtant, la raison sait attiser le feu de la jeunesse, aux yeux avertis de l’âge. Ainsi : Printemps de mes quinze ans / papier quadrillé retrouvé / j’écrivais / Je suis amoureuse / d’une guirlande de cytise / Printemps de mes quatre-vingts ans / je souris sans honte à l’arbre stable.

 

Enfin, parler de la Patagonie du bout du monde est pertinent : Sire de Patagonie / … / Quand vous hurlez dans les Cinquantièmes / quand vous vous retroussez les vagues / quand le ciel fait de l’épate / quand le jour refuse de glisser dans la nuit / votre envergure est en mesure / de défier la démesure de notre avenir.

 

Puis, en guise de conclusion, j’ose dire que si ce recueil paraît aux éditions Nouveaux Délits (de Cathy Garcia Canales), ce n’est pas un hasard (qui n’existe pas), mais une coïncidence, sans doute voulue, pour marquer le coup et faire un pas de côté supplémentaire dans son itinéraire d’écriture.

 

Voilà, à mes yeux, un recueil important de sa bibliographie. Je vous le dirai encore, bien après ma mort : Guénane est grande poète ! Je ne dis pas poète majeure, mais grande poète, car je sais qu’à quatre-vingts ans au compteur, elle garde l’étincelle de sa jeunesse créatrice !

 

 ©Patrice Perron

Guidel (Bretagne)

 

 

***

 

(Sur ce même recueil de Guénane, voir aussi, à cette même rubrique, la chronique de Dana Shishmanian au numéro d’ automne 2025.)

 

 

 

Note de lecture de

Patrice Perron

Francopolis – Automne 2026

 

 

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Créé le 1er mars 2002