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LECTURE - CHRONIQUE Revues
papier ou électroniques, critiques, notes de lecture, et coup de cœur de
livres... |
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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS Printemps 2026 Paul Couëdel, Du sable entre les doigts. Éditions du Petit Pavé, juin 2011 (80 p., 12 €). Préface d’Yves Cosson Par Patrice Perron |
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Dès le premier poème du
premier chapitre, Sans laisser
d’adresse, le ton est donné : l’auteur nous restitue l’ambiance
d’un coin du monde, le désert des hommes bleus, qu’il a parcouru et appris à
connaître. Il en a entrebâillé la porte d’accès aux langages, écrit et oral
dans leurs subtilités. Ainsi Aman Iman, se traduit par l’eau c’est la vie,
précepte bien utile dans cet univers. Il nous fait sentir et capter ce qu’il
a ressenti. Puis, il utilise les mots justes, adéquats et à peine plus que
minimalistes, pour écrire et partager ces moments parfois éphémères, parfois
éternels dans leurs manifestations. Voici un extrait : Juste avant l’aube / Se célèbrent les
noces de la pureté / Et je suis l’anonyme / Célébrant chaque seconde / Extase
jubilatoire / Dans l’espace libéré. Plus loin : Je sais gré au désert de me déposséder. Dans La part du pauvre, Paul
Couëdel resserre son regard, plus près et autour de lui : l’homme est là
dans son quotidien pas toujours joyeux. Il écrit : Tu es de ceux / Qui ne sont pas répertoriés / … / De toute façon /
Jamais tu ne frappes / À la bonne porte. Et l’auteur se souvient qu’il
fut un temps qu’il a vécu où, Au bout
de la table / Autrefois / Un pichet aux trois quarts plein / Du saucisson /
Un quignon de pain / À tout hasard / Pour tout venant / Et la porte n’était
pas / Barrée. Le titre de ce chapitre n’est pas choisi au hasard, car
Paul dit ce qu’il a vu et compris : Rayons débordants / Des mètres linéaires / De bouffe pour les canins
/ Et des têtes de gondoles / Pour le plaisir des chats / … / Ne dites pas /
Que sur cette planète / Les affamés / Meurent comme des bêtes. Le
contraste est saisissant au moyen d’une écriture simple et bien sentie. Dans À la dérobée, le poète se fait
plus critique : c’est un peu l’homme et la société d’aujourd’hui. Paul
Couëdel constate : Bien peu savent
vivre / Du juste nécessaire /… / Il ne reste plus guère / Que les fous et les
poètes / Pour corroborer le vide. Plus loin, il ajoute : Les vents salutaires / Ignorent les gens
des villes / Qui retiennent leur mortellement correct / À l’abri / De leur
double vitrage. L’un des derniers poèmes commencent ainsi : Mes images / Se métastasent / mon sang
s’épanche / Dans mes phrases / Pour que les mots qui limitent / Égrènent mes
joies. Moment de silence dans la lecture. Nul besoin d’emphase ou
de roucoulements, l’essentiel à dire est subtilement amené. Cet homme a
suffisamment vécu dans des environnements naturels et humains peu enclins à
la richesse et au paraître, pour savoir choisir : filtrer les mots, n’en
garder que les vraiment utiles et transmettre un contenu que chacun peut
entendre, ou pas. Comme à la plage, quand nous prenons le sable à pleines
mains, qu’il s’écoule entre les doigts et qu’il en reste un peu au creux des
paumes, c’est la fortune du chercheur d’or. D’où le titre de ce beau recueil. ©Patrice PERRON (*)
Paul Couëdel, d’origine finistérienne, vit en Loire-Atlantique. Il est
aussi peintre. Voir, à notre rubrique Créaphonie
de l’été 2025, l’article dédié par Patrice Perron à son recueil Les
uns les autres (Éditions Des Sources et des Livres, 2024). |
Note de lecture de
Patrice Perron
Francopolis – Printemps 2026
Recherche Dana Shishmanian
Créé le 1er mars
2002