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LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS

Printemps 2026

 

 

 

Francis Gonnet, Une beauté tremblante

Éditions du Cygne, février 2026 (54 p., 12 €).

(*)

 

Par Rémi Madar

 

 

 

Avec délicatesse et retenue, Francis Gonnet nous offre, dans Une beauté tremblante, son art poétique. Pour lui, l’infime et l’éphémère recèlent une puissance insoupçonnée : ils confèrent une grandeur d’être, nourrissent l’ « espérance », ouvrent un espace de libération. Autrement dit, la poésie, dans ses silences et dans son extrême condensation, élargit le regard sur un champ lumineux, presque infini. C’est d’ailleurs le paradoxe que soulève le poète : « Parfois / l’éphémère / en son intense beauté / nous laisse sa part / d’éternité ».

Ainsi s’impose la nécessité de pratiquer l’art de l’épure, de distiller les silences avec justesse, de suggérer plus que de dire, afin que le poète s’élève et que « les vers souverains / demeurent » (L’art, Gauthier). La poésie est, pour Gonnet, une quête de sens : lorsque la beauté se maîtrise, qu’elle obéit aux lois de la concision et de la suggestion, elle nous « éloigne » à coup sûr « de toute insignifiance ». Elle devient alors un rempart contre la vacuité, une manière d’habiter pleinement l’instant.

Mais le travail du poète demeure fragile, incertain, délicat. Il lui faut éviter de nombreux écueils, parmi lesquels la saturation du langage, les images grandiloquentes ou ampoulées. Ce danger, l’auteur ne le dissimule pas. Le culte du peu se révèle bien plus fécond que « d’éblouissants mirages ». De même, la métaphore « Tant de paroles / étranglent le vent » suggère avec une acuité remarquable le péril d’un langage pléthorique, superflu, qui prétendrait combler les manques au lieu d’accueillir les silences.

L’écriture de Francis Gonnet sert admirablement son propos : il met en œuvre ce peu qu’il revendique, cisèle sa langue pour en extraire une beauté épurée, et déploie des images d’une sobriété vibrante où « la pointe du silence », « l’embrasure des brumes » et le « peu de ciel » composent une véritable poétique du seuil. Tout concourt à faire sentir que la poésie naît dans l’interstice, dans ce presque rien qui ouvre à l’essentiel. Ne faut-il pas alors le croire lorsqu’il affirme qu’« Au creux des paumes / la beauté tient parole » ?

 

©Rémi Madar

 

 

(*)

 

Rémi Madar est accueilli aussi comme poète à notre rubrique Terra incognita de ce même numéro (où on pourra lire sa présentation).

 

 

 

Note de lecture de

Rémi Madar

Francopolis – Printemps 2026

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