LECTURE - CHRONIQUE

 

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ARCHIVES:LECTURE CHRONIQUE

 

LECTURES – CHRONIQUES – ESSAIS

Été 2026

 

 

 

Catherine Andrieu :

Cette obstination de lumière.

Livre numérique (RALM, juin 2026)

 

Note de lecture par Saghi Farahmandpour

(parue dans RALM, reproduite avec l’autorisation de l’éditeur)

 

 

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Catherine Andrieu et vivre dans le silence

 

Outre la prose impressionnante de ce livre, qui, comme celle de toutes les œuvres de Catherine Andrieu, est merveilleusement fluide et captivante et entraîne rapidement le lecteur dans son sillage, ainsi que la sincérité indicible qui émane de ses mots et brille comme un joyau éblouissant entre les lignes, cet ouvrage est une expérience vécue née des profondeurs du silence où se déploie la nudité des instants de la vie. Les moments froids, durs et tangibles, « mes silences les plus obscurs » (p.83), qui rampent d'abord comme la vermine sur le corps nu de l’homme, de la tête aux pieds, puis pénètrent tels de petits poignards pointus et tranchants jusqu'à la moelle de ses os.

L’ubiquité de ce silence se perçoit clairement aux côtés de diverses émotions éprouvées dans la vie tumultueuse de Catherine, telles que la solitude, la peur, l'humiliation, l'attente, la tristesse, la haine, la résistance, l'amour, la joie et le triomphe. Un silence réfléchi et choisi, « le monde pense en silence » (p.77), partie intégrante de chaque instant de la vie de Catherine, qui s’avance en elle d'un pas ferme et régulier : « Je me plais seulement chez moi, dans le silence de mon appartement face à la mer, quand le soir descend doucement sur les mâts […] » (p.52). Ce silence fluide et omniprésent agit comme une force unificatrice qui donne sens à l'ensemble de l'œuvre, à l'instar des silences dansants entre les principaux motifs d'une partition.

Catherine connaît bien le silence ! Et au milieu du vacarme de la vie, des bavardages boursouflés et des gestes artificiels et exagérés des gens apparemment intelligents et savants qui l'entourent, des répétitions dénuées de sens, interminables et agaçantes de la quotidienneté, ce qui capte son attention, c'est le silence : « C’est peut-être cela le plus bouleversant. Les êtres qui nous détruisent occupent tout l’espace. Ils font du bruit, réclament, menacent, séduisent, blessent, disparaissent, reviennent. Ils brûlent la mémoire comme des incendies. Mais la bonté, elle, demeure souvent silencieuse. Presque discrète. » (p.74 et 75). Un silence instructif. Catherine écoute les enseignements que recèle ce silence. Elle en tire des leçons et les transmet à son lecteur : « et moi, je reste là, à apprendre de cette évidence muette. » (p.18), « je demande du silence, du temps, une gravité qui n’a rien de triste – mais tout de nécessaire. » (p.19).

Catherine a pleinement conscience que la solitude et le silence sont un entraînement de l’esprit qui aguerrit l’être humain et le prépare à se défaire des entraves pesantes de la vie et à accéder à la liberté intérieure : « Je préfère être seule, oui. » (p.18). Vivre dans la solitude, c'est renoncer aux habitudes rassurantes de la vie, c'est s’éloigner des tumultes trompeurs, des divertissements contagieux, distrayants et futiles du quotidien, c'est se donner du temps pour réfléchir, pour s'écouter, pour se confronter à soi, pour offrir une épaule à soi-même et pour se tolérer : « Alors je me retire. Non pas dans une tour – mais dans une chambre plus vaste, invisible […] » (p.18), « […] une chambre d’écho où l’existence devient audible. » (p.18), et c'est à cet instant que la connaissance de soi émerge avec force, telle une lumière obstinée « qui refuse […] de s’éteindre » (p.10), celle qui traverse les recoins les plus sombres et les plus éprouvants de l’être humain et renforce davantage le lien souvent fragile entre lui et la vie. C’est à la lumière de cette connaissance de soi que l’homme, sans se juger ni se blâmer, sans chercher à enlever ses douleurs, sans vouloir guérir ses nombreuses blessures profondes, ni tenter de tout corriger, cherche seulement à ouvrir une porte vers un refuge où il pourra continuer à être aimé et à « aimer avec cette part de lumière têtue que les années n’ont pas réussi à éteindre » (p.56), un havre où il pourra, sans la moindre inquiétude, se dire librement : « Je peux encore aimer » (p.56).

 

© Saghi Farahmandpour

 

(*)

Les livres de la poétesse Catherine Andrieu ont régulièrement attiré notre attention, plusieurs notes de lecture leur ayant été dédiées à cette même rubrique de notre revue, Lectures-chroniques-essais, depuis le numéro d’été 2024.

La poétesse iranienne francophone Saghi Farahmandpour est régulièrement publiée à notre rubrique D’une langue à l’autre, depuis le numéro d’été 2024.

 

 

 

Note de lecture de

Saghi Farahmandpour

Francopolis – Été 2026

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