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SALON DE LECTURE - JANVIER 2015

FRANÇOIS MINOD


 
Poèmes et textes de François Minod
La voix de l'au-delà de nous ici-bas

... il reste la croyance aux lendemains  lumineux, la nostalgie de ce qui jamais ne fut. L'eussent-ils été lumineux, les lendemains, que sur le champ nous eussions été aveuglés. Car la lumière lorsqu'elle nous prend de face nous plonge dans les ténèbres.

Un temps

– Tu entends?
– Quoi?
– La voix.
– Quelle voix?
– La voix de l'au-delà
– L'au-delà de quoi?
– L'au-delà de nous.
– L'au-delà de nous ici-bas?
– Oui, l’au-delà de nous ici-bas, tu l'entends?
– Non, je n'entends pas la voix de l'au-delà de nous ici-bas, je n'entends que nos voix.
– Tu es sûr?
– Certain.
– Et pourtant, elle parle la voix de l'au-delà de nous ici-bas, elle parle. Écoute.
– Je n'entends rien. Qu'est-ce qu'elle dit la voix?
– Elle ne dit rien, elle parle.
– Elle parle sans rien dire?
– Oui, elle parle, entre les mots, dans les bruissements, les frémissements, les tremblements.
– Dans le silence de la nuit aussi, elle parle?
– Oui, elle murmure dans les feuillages, délicatement, imperceptiblement, elle susurre nuitamment.
– Et dans le silence de la mer aussi?
– Oui, entre le flux et le reflux, le clapotis des vagues sur la rambarde, on l'entend qui chuchote.
– À ton oreille?
– Oui et à la tienne aussi si tu veux bien l'accueillir.
– L'accueillir dans mon ici-bas à moi?
– Exactement.
– Ça demande réflexion.
– Ah et pourquoi ça?
– Parce qu'il s'agit de la voix de l'au-delà, tout de même.
– Et alors?
– Et alors, il faut s'y préparer.
– Mais non, il faut simplement l'accueillir.
– L'accueillir, l'accueillir, je n'ai pas les moyens moi de l'accueillir.
– Un peu de simplicité et d'humilité suffiront.
– C'est ce qu'on dit toujours « je vous reçois en toute simplicité, sans prétention, vous êtes ici chez vous...»
Non, non, décidément, je ne me sens pas d'accueillir cette voix de l'au-delà.
– Tu préfères t'en tenir aux voix d'ici-bas?
– Ah oui, au moins ici-bas, on se connait, on est entre nous et on ne peut pas nous soupçonner d'entendre des voix, je veux dire d'autres voix, fussent-elles de l'au-delà.
– Bien, c'est toi qui vois.
– C'est tout vu... et entendu.




Les mots

Il reste les mots en guise de viatique.
Constat amer, certes, mais juste d'un empêchement.
Reste le plaisir de jouer encore avec lesdits mots.
Histoire de.
Se donner le change, détourner son attention, échapper un moment à ça.
Qu'on ne peut pas dire.
Tout le contraire de l'émoi, de la simple adhésion à la vie brandie par certains comme une évidence.
Les mots donc comme rempart à l'en deçà, à l'innommable.
Les mots pour déjouer cette force noire qui travaille dans la peau du dedans.
                       
– Ça va comme ça?
– Un peu fort tout de même.
– Oui mais au plus près.
– De quoi?
– De ça.
– De ce ça-là de l'en deçà?
– En quelque sorte, oui.
– On continue alors?
– Oui, tant que.






La note bleue

... La lune rouge
Plissait
Des yeux
De chien bleu
Dans l'empyrée
... Je vous laisse
Imaginer
La suite
De l'histoire
Cosmique
... Les amas
De particules
Fines
Les pluies
D'atomes
... Et toujours
La même note
Bleue
Dans le silence
De la nuit




Trois fois rien

… Juste une brindille
Qui danse
Légère
Et la caresse
Du vent
Sur son ombre
Tremblée
… Juste le plissé
Du ruisseau
Qui s'écoule
Là-bas
Dans le creux
… Juste ce petit point
De lumière
Qui s'évanouit
Lentement
Délicatement
Imperceptiblement
Dans la nuit
Qui s’invite



Respirer

… là rien ne vient

c'est l'automne,
c’est l'attente,
se remettre au centre,
vivre ça,
ne pas discourir,
juste le vivre.

Je tourne autour du mot

C'est ça écrire, peut-être.
Chercher le mot.

14h.
On est arrivé jusqu'à 14h, tant bien que mal.
Avec des hauts et des bas.
Ça commence souvent avec des bas le matin.
On y va tout de même.
On se lève et on fait.
Ritournelle.
Jusqu'à ce que.

De nouveau le bas

Trouver une autre ritournelle.
Aller marcher.
Un pas, deux pas, un autre encore.
Et revenir.
Se dire que c'est bien.
Quand se le dit-on?
Ça n'a pas d'importance.
On se le dit quand on marche et ça marche.
On se sent mieux d'avoir pris soin.

L'ennemi c'est le temps.
Il y en a encore tant.
On est juste au milieu.
De la journée.
Après, il y a la nuit.
Rien que d'y penser.

Aller de l'avant,
continuer à écrire sans se soucier,
laisser les mots couler,
ne pas retenir.

Et s'en foutre de ce que ça va donner.
On n’en est plus à écrire pour vouloir.
Non, on en est à écrire pour pouvoir.
Respirer.


© François Minod - Textes inédits.
Les illustrations sont des monotypes de Catherine Seghers
extraits des recueils publiés



Les cailloux

Continuer ou pas. C’est ça la question. La seule question. Si pas? S’arrêter. Pour de vrai. Fermer les rideaux, laisser entrer la nuit. Et l’oubli. Et si? Eh bien continuer à ramasser des cailloux, les entasser sur un tas. Et faire un autre tas. Et puis un autre encore. Et le dire aux autres, ceux de l’extérieur. Le dire qu’on a des tas de cailloux, des petits et des gros, surtout des gros. Et les faire voir aussi.
– J’ai beaucoup de cailloux vous savez, et des gros, des très gros.
– Ah, bon! Vous en avez trouvé des gros?
– Oui, mais il a fallu bagarrer ferme. Combien de fois ai-je failli abandonner!
– Et vous avez continué?

– C’était ça ou l’oubli.
– Ah, oui! Je vois.
– Ils sont beaux mes cailloux. Vous voulez les voir?
– Volontiers.
– Magnifique. Qu’est-ce qu’ils sont beaux, surtout les gros. Et vous allez continuer?
– Ah, oui! Tant que ça marche, je continuerai.
– Ça doit valoir une fortune des cailloux aussi gros.
– Oui, ça vaut cher mais vous savez, le caillou, c’est la valeur refuge, ça baisse rarement.
– C’est parce que c’est immobile?
– Sans doute, je ne suis pas un spécialiste de l’immobile, mais vous connaissez le dicton «quand le caillou va, tout va». – Et pourtant ça ne va pas le caillou, c’est immobile.
– C’est vrai ça, c’est immobile, c’est peut-être pour ça que ça va, je veux dire que ça reste un refuge.
– Sans doute, sans doute.
– Vous avez l’air sceptique.
– Non, non, je pensais au refuge. Au refuge de cailloux.
– Vous songez vous aussi à...
– A m’arrêter, oui monsieur j’y songe souvent mais je n’arrive pas à me décider.
– Essayez les cailloux, vous verrez vous verrez, vous y gagnerez. Ça peut être un bon refuge vous savez pour vous aussi. Pour continuer, l’immobile rien de tel. Et puis on pense moins à s’arrêter quand on a une valeur immobile. On n’y pense même plus du tout. Enfin presque plus.
– Heureusement que je vous ai rencontré sinon...
– Sinon vous partiez dans l’oubli.
– Oui, sans doute. Mais au fait, comment s’y prendre pour les trouver et les ramasser les cailloux? Ça doit pas être facile, surtout les gros.
– C’est une question de méthode vous savez. De méthode et de conviction.
– De conviction ?
– Oui il s’agit, comment dire? Il s’agit de décider d’y croire, de faire le pari de croire au caillou, la valeur refuge de l’immobile, vous me suivez?
– J’essaie.
– De toute manière le choix est simple: soit continuer, soit s’arrêter. Si vous choisissez de continuer, vous choisissez le caillou et si vous choisissez de partir, vous choisissez l’oubli.
– Vu sous cet angle effectivement c’est d’une simplicité enfantine. N’y aurait-il pas cependant une autre alternative?
– Laquelle?
– Eh bien continuer sans les cailloux?
– Mais ce n’est pas possible voyons, c’est la seule valeur actuellement, et sans valeur je ne vois pas comment on peut continuer.
– Peut-être pourrait-on en créer?
– De quoi?
– De la valeur.
– Mais il n’y en a plus, je vous l’ai déjà dit. Il ne reste que le caillou, l’ultime valeur refuge.

– A bien y réfléchir c’est tout de même pétrifiant.
– A qui le dîtes-vous! Bon je vous laisse à présent, je m’en vais.
– Vraiment?
– Vraiment.

Il y a cru que je partais. Moi aussi, j’y ai cru. Un instant. Un court instant. Et puis les choses ont repris leur cours. Immobile.

 Extrait de Au fil de l’autre, Éditions Hesse, 2008
Avec des monotypes de Catherine Seghers



François Minod est l’auteur de quatre ouvrages publiés aux Editions Hesse et illustrés par Catherine Seghers :
    Au fil de l’autre, 2008
    Grain à moudre, 2009
    Toc à trac, 2011
(publié avec le concours du Centre national du livre)
    L’homme au banc, 2013

Il est également l’auteur d’un récit
(Le Buste blanc, Leo Scheer @, 2009).

Il a collaboré comme lecteur et conseil aux Editions du Seuil pendant une dizaine d’années et exercé pendant vingt-cinq ans des fonctions d’enseignant-chercheur dans le domaine des sciences humaines et sociales (ESIEE et HEC).
Avant sa carrière d’enseignant, il a été éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse (ministère de la Justice) pendant une dizaine d’années, et chargé de cours dans le département Théâtre de la Faculté des lettres d’Aix en Provence dans les années 80.

Depuis 2006, il se consacre à l’écriture et fait de nombreuses lectures de ses œuvres, seul ou avec des comédiens et musiciens dans des centres culturels, librairies et festivals à Paris, en province et à l’étranger.

Il a créé un buffet littéraire qu’il anime depuis 7 ans.
Visiter son blog : buffetlitteraire



Extrait de la présentation de Mireille Diaz-Florian au spectacle DU FIL… AU BANC au Théâtre de l’Épée de bois, cartoucherie de Vincennes
(9 mars 2014) :


« Ouvrir un recueil de François Minod, c’est une certaine manière d’entrer par effraction dans un univers de mots qui sont le nôtres, chaque jour, parfois, souvent, et d’avoir ainsi la sensation qu’ils nous ont été dérobés. Il nous aura prévenus : " Parfois je prends un mot qui traîne par là et je l’emmène avec moi au pays des mots dits." On pourrait alors avoir l’impression de déjà-lu  de déjà-vu  et le quitter, pas vu, pas pris.

Les textes de François Minod nous importent. Ils nous mènent à " une zone intermédiaire ", dans le noir clair où le dialogue avec soi et l’autre, confirme le pouvoir corrosif de l’humour, pour laisser deviner " l’espace déchiré du dedans ".

Des voix surgissent, bruissantes de questions. Ce sont les nôtres. Celles que nous pose le monde alentour, celles qui traitent de nos affaires de jour, de nos affaires de nuit. Nous acceptons l’absence de réponse parce  qu’il s’agit d’aller voir si notre regard a changé. Nous suivons des personnages qu’on devine en coulisse, qui n’attendent que ça, qu’on vienne les chercher dans le magasin des accessoires.

Il faudra tenir compte d’un dernier aveu : " Écrire c’est croire que quelqu’un va entendre ce que tu dis."
" Nous sommes sur les traces laissées par l’empreinte des mots. Il convient juste de nous les entendre lire. »

Mireille Diaz-Florian, présidente de l’Association le Lire et le dire.


* François Minod, nouveau membre à la Revue Francopolis.net

Salon de lecture 
François Minod
recherche Dana Shishmanian
janvier 2015



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Créé le 1 mars 2002

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