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Pour que je me
souvienne de toi
Brûlante poussiéreuse seule
la
route se couvre d’’ombres
Les oiseaux ont arrêté leur
chant
pour
que je me souvienne de toi
Tu es à présent une eau
noire
Tu es le vent éparpillant à
l’aube
nos rêves
de mortels
Tache de soleil sur mon
cœur
tu
n’es qu’une pensée
Pour que je me souvienne de
toi
tu
m’avais appris que ni le jour ni la nuit
les
ombres ne partagent
leur
proie
Belle d’éclair
C’est dans le désert
qu’était née
la
première lune
Bercée dans les bras du
sable
au
pelage de feu
noire
et pure comme la mer au point du jour
Belle lune aux roses
d’écume enjolivée
par
ce souffle d’arbre ton bien-aimé
La tête courbée comme celle
d’une pénitente
chaque
nuit tu viens t’agenouiller près du mont
Frais et doux le bien-aimé
te rejoint
et
vous parcourez légèrement la terre l’univers
jusqu’à
la porte d’un autre monde
immense
et encore plus désert que le désert
La bouche remplie tantôt
d’abeilles tantôt de brouillard
l’Aimé
s’endort sur son trône
et
toi belle au sein d’éclair tu te retires dans le sublime
palais
de ses pensées
Le dhikr du soleil
Bénédiction ô Aleph des
pluies
ta
voix dans le jardin
est
celle du soleil qui s’émiette à tes pieds
Éclair qui ne frappe pas
mais brise légère de mes pas
ta
voix est ce cri du soleil aux joues d’enfant
jouant
dans le sable

Les figuiers
De l’autre côté du muret
blanchi à la chaux
l’odeur
de jasmin enivre les figuiers
qui
ressemblaient à des hommes
Parfois adossés à la porte
d’une longue pluie
ils
plient leurs ombres au milieu d’un cercle
de
printemps où ils gardent le vieux rêve
de
ceux qui comme moi sont arbres à quatre pattes
et
qui ont vu naître le jardin d’une main
très
hautement fleurie
Tout autour du cercle le
vent a semé ses graines
les
fourmis les ramassent en songeant
au
goût de figue et d’été
L’Amour
Noces de la lune et du
soleil
l’Amour
est un jour sans fin
au
bord de la rivière
Berceau verdoyant dans le
désert
l’Amour
est un chemin
qui unit
et traverse âmes et corps monts et vallées.
Il est ce rossignol ravagé
par son chant
L’âme
La nuit est là je la vois
bouche béante s’emparer du petit canari endormi
pour
le racheter j’ai donné toutes les ombres de mon corps
Un jour le petit oiseau
m’est revenu
frais
comme l’eau au fond de la fontaine
tous
les matins il rejoint les cimes des montagnes
et
moi
à
perte de vue je m’abandonne
à
l’éveil

Illustrations
d’Elena Golub
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