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Ces poèmes se rattachent au courant
littéraire que nous préférons ici de nommer ”Urbain M2” (Urbain Méditerrané - Maghreb) :
nous appelons ainsi un mouvement dérivé de ce que nous désignons comme ”l’orientalisme urbain”. Dans ce
cadre, la métropole de Paris représente une partie active dans la
dynamique culturelle des espaces de synthèse développés autour de la Mer
Méditerranée (avec participation d’autres villes culturelles de cette
région, par exemple : Avignon, Toulon, Marseille, Nice et, de
l’autre côté, Oujda, Agadir, Oran, Tizi-Wezzu, Jijel, Zyama, Darguina, Tubirets, Tigzirt, Tétouan,
Benghazi, Casablanca, Tanger, Tripoli, Zarzis,
Nabeul etc.).
Il s’agit d’un urbanisme culturel identifié autour
de la Méditerranée, pour exprimer une dimension culturelle complexe, combinant la spécificité du
Sud de l’Europe et du Nord de l’Afrique. Parmi les aspects culturels
de cet espace, la musique du raï peut inspirer des créations artistiques et
littéraires pour découvrir l’identité synthétique
de la nouvelle Méditerranée, au début du XXIème
siècle.
Nous pensons que le raï (musique
de synthèse, utilisant des rythmes afro-berbères, funky, urbain rap)
représente une création spécifique de la culture nouvelle issue des
villes côtières des deux continents,
expression aussi des quartiers urbains des métropoles méditerranéennes,
qui doit être entendue et recomposée en différentes formes artistiques (art mural urbain,
littérature, théâtre, couture, gastronomie).
La musique du raï, autant
que les poèmes inspirés par elle, représente la manifestation artistique
d’une culture de rencontres, vivante, inspiratrice, née dans l’atmosphère
hybride d’une zone réunissant différentes influences culturelles (du
désert berbère aux métropoles côtières méditerranéennes).
Ces
poèmes sont inspirés par le raï (musique emblématique de la région culturelle d’interférences qu’est
la Méditerranée, au début du XXIème siècle).
***
Au
niveau lexical, nous
préférons donner une certaine liberté aux mots, jusqu'à inventer de
nouveaux termes (arganique,
du nom argan) ou d’utiliser des
toponymes avec des résonances archaïques (Eghipet = Égypte)
imposés dans
la poésie roumaine par de grands poètes du XIXème siècle (comme Alexandre
Macedonski, Mihai Eminescu, D. Bolintineanu),
pour revigorer la musicalité interne du vers.
Nous permettons l’usage de mots archaïques
des langues romanes (comme le roumain) dans l’espace francophone
contemporain, pour leurs sonorités insolites (olmaz : diamant). Aussi, on encourage un certain esprit ludique (le jeu de mots, les
inventions lexicales) ; l’extraction des mots de la langue courante
(comme, par exemple, les mots arabes) et leur insertion dans une
musicalité cosmopolite, paradoxalement, reconnaissable, comme appartenant
à un espace transculturel.
La poésie de ce courant nouveau, dont nous présentons ici le manifeste
littéraire en bref, est inévitablement une expérimentation lexicale, pour revigorer le texte et
mettre en évidence l’exubérance de l’émotion.
Dans une certaine perspective, cette poésie est
née du post-modernisme, en
permettant un lexique léger,
réinventé, dynamique, avec des mots offrant des effets lyriques
insolites.
On suit la pulsation rythmique avec des
moments d’accélération fébrile des vers, pour mettre en relief la
prémisse (”par la musique jusqu'à
la poésie”) et les pluri-dimensions
de la création lyrique (entendue comme orfèvrerie ; comme
musique ; comme poème en prose ; comme calligraphie). Dans une
future Maison/Musée de la
Méditerranée, par exemple, on peut s’imaginer un mur-paravent entier
en lettres romanes et arabes, en filigranant l’un de ces poèmes dédiés à la Méditerranée, dans une spectaculaire
calligraphie dorée. Aussi, les textes de ces poèmes sont, par leur
musicalité intérieure, implicitement des textes musicaux, en donnant un
plus d’exubérance et de poésie au monde spécifique de la musique raï.
© Madalina Virginia Antonescu

Peinture de ©Hélène Courtellmont (2025)
Nuits
Méditerranéennes
Des ciels caramélisés, en flammes de nuits
dorées :
les grandes fêtes d’une intersection des
continents.
Expansion des étoiles en rythmes chauds –
Marseille, Paris, Oran, Nice :
lancements de lapis-lazuli en plein or nocturne
Grandeur jaspine des oliviers, en soutenant
des univers de joie, taciturnes ;
pulsation des horizons éclairés.
Opulence de la nuit scintillante, en bleu
mouillée ;
Des musiques nomades d’un continent
explosif :
Océan de jeunesse ; frémissements de
joie massive.
Sous la viande des ciels d’oranges
enivrantes
se baigner
dans l’écume des nuits
méditerranéennes : été
en jaillissant sous la rivière des oliviers,
jusqu’aux piliers du monde en nuit cachée.
Richement dégoûtant la plénitude de la
jeunesse : saut
dans la grandeur d’un noir versatile, pas
mort ;
douceur du santal et de la cannelle
algérienne.
Plongement dans la chaleur d’une
Méditerranée tripolitaine ;
Oran, Paris, Marseille et Nice : des nuits
chatoyantes d’un été nomade.
Des vagues de champagne d’orange, on se
balade, de ballade en ballade,
des éclats de rire jetés aux ciels parfumés –
des amitiés sacrées, d’une époque belle,
rythmée,
sans fin et sans mots, qui est encore là,
nous envahit –
La nuit parfumée en explosant,
au Makthar,
Agadir, au Zarzis
dans la Méditerranée en délirant, en nous –
le temps en suspension, mou :
Simultanéité de joies,
Paris-Casablanca,
L’été est encore là.
29 Juin 2026, Bucarest
Méditerranée
enneigée
Méditerranée enneigée en fleurs d’oranger,
Opulentes, parfumées :
Fraîcheur brûlante des épices anciennes,
élevées : comme de massives forêts de
cèdres-zemurred(1), réveillées.
Entourée en raï, voûtes
célestes de musique dessinées,
Méditerranée : en résines
jaunes-transparentes, aromatisées,
C’est l’essence de raï du désert aux urbains
quartiers agglomérés,
C’est l’Alexandrie, l’Opone, Sabata, Mosylon,
C’est du raï - iridescent, arborescent, raï de raï,
Écriture en lys algériens,
C’est de la musique de Paris à Tripoli, à Benghazi,
de Marseille à Tanger,
Raï du raï, d’Avignon à Toulon, à Tétouan, jusqu’à
Tyr et Sidon,
C’est la
belle époque, nostalgie du chaque millénaire,
Des turbulences orange, en veloutées en jasmin
noir,
Un ciel indigo sous les palmiers au nectar :
Casablanca-Marseille, les troncs des azahar (2)
Entourant les nuages,
Les musiques du raï palpitent l’extase,
C’est le crissement du raï-olmaz (3),
En cithares
électriques, de Paris,
C’est le sifflet du désert et du bleuâtre oasis.
2 Juillet 2026, Bucarest
Golfe du Lion
Golfe du Lion en noir doré : de grands
brocarts mouillés
en arabesques rosées :
Méditerranée en jasmin et ambre : c’est
du raï, on n’est pas assis,
Frémissement heureux des rivieras
d’oliviers, en soutenant des univers cachés :
Nice, en s’ondoyant en vagues étincelées –
les rythmes fébriles de Tanger, de
l’Oran ;
Paris, en pleine splendeur, sous les nuits
filigranées en cèdres de Liban,
Paris, en joie d’un territoire des ciels
mouillés en nila (4) de Tétouan ;
Des cascades de champagne marocain ;
pulsation de raï de Zarghouan.
Tripoli, Chebba,
éclats de raï-ris,
Des arcs-en-ciel noirs, en veloutant,
étincelant
le bleu-marin, bédouin.
Méditerranée en nuit –
c’est de l’extase, parmi des vagues
brûlantes de la musique, zin-e-zin, zinzin, rose olmaz (5),
Peut-être moi, peut-être toi,
Peut-être nos mains en s’acharnant
sur l’indifférence des étoiles, grises,
lourdes, en les grimpant -
Acupuncture d’or : Méditerranée, fluide
étoilé,
Luminescence sur la viande nila du Zuwanah,
ciel velouté.
2 Juillet 2026, Bucarest
L’ourlet du temps
L’ourlet du temps parsemé, parsemé, de
Tripoli à Benghazi,
D’Oujda à Zarzis, Zarazà à Zarzis,
Des terres-ambres, amples, parfumées -
On sent ici une opulence raffinée ;
Des musiques de raï envoûtées :
vitalités,
Une joie chaleureuse en explosant, tout
orange, tout émergée,
Avec des essences d’azahar, en effluves
calligraphiés,
C’est de la nuit-tulipe noire, jetée,
brûlante et née,
Sous les notes agglomérées, agglomérées
en nuages d’ambres-cambrés,
D’Avignon-Toulon, de Tétouan au Wadi Zamzam,
C’est du sel marin, des résines, du pin de
Liban,
La vibration raï
éclatant le ciel de l’Oran,
Nuit de nuit de nuit, corail brûlant en air
noir
- Naguère safran -,
C’est l’amplitude des grandes musiques,
comme un volcan,
C’est du raï du raï du raï, africain, méditerranéen,
Sur les racines vertes des bois de l’Oran –
Spectaculosité
des arcs-en-ciel, le parfum méditerranéen,
Les résines du pin de Liban, l’ambre d’Oran,
l’essence de Wadi Zamzam :
c’est la foule pulsatile, entourée en raï, sur le
maïdan,
Les grandes fêtes de Marseille à
Tétouan, Tétouan,
Nice-Oran
Son-calligraphie en piliers de joie
Ornements musicaux estivaux, de l’Oujda.
2 juillet 2026, Bucarest
Casablanca
piquante
Al-‘ûd (6) en sonnant sous les ciels de tectites :
La beauté berbère
des femmes – comme le frais beurre –
Des harmonies du
désert, arbres plutôt indigo, desséchés,
Musclés à
embrasser les nuages de l’été…
Sous les vents
mugissants, l’accolade de pierre,
blanc sur blanc –
Al-‘ud en tintant les rythmes de Zawanah ;
L’accélération d’un
temps linéaire rouge,
Arc-en-ciel sur
mer,
Méditerrané-passager, vers l’Alger, vers Tanger,
L’écume des vagues : halib an-naqa (7), une terre
des artisans de
parfums doux-amers.
Des constellations jasminoises, en sons
D’al-‘ud en
cliquetant,
Gambadant,
Sur le ciel de zénana(8),
brise de Méditerranée en turquoise
Des tulles lilas, en
tulipes indigo-touareg – le vent frémissait par ici et par là, tout
lilas.
Méditerranée
scintillante,
- Des toulpanes (9) des femmes mouillés en adamantes (10) -
Marseille-Agadir, en raï enveloppées : une dimension accablante,
Casablanca en raï,
excentrique et criante.
C’est un ciel
piquant, en épicées de nard délirantes,
Un ciel en épices
brûlantes,
Méditerranée, marin
sel, en se balançant, balançant, si arrogante –
Des précipitations
de jeunesse en battant les vagues –
Si brûlantes, si
accablantes,
Une fraîcheur si
piquante,
Sous les fruits
glacés de l’oranger : nuit en jasmin, si cliquetante.
Régénération sur
les sables blancs :
Casablanca
scintillante.
Oran, Oran, en zénana de Zanzan
De l’encens de Luban, du blanc ambre d’Oran,
Raï dans le Golfe de Lyon, du Marseille à
Tétouan,
Maghreb et l’Occident, deux continents du raï,
Zin-zin, n’ssi n’ssi, Zizin de Zam à Zanzan.
Dans la nuit vibrante,
du raï, ondoyant en naskhi (11) sur les ciels d’une
Méditerranée étincelante -
Des fleurs opulentes dans la nuit de zénana, en indigo teinte,
Oran, tout en safran, méditerranéen Oran,
Avalanches apaisantes, éclatantes d’ambre
vibrant, transparent
En mer liquéfié, du miel
D’un soleil de musc, musclé
Épicé, d’une chaleur pétrifiée,
Et surmonté, comme une montagne d’olmaz (12) escaladée,
par le raï,
musique de jadis, de jadis…
et jetée, affirmée, ondulée, modelée,
par les chanteurs de raï,
écrivains de calligraphies :
sur un ciel indigo, des tulipes noires
en artifices-en-pluie,
Méditerranée brille et brille,
Pulsation fébrile des côtes-continents,
la même énergie,
Jeunesse en dansant sur les rythmes de raï –
Layla-lys-li,
Lélia-lys-Lylia, li-li….
C’est du raï, du raï…
2 Juillet 2026, Bucarest
Paris en
tapisseries
Des tapis entulipés,
fleurs noires et scintillantes, envoûtées,
Volantes, vibrantes,
Dans la nuit des profondeurs de chaleur, de
couleurs,
Des agrumes éclatants, l’Oud des racines
pétrifiées,
Des ambres de sel crispé, sous
le désert-ciel,
Une Layla-lune de safran sur les forets minéraux,
en couvrant le sable
d’une terre d’opale.
Orageusement Oran, tumulte de musique raï de
jadis,
C’est de la musique des années deux-mille, à
Paris,
Paris en tapisseries, des tulipes noires,
incandescentes,
sur les nuages insistants,
d’un carmin si clément,
Paris dans la poésie, en cithares ornées de
lettres si alambiquées,
Mais Paris, Paris, allongé en raï, jusqu’àTripoli, à layli-lili,
de Nice à Benghazi, Zarzis,
Zarzuelo-Zanzis, musique de jadis,
Air d’Agadir, de Tanger, Leyla-Melilla,
Lalla
(13), lalea (14),
c’est de la tulipe
Noire, étincelante, déjà-déjà,
Sur le ciel indigo d’Oujda ;
C’est de la musique raï, de
Casablanca à Nice, à Toulon,
Paris méditerranéen chante, l’Avignon,
Marseille – la même chanson ;
C’est d’une lointaine mélancolie aux
mégaphones du zaiafet-en-fête,
C’est du raï toujours, si arborescent,
en essences de sinuosités indiscrètes,
vers l’Eghipète,
entrelacé en Nils lents…
2 juillet
2026 Bucarest
Maghreb arganique
C’est du Maghreb en volutes des herbes,
En voyant, en voûtant, en
étoiles
Zambaq (5), agglomérées, angoissantes sur les toiles,
C’est du Maghreb, de la musique al’djebra,
C’est du Maghreb, du raï-djebel du ciel,
Terre brûlante, dorée poussière,
C’est du Maghreb tonique, tonitruant,
Arganique, intègre, arrogant,
Sincère – soif de ciel ;
C’est du Maghreb, métropole de la poussière,
mir’aj (16),
Parfum d’henna et santal : orange,
Oriental, et un vermeil ciel
circulaire ;
Djonbud (17) ogivale, au-dessus des eaux méditerranées
bleu-pâles,
Densité ardente des lys de Marseille,
la Nice – Côte mir’aj, des cités – bois épais,
C’est Toulon, Avignon,
dans la nuit-tison,
c’est du zin-zin,
de Toumliline (18), les nouveaux turub-ed-diur (19) méditerranéens,
C’est ‘arussat ach-chtâ (20) dissipé en fleurs d’oranger,
C’est le Magreb en
veloutes de taguelmust
nila (21) (sous les ailes de Simorgh(22)
–
le cri berbère de l’Alger, aquila),
C’est la musique joyeuse du désert,
Parmi des lions de poussière,
Brodés en larmes de fées,
évaporées,
naguère…
2 juillet 2026, Bucarest
Notes
(1) Pierre d’émeraude (ar.).
Pour la couleur pittoresque du texte, on préfère écrire en lettres
italiques les mots arabes.
(2) Fleurs d’oranger (ar.).
(3) Diamant. Une musique étincelant comme la
pierre diamantine.
(4) Indigo (Maghreb).
(5) Diamant de couleur rose (archaisme dans la langue
roumaine, provenant du turc elmas).
Cf. Dicționarul limbii române
moderne, Ed. Academiei RPR, 1958, p. 561.
(6) Luth (instrument
musical) en arabe (leüt, laüt); alăută (en roumain).
(7) Lait de chameau.
(8) Tissu de soie.
(9) Archaisme en langue
roumaine (tulpan), comme un
tourban feminin, dans les regions rurales anciennes de la Soud-Est de la
Roumanie (Mehedinți, Giurgiu, Dobrodgea, Moldavie).
(10) Adamant, adamantine (des archaïsmes en langue
roumaine) pour le nom
”diamant/diamantine”.
(11) Des calligraphies.
(12) Diamant.
(13) Madame (titre de grand respect au
bédouins).
(14) La tulipe, en roumain.
(15) Jasmine (terme persan).
(16) Illusion, maya.
(17) La coupole.
(18) Lieu-dit du Maroc, dans les montagnes du
Moyen-Atlas.
(19) Les Troubadours.
(20) Arc-en-ciel (en Maghreb).
(21) La couleur indigo (chez les Bédouins).
(22) L’oiseau mythologique de la montagne Qâf. Simorg (trente
oiseaux), la pluralité des choses visibles.
© Madalina Virginia Antonescu
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