D'une langue à l'autre...
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Archives : D'une langue à l'autre

 

Été 2026

 

 

Saghi Farahmandpour :

« …la borne vive qui joint le ciel à la terre »

 

Deux poèmes inédits traduits du persan par l’autrice

 

(*)

 

  ©Saghi Farahmandpour, Horizon

 

 

قلبِ من آبی است

 

قلبِ من آبی است

قلبِ من

اینجا

در لابهلای نیزارِ نرم و تُردِ مردابها

میانِ قلبِ تپندهی ریشههای هوایی مورّبِ چَندلها

جاری است

قلبِ من

آنجا

کنارِ تپشهای ناتمامِ قلبِ زنی که در آغوشِ گرمِ ماه نَفَس نمیکشد

کنارِ قلمهای پراکندهی مَردِ نقاشی که دیگر قَفَس نمیکشد

جاری است؛

قلبِ من آبی است

قلبِ من

اینجا

کنارِ لطافتِ دستهای کودکِ تنهای غرق در خجالت و شرم

میانِ ماسههای ریزِ خانههای شنی، ماسههای نرم

جاری است

قلبِ من

آنجا

در نوسانِ میانِ راستی و تباهیِ در کمین

در افقهای دور از دست

در سراسرِ خطِّ پُررنگِ پیوندِ آسمان و زمین

جاری است.

 

Mon cœur est bleu

 

Mon cœur est bleu

Mon cœur

S’écoule

Ici

Parmi les roseaux souples et fragiles des marais

Au milieu du cœur battant des racines aériennes tordues des palétuviers

Mon cœur

Dégouline

Là-bas

Auprès de la pulsation inachevée du cœur d’une femme qui ne respire plus dans le sein chaud de la lune

À côté des pinceaux dispersés d’un peintre qui ne peint plus la cage ;

Mon cœur est bleu

Mon cœur

Flue

Ici, là

Près de la douceur des mains d’un enfant solitaire couvert de honte

Parmi les sables fins et mouvants des châteaux de sable

Mon cœur

Coule

Là-bas

Dans l’oscillation entre intégrité et altération à l’affût

Sur les horizons lointains

Et tout le long de la borne vive qui joint le ciel à la terre.

 

 

غنچههای سرخِ باد

 

او آنجاست ...

غنچههای سرخِ باد

از میانِ تارهای بلند و آویزانِ گیسوانِ او

به سوی عمقِ تاریکِ چاهِ زمین

سرازیر است

هیچ صدایی نمیرسد بر گوش

جز انعکاسِ پیوستهی سکوتِ سنگینِ چاه

جز پژواکِ بلندِ زِ هم پاشیدنِ استخوانِ گونهی نرمینش

زیرِ چکمههای ساقهبلندِ سیاه؛

...

او تکچشمش را بست

اشکهایی که دگر نمیریخت را

با پشتِ زخمیِ دست

از روی گونهی مانده بیگَزَند

زُدود و به یادِ تارهای بههمفشرده و لرزانِ چنگ

تارهای آویزانِ گیسوانش را

بهسینه فشرد

غنچههای سرخِ باد را دانهدانه چید

کنارِ همان چاهِ رنجِ تیره و تار

خزید به زیرِ شالِ کهنهی خاطراتِ لابَرلا

و صدای مرغِ خوشآوازِ سَحَرخوان را هرگز نَشِنید ...

 

 

Les boutons rouges du vent

 

Elle est là…

Les boutons rouges du vent

S’infiltrent entre les longues mèches pendantes de sa chevelure

Et descendent

Vers les sombres profondeurs du puits de la terre

Aucun son ne parvient à l'oreille

Hormis l'écho persistant du silence pesant du puits

Et la forte résonance de la désintégration de l’os de sa pommette tendre

Sous des bottes hautes noires;

Elle ferma son seul œil

D’un revers de sa main blessée

Essuya de sa joue saine

Les larmes qui ne coulaient plus

Et en se souvenant des cordes pincées et vibrantes de la harpe

Elle pressa contre sa poitrine

Les mèches pendantes de sa chevelure

Cueillit les boutons rouges du vent un par un

Près du même puits de malaise ténébreux 

Rampa sous le châle usé des souvenirs imbriqués

Et n’entendit jamais la belle voix de l’oiseau chanteur matinal…

 

(*)

 

La poétesse iranienne francophone Saghi Farahmandpour honore de sa plume sensible et poignante cette rubrique de notre revue, depuis le numéro de printemps 2024. Un recueil électronique a regroupé une partie de ses contributions, dans le cadre de notre Bibliothèque Francopolis (n° 13, été 2025).

Elle a publié aux Éditions du Cygne, en février cette année, son tout premier recueil de poèmes : Débris du destin, en version bilingue persan / français. Voir ma chronique, au précédent numéro de Francopolis, avec en annexe des échos du recueil dans d’autres revues, ainsi qu’à l’occasion de lectures organisées d’une part par l’éditeur, d’autre part dans le cadre du PEN Club Français.

Nous étions sans nouvelles d’elle et de son mari (le philosophe Hamidreza Zakaria) depuis le 28 février, la veille de l’intervention américano-israélienne en Iran, toutes liaisons Internet et téléphoniques étant coupées. Un appel téléphonique de sa part, à la faveur d’une carte à usage et destination unique, le 8 avril, nous a rassurés. Et nous sommes heureux de recevoir de sa part cette nouvelle contribution, alors qu’une petite ouverture du réseau lui a permis de nous l’adresser depuis Téhéran, le 13 mai. Merci, Saghi !


Saghi Farahmandpour 

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