D'une langue à l'autre...
et textes
incidemment, sciemment
ou comme prétexte. Traduction.

 

ACCUEIL

Archives : D'une langue à l'autre

 

Automne 2026

 

 

Saghi Farahmandpour :

« Sur le rivage qui n'existe pas… »

 

Trois poèmes inédits traduits du persan par l’autrice

 

(*)

 

  ©Saghi Farahmandpour, Ombre

 

 

Sur le rivage qui n'existe pas…

 

Quand le soleil las du jour

Recouvre son doux visage

Du voile noir de la nuit

Lorsque dardent les rayons des grands yeux de la lune,

Je marche aux flancs du ciel

À la recherche du rien

Sur le rivage qui n'existe pas,

La blancheur des vagues courtes écumeuses

Se mêle

Au léger frissonnement de mes mains froides, cela ne fait qu'un,

Les vagues hautes sèment le chaos

Effrayées

Elles attirent mon corps blessé vers l'intérieur d'elles-mêmes, l'engloutissent

Et le broient peu à peu,

Des gouttes de sang chaud

Séparées de moi

Ruissellent

Sur les grains de sable doré

Elles dansent dans des bulles claires éphémères

Et il n’y a rien d’autre que mes blessures béantes toujours présentes

Qui craignent désormais

D’attraper mes mains froides ;

Je marche aux flancs du ciel

Les yeux fermés en éveil

À la recherche du rien

Sur le rivage qui n'existe pas,

Du bout des doigts

Je touche délicatement

Les sables boulants ensanglantés

J’attends comme d’habitude

Je patiente

Jusqu’à la fin sans borne...

Et dans cette agonie sans réconfort

J’ai vu que la nuit

Soudain s’était rompue en silence

Une goutte de lune

Sous l’éclairage du clair de lune qui n'existe pas

Se posa sur ma joue solitaire.

 

 

 

 

Peut-être…

 

Peut-être

Que nous pouvons fermer les paupières vacillantes, enflammées de désir 

Au milieu des hautes flammes brutales de la guerre et de l’anxiété

Peut-être

Qu’il existe des instants très courts et fugaces pour reprendre souffle ;

Entre les minutes qui frissonnent d’horreur et du bruit des explosions rugissantes perpétuelles

Chaque fois qu’un oiseau se met à chanter avec joie

Sur les branches nues de l’imagination

Peut-être

Qu’un demi-sourire affaibli et abattu

Apparaîtrait aux coins de mes lèvres blessées !

 

 

 

 

 

Utopie

 

Sur le tableau pendu au mur

La première pluie de mars

Dégouttait

De mes cheveux longs

Sur les morceaux brisés des rituels aveugles

L’éclair et le tonnerre entre deux nuées

S’accrochaient

Au coin du mince croissant de lune

Le ciel semblait bleu

Les vagues presque tumultueuses

Battaient contre les poitrines des piliers de pierre de la mer

Le soleil semblait brillant

C'était comme si quelqu'un

Appelait quelqu'un d'autre

Par derrière mes cheveux mouillés

Ou emportait avec ses mains blessées

Les éclats de verre transparents et lumineux

Vers l’utopie…

 

©Saghi Farahmandpour

 

(*)

 

La poétesse iranienne francophone Saghi Farahmandpour honore de sa plume sensible et poignante cette rubrique de notre revue, depuis le numéro de printemps 2024. Un recueil électronique a regroupé une partie de ses contributions, dans le cadre de notre Bibliothèque Francopolis (n° 13, été 2025).

Elle a publié aux Éditions du Cygne, en février cette année, son tout premier recueil de poèmes : Débris du destin, en version bilingue persan / français. Voir ma chronique, au numéro de printemps de Francopolis, qui mentionne en annexe les lectures organisées d’une part par l’éditeur, d’autre part dans le cadre du PEN Club Français, ainsi que les échos du recueil dans des revues imprimées ou en ligne, enrichis depuis :

- Catherine Andrieu, dans RAL,M, 16 février 2026

- Cathy Garcia-Canales, sur son blog, 28 février (extraits du livre)

- Françoise Urban-Menninger, dans Exigences littérature, 19 mars 2026

- Michel Bénard, dans Couleurs poésie (le blog littéraire de Jean Dornac, 24 mars 2026)

- Jacques Morin, dans Décharge : Les indispensables de Jacmo (29 mars 2026)

 - Isabelle Poncet-Rimaud, dans Mondes francophones (8 mai 2026)

- Nathalie Lescop-Boeswillwald, dans Les Amis de Thalien°s 127-128

 

Je signale également à nos lecteurs l’entretien qu’elle a accordé à Amar Benhamouche dans Kabyle.com le 24 juillet, dont je me permets de citer :

« Écrire est pour moi un travail à temps plein, quotidien. (…). J’espère que dans mon parcours poétique je pourrai créer un moment marquant parmi les instants répétitifs et peu cléments de la quotidienneté et empêcher que les moments épuisés et essoufflés de la vie ne s’ensevelissent dans l’oubli. »

 


Saghi Farahmandpour 

      Francopolis - Automne 2026
Recherche Dana Shishmanian



Accueil  ~  Comité Francopolis  ~  Sites Partenaires  ~  La charte  ~  Contacts

Créé le 1er mars 2002