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Archives : Vues de Francophonie

Été 2026

 

Arwa Ben Dhia

 

Seconde partie (II) :

Présentation de l’anthologie Nos muses, les murs (2025).

 

(*)

 

 

 

La 1ère partie (I) :

« Comme une colombe blanche dans l’azur » : Poèmes. 

 

 

 

Présentation de l’anthologie Nos muses, les murs

Sous la direction d’Arwa Ben Dhia, Éditions Mindset, octobre 2025

 

  Couverture de Kaïs BEN FARHAT

 

Nos muses les murs est une anthologie parue en octobre 2025 aux éditions Mindset. L’ouvrage, dirigé par Arwa Ben Dhia et préfacé par Alexandra Cretté, rassemble près de quarante voix poétiques venues des quatre coins du monde avec des illustrations de murs où chaque auteur apporte son propre regard face au mur qui l’inspire. Dans ce recueil, le mur devient un support poétique à part entière. Il recueille les élans, les émotions. Les photographies captent la matérialité brute des murs, tandis que les poèmes viennent en révéler la dimension intime et cachée. Certains murs provoquent des sentiments de sérénité chez des auteurs qui les apprivoisent, d’autres murs font rêver leurs contemplateurs, d’autres encore les font s’insurger. Cette multiplicité d’approches crée une belle mosaïque poétique, empêche toute lecture unique du thème et ouvre au contraire un espace de résonances. Le dialogue entre les textes, comme celui entre les poèmes et les photographies, crée une œuvre vivante, traversée par des expériences humaines diverses qui se font écho. Choisir les murs, métaphore de nos limites intérieures, c’est aussi rendre hommage à une beauté souvent négligée, accessible à tous. Une beauté qui ne s’impose pas, mais qui attend qu’on la regarde vraiment. Les murs deviennent ainsi des muses inattendues et discrètes.

Comment l'idée vous est venue, comment vous vous êtes prise pour réunir les poètes et leurs textes, comment s'est déroulé le projet éditorial, les actions de promotions, et 3-4 poèmes ou fragments de poèmes de votre choix

 

Comment l'idée vous est-elle venue ?

En mai 2024, j’ai été inspirée par un graffiti du 13è arrondissement de Paris qui portait l’inscription : « Respire-t-on mieux dans l’air du temps ? ». J’en ai parlé à mon amie Maggy De Coster qui a elle-même été inspirée par une fresque représentant Gisèle Halimi située sur l’île de la Cité. Ayant ces deux premiers poèmes murmurés par des murs, j’ai tenu à créer une anthologie pour l’association culturelle Apulivre dont je suis membre. J’ai été en étroite collaboration avec mon amie Alexandra Cretté, directrice de l’association Oyapock en Guyane. Nous avons sélectionné ensemble près d’une quarantaine de contributions parmi la cinquantaine qui nous a été soumise.

 

Comment vous êtes-vous prise pour réunir les poètes et leurs textes ?

J’ai lancé un appel à textes que j’ai diffusé sur les réseaux sociaux. Le bouche à oreille nous a aidés à transmettre le mot. Alexandra Cretté, à elle seule, a ramené une dizaine de poètes outre-Atlantique. Nous avons donc réussi à avoir environ cinquante soumissions venant d’Amérique, d’Afrique, d’Europe et d’Asie, dont deux poèmes d’enfants que nous avions retenus pour encourager les talents en herbe.

 

Comment se sont déroulés le projet éditorial et les actions de promotion ?

Il nous a fallu chercher un éditeur qui croie en notre projet et qui accepte idéalement d’imprimer les photographies de murs en couleur sans que cela n’augmente beaucoup le prix du livre. Nous tenions à ce que l’ouvrage soit publié à compte d’éditeur. Après de nombreuses recherches, la maison d’édition Mindset a été à la hauteur de nos attentes et nous l’en remercions. La présidente, Julie Dénès, a su bien gérer le projet et le mener à bon port en satisfaisant les demandes de tous les co-auteurs, ce qui n’est pas toujours facile.

Pour la promotion du livre, Mindset a réalisé une vidéo teaser (la voir sur youtube), a déjà fait plusieurs publications sur les réseaux sociaux, a exposé le livre dans des salons dont le festival du livre à Carhaix en Bretagne et m’a interviewée lors d’un Live Facebook. D’autres actions de promotion sont prévues. 

De notre côté, des événements de lancement ont eu lieu à Paris et à Cayenne. Apulivre a déjà participé à trois salons du livre où l’anthologie a été dédicacée : un salon franco-amazigh qui s’est tenu en octobre 2025 à la mairie du 13è arrondissement de Paris, un salon de la culture africaine et afrodescendante en janvier 2026 à Saint-Denis et le salon du livre africain en mars 2026 à Paris.

Par ailleurs, en tant que Sociétaire de la Société des Poètes Français (SPF), j’ai pu animer en décembre 2025 une rencontre littéraire autour de Nos muses les murs dans le temple emblématique de la poésie qu’est l’espace Mompezat dans le quartier latin. Nous étions chaleureusement accueillis par des membres de la SPF dont le vice-président Michel Bénard qui a prononcé un mot d’introduction à propos de notre livre.

 

Trois ou quatre poèmes ou fragments de poèmes de votre choix

Je commence par l’épigraphe comportant une réflexion profonde sur la symbolique du noir et du blanc : « Une chanson me vint à l’esprit, une mélodie, me rappelant la vraie couleur de l’amour et la vraie teinte de la vie. Noire comme l’espoir. Blanche comme le désespoir. Rien ne dure, ni la pluie, ni l’amour, ni le bonheur, même pas un matin d’hiver. Ce texte, par Kaïs Ben Farhat, venant accompagner l’image de couverture qui est une photographie en noir et blanc d’un jardin d’enfants délabré, a été choisi pour la vidéo teaser et aussi comme incipit de l’œuvre parce qu’il comporte une image poétique surprenante, surréaliste, qui me rappelle la célèbre formule d’Éluard : La Terre est bleue comme une orange.

 

***

 

Nasser KEFI

Quel temps pour la nudité ?

 

Allons-nous conjuguer la nudité au futur ? 

Dévêtir nos pensées d’un voile incertain ?

Allons-nous renouer avec les imperfections du passé ?

Boire aux sources vives d’un ancien grimoire ?

L'imparfait est notre destin.

Car tout le plaisir est dans l'inachevé.

 

Photographie d’un mur à Médina Yasmine Hammamet en Tunisie, prise le 26 décembre 2024

 

***

 

Parme CERISET

Lascaux de neige

 

Lascaux de neige dans des mains d'enfants,

échos des traces gravées

sur les murs du temps,

pigments de réminiscences

imprégnés de joies, de peurs,

de souffrances,

de tout ce que les humains de jadis ont laissé...

un peu de leur sang

aux parchemins d'éternité.

 

 

Photographie prise le 4 janvier 2025 dans le Vercors. C’est une surface en bois recouverte de neige avec des traces de mains d’enfants (évoquant les murs, les parois de la grotte de Lascaux).

 

***

 

Sandie COLAS

L’écho des graines

 

Le vent cogne contre les persiennes closes,

Siffle à travers les fissures des murs fatigués,

Soulève la poussière en spirales d’oubli.

Ils ont tendu des cordes entre les ombres,

Scellé les failles d’un sceau sans nom,

Dressé des murs où il n'y avait que des chemins

Des chaînes invisibles,

Des barreaux dans la chair.

La main noire signe en silence,

Scelle des destins sans visage,

Creuse des tombes avant l’heure.

La ville s’endort sous une chape de peur.

Et pourtant,

Le roseau plie sous la rafale,

S’enroule autour du vide

Tangue, ploie, touche presque la boue.

Mais ne rompt pas.

Ils ont cru que la terre suffirait,

Qu’en piétinant les cendres,

En comblant les brèches,

Ils effaceraient ce qui germe dans le silence.

Ils sèment la tumeur

Mais oublient que ceux qui tuent, meurent

Ils ont essayé de nous enterrer,

Mais ils ne savaient pas que nous étions des graines.

 

Photographie d’un mur de la rue Victor Schoelcher à Cayenne en Guyane, prise le 28 janvier 2025

 

Photographies de Kaïs BEN FARHAT

 

 

(*)

La 1ère partie de cette Terra incognita consacrée à Arwa BEN DHIA consiste dans un choix de poèmes de deux de ses recueils récents, et un groupage d’inédits ; une notice bio-bibliographique complète y est également incluse.

Cette 2nde partie répond à nos questions concernant la constitution d’une des belles anthologies qu’elle a animées, et nous sommes heureux d’avoir de sa part cette riche présentation de sa démarche, depuis l’émergence de l’idée à la diffusion du livre, ainsi que le choix de quelques poèmes.

 

 

 

Arwa Ben Dhia (II)

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