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Présentation
de l’anthologie Nos muses, les murs
Sous la direction d’Arwa Ben Dhia, Éditions
Mindset, octobre 2025

Couverture de Kaïs BEN FARHAT
Nos
muses les murs est une anthologie parue en octobre 2025 aux éditions
Mindset. L’ouvrage, dirigé par Arwa Ben Dhia et préfacé par Alexandra
Cretté, rassemble près de quarante voix poétiques venues des quatre coins
du monde avec des illustrations de murs où chaque auteur apporte son propre
regard face au mur qui l’inspire. Dans ce recueil, le mur devient un
support poétique à part entière. Il recueille les élans, les émotions. Les
photographies captent la matérialité brute des murs, tandis que les poèmes viennent
en révéler la dimension intime et cachée. Certains murs provoquent des
sentiments de sérénité chez des auteurs qui les apprivoisent, d’autres murs
font rêver leurs contemplateurs, d’autres encore les font s’insurger. Cette
multiplicité d’approches crée une belle mosaïque poétique, empêche toute
lecture unique du thème et ouvre au contraire un espace de résonances. Le
dialogue entre les textes, comme celui entre les poèmes et les
photographies, crée une œuvre vivante, traversée par des expériences humaines
diverses qui se font écho. Choisir les murs, métaphore de nos limites
intérieures, c’est aussi rendre hommage à une beauté souvent négligée,
accessible à tous. Une beauté qui ne s’impose pas, mais qui attend qu’on la
regarde vraiment. Les murs deviennent ainsi des muses inattendues et
discrètes.
Comment
l'idée vous est venue, comment vous vous êtes prise pour réunir les poètes
et leurs textes, comment s'est déroulé le projet éditorial, les actions de
promotions, et 3-4 poèmes ou fragments de poèmes de votre choix
Comment
l'idée vous est-elle venue ?
En
mai 2024, j’ai été inspirée par un graffiti du 13è arrondissement de Paris
qui portait l’inscription : « Respire-t-on mieux dans l’air du
temps ? ». J’en ai parlé à mon amie Maggy De Coster qui a elle-même été
inspirée par une fresque représentant Gisèle Halimi située sur l’île de la
Cité. Ayant ces deux premiers poèmes murmurés par des murs, j’ai tenu à
créer une anthologie pour l’association culturelle Apulivre dont je suis
membre. J’ai été en étroite collaboration avec mon amie Alexandra Cretté,
directrice de l’association Oyapock en Guyane. Nous avons sélectionné
ensemble près d’une quarantaine de contributions parmi la cinquantaine qui
nous a été soumise.
Comment
vous êtes-vous prise pour réunir les poètes et leurs textes ?
J’ai
lancé un appel à textes que j’ai diffusé sur les réseaux sociaux. Le bouche
à oreille nous a aidés à transmettre le mot. Alexandra Cretté, à elle
seule, a ramené une dizaine de poètes outre-Atlantique. Nous avons donc
réussi à avoir environ cinquante soumissions venant d’Amérique, d’Afrique,
d’Europe et d’Asie, dont deux poèmes d’enfants que nous avions retenus pour
encourager les talents en herbe.
Comment
se sont déroulés le projet éditorial et les actions de promotion ?
Il
nous a fallu chercher un éditeur qui croie en notre projet et qui accepte
idéalement d’imprimer les photographies de murs en couleur sans que cela
n’augmente beaucoup le prix du livre. Nous tenions à ce que l’ouvrage soit
publié à compte d’éditeur. Après de nombreuses recherches, la maison
d’édition Mindset a été à la hauteur de nos attentes et nous l’en
remercions. La présidente, Julie Dénès, a su bien gérer le projet et le
mener à bon port en satisfaisant les demandes de tous les co-auteurs, ce
qui n’est pas toujours facile.
Pour
la promotion du livre, Mindset a réalisé une vidéo teaser (la voir sur youtube), a déjà
fait plusieurs publications sur les réseaux sociaux, a exposé le livre dans
des salons dont le festival du livre à Carhaix en Bretagne et m’a
interviewée lors d’un Live Facebook. D’autres actions de promotion sont
prévues.
De
notre côté, des événements de lancement ont eu lieu à Paris et à Cayenne.
Apulivre a déjà participé à trois salons du livre où l’anthologie a été
dédicacée : un salon franco-amazigh qui s’est tenu en octobre 2025 à
la mairie du 13è arrondissement de Paris, un salon de la culture africaine
et afrodescendante en janvier 2026 à Saint-Denis et le salon du livre
africain en mars 2026 à Paris.
Par
ailleurs, en tant que Sociétaire de la Société des Poètes Français (SPF),
j’ai pu animer en décembre 2025 une rencontre littéraire autour de Nos
muses les murs dans le temple emblématique de la poésie qu’est l’espace
Mompezat dans le quartier latin. Nous étions chaleureusement accueillis par
des membres de la SPF dont le vice-président Michel Bénard qui a prononcé
un mot d’introduction à propos de notre livre.
Trois ou
quatre poèmes ou fragments de poèmes de votre choix
Je
commence par l’épigraphe comportant une réflexion profonde sur la
symbolique du noir et du blanc : « Une chanson me vint à l’esprit,
une mélodie, me rappelant la vraie couleur de l’amour et la vraie teinte de
la vie. Noire comme l’espoir. Blanche comme le désespoir. Rien ne dure, ni
la pluie, ni l’amour, ni le bonheur, même pas un matin d’hiver. Ce
texte, par Kaïs Ben Farhat, venant accompagner l’image de couverture qui
est une photographie en noir et blanc d’un jardin d’enfants délabré, a été
choisi pour la vidéo teaser et aussi comme incipit de l’œuvre parce qu’il
comporte une image poétique surprenante, surréaliste, qui me rappelle la
célèbre formule d’Éluard : La Terre est bleue comme une orange.
***
Nasser KEFI
Quel temps
pour la nudité ?
Allons-nous
conjuguer la nudité au futur ?
Dévêtir nos
pensées d’un voile incertain ?
Allons-nous renouer
avec les imperfections du passé ?
Boire aux
sources vives d’un ancien grimoire ?
L'imparfait est
notre destin.
Car tout le
plaisir est dans l'inachevé.

Photographie d’un mur à Médina Yasmine Hammamet en
Tunisie, prise le 26 décembre 2024
***
Parme CERISET
Lascaux de neige
Lascaux de neige
dans des mains d'enfants,
échos des traces
gravées
sur les murs du
temps,
pigments de
réminiscences
imprégnés de
joies, de peurs,
de souffrances,
de tout ce que
les humains de jadis ont laissé...
un peu de leur
sang
aux parchemins
d'éternité.

Photographie prise le 4 janvier 2025 dans le
Vercors. C’est une surface en bois recouverte de neige avec des traces de
mains d’enfants (évoquant les murs, les parois de la grotte de Lascaux).
***
Sandie COLAS
L’écho des
graines
Le vent cogne
contre les persiennes closes,
Siffle à travers
les fissures des murs fatigués,
Soulève la
poussière en spirales d’oubli.
Ils ont tendu
des cordes entre les ombres,
Scellé les
failles d’un sceau sans nom,
Dressé des murs
où il n'y avait que des chemins
Des chaînes
invisibles,
Des barreaux
dans la chair.
La main noire
signe en silence,
Scelle des
destins sans visage,
Creuse des
tombes avant l’heure.
La ville
s’endort sous une chape de peur.
Et pourtant,
Le roseau plie
sous la rafale,
S’enroule autour
du vide
Tangue, ploie, touche
presque la boue.
Mais ne rompt
pas.
Ils ont cru que
la terre suffirait,
Qu’en piétinant
les cendres,
En comblant les
brèches,
Ils effaceraient
ce qui germe dans le silence.
Ils sèment la tumeur
Mais oublient
que ceux qui tuent, meurent
Ils ont essayé
de nous enterrer,
Mais ils ne
savaient pas que nous étions des graines.

Photographie d’un mur de la rue Victor Schoelcher à
Cayenne en Guyane, prise le 28 janvier 2025
Photographies de Kaïs BEN FARHAT
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