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Photo de L. Mar
Les filets
Vous prendrez cette barque
éclairée par la lune
et au milieu de ce lac
là où la brume envahit
les eaux endormies de la nuit,
vous jetterez les filets
dans les profondeurs
de vos souvenirs.
Un pays à l’arrière
du temps
Derrière l’horizon,
l’histoire du monde
et les rêves de l’enfance
qui s’envolent dans le lointain.
Derrière l’horizon,
notre vie qui défile
aussi vite
que le vent du nord
emporte avec lui
nos espoirs déchus.
Derrière l’horizon,
notre cœur qui écoute
un pays à l’arrière du temps
dans le silence de la nuit.
L’or des souvenirs
Lorsque passe l’or des
souvenirs
et que mes yeux cherchent ton
sourire
dans la clairière aux mille
fenêtres,
alors un vent dyspnéique surgit
de la nuit
et réveille la lune endormie.

Photo de D. Zinenberg
Sur la place
Giuseppe Verdi
C’était il y a longtemps,
j’étais sur la place Giuseppe
Verdi
en face du grand théâtre
et tu ne savais pas
que le soleil comme le regard
meurt aussi.
Je caressais de mémoire ta
peau.
Tes lèvres illuminaient mes
nuits.
Tes yeux sentaient le silence
du jour
lorsque les étoiles s’éteignent.
La maison muette
Je te cherche dans la maison
muette
et te trouve sur le seuil
parlant au ciel avec tes mains
dans une langue
que je ne comprends pas,
où les oiseaux te répondent
avec des petits cris
intraduisibles
puis s’envolent
vers un ciel de velours.
Dans mon ancien
jardin
Dans mon ancien jardin,
les enfants écoutaient les
oiseaux du soir.
Entre les murs, le monde
existait.
Les mains du ciel caressaient
leurs visages.
Dans mon ancien jardin,
les enfants, je crois,
traversaient les ombres
de leurs histoires futures
sous les branches d’un cerisier endormi.
Dans mon ancien jardin,
des silhouettes murmuraient des
mots interdits
que les éclats du paysage
emportaient au loin
comme un fleuve
ininterrompu
et
invisible.
Les pays de
l’enfance
La mer où vous jouiez sur le
sable
ne reviendra plus habiller
notre cœur.
Elle est restée là-bas,
seule derrière
les dunes.
Les chemins que vous traciez
sur le sable
ne sont plus que des souvenirs
où disparaissent
les pays de l’enfance.
Bretagne magique
Le visage du vent souffle
sur les montagnes noires.
Les nuages abondent
et encerclent les vivants.
Les pluies s’échappent des
quatre côtés du monde
et attendent leur délivrance
sur une mer
incrédule.
L’hiver se mêle au printemps
dans un lit de plaisir.
L’amour est une marge
où navigue le soleil.
Ce pays est la promesse ténue
de la beauté éternelle.

Photo de L. Mar
Mes nuages
Mes nuages viennent de la nuit
des temps.
Ils sont l’esprit de la terre
qui entoure notre vie.
Mes nuages frôlent le ciel d’un
orage incertain.
Mes nuages sont des désordres
blessés
que rien ne peut réparer.
Ils avancent poussés
par des vents d’ailleurs,
par des vents aux souvenirs reconnaissants.
Mes nuages sont de lentes
cicatrices caressées
par des vagues de passage.
Les vagues
Les vagues nous entraînent
dans une danse
où nos mains se dessinent
entre tes seins.
Nos corps sont deux signes de
promesse
sous la chaleur de la nuit.
L’écriture,
comme une errance
sur les
vagues.
Derrière l’horizon
Entre les vagues et le ciel,
les larmes.
La langue de notre amour
est respiration
et souffle.
Comme des navires,
les larmes sont des blessures
qui disparaissent
derrière l’horizon.

Photo de L. Mar
Ces grands bateaux
Je veux bien croire en ces
grands bateaux
au large que notre
regard
ne cesse de
perdre
et ces lumières de désespoir
lorsqu’ils s’en vont dans le lointain
pour disparaître à tout jamais.
Je ne veux plus quitter cette
plage
sans soupirer à tous les vents
et m’enfuir vers des
paysages
que je ne reverrai plus.
Sous les lueurs de l’horizon,
je voyage bien plus loin
que le temps qui passe nuit et jour
et mène mes pensées vers le bout du monde
où il n’y a peut-être personne.
Respirations
Je n’étais pas seul.
J’étais avec la solitude
lorsque mes yeux ont vu les
nuages
disparaître
derrière la montagne.
Je n’étais pas seul
lorsque mes yeux t’ont cherchée
derrière l’horizon
telle une passante de l’ombre.
Nos traces nous accompagnent
sur des chemins où
nos respirations
se lisent à haute voix.
Un bruissement de
lumière
Sommes-nous
descendus dans l’abîme
pour ne plus remonter ?
Quand avons-nous été
si loin dans le néant
pour nous abandonner ?
Quelle réalité
avons-nous délaissée
dans les méandres du temps ?
Aux aguets,
nous attendons l’avenir
dans un bruissement de lumière.

Photo de L. Mar
Tes yeux
Tes yeux voient
plus loin que la nuit,
plus loin que l’oubli
lorsque les yeux de notre amour
se ferment.
Tes yeux sont
la lumière du vivant
qui jamais ne s’éteint
dans le tumulte
de la vie.
Les mains
Les mains que l’on ouvre,
que l’on ferme,
respirent ta présence.
Les mains,
caresse ou fermeté,
nous obligent
à la prudence.
Les mains que nous sentons
dans la nuit
nous rappellent
leur absence.
Une bouche
Une bouche
pour aimer,
jouir,
lorsque les lèvres
s’ouvrent
sur un cri.
Une bouche
pour attraper,
mordre,
lorsque les lèvres
se ferment
sur la peau.
Une bouche
pour crier sa
peine
lorsque les lèvres
se tordent de
douleur.
Les chemins du
possible
Parfois, nous naviguons
sur les chemins du possible
accrochés à la lune
de peur
de tomber.
Parfois, l’esprit se libère
du corps et verse
sur le monde
une écoute souveraine.
À l’instant de partir
vers des contrées inconnues,
nous nous souvenons incrédules
de notre vie éphémère.
La fin de l’été
Tu es comme la fin de l’été
dont personne n’oublie le
parfum.
Tu es ce visage que caresse le vent
dans la chaleur déclinante.
Tes yeux sont ceux de l’attente
lorsque l’horizon invite aux rêves.
Tu écoutes chaque couleur du
jour
sur une terre de pierre et de
chair.
Cette parole te relie au monde
et nous parle de toi.

Photo de L. Mar
à
Pierre Reverdy
Un tas de gens
Il y a un tas de gens qui
passent sous la lune
et qu’il faut un peu aider à
monter plus haut.
Un tas de gens qui dépassent
l’horizon
et se jettent dans le vide
au milieu des âmes mortes
et des rêves disparus.
Et cette route qui ne nous
quitte pas
et que nous suivons inlassablement
sans savoir à quel moment
notre mémoire s’effacera.
Quelqu’un nous
cherche
On descend vers le sud
là où l’horizon
épouse la mer.
Nos ombres montent jusqu’aux
nuages
et le ciel se sépare du monde.
L’histoire de notre vie est une
lutte
où tombe la raison
et notre regard
s’enfuit vers le
lointain.
Un vent terrible efface les
traces
et quelqu’un nous cherche
à travers les âges.
Un ciel entrouvert
Quelqu’un parle dans la nuit.
Des rêves disparaissent au fond
de la mémoire.
Nos ombres ne touchent plus
terre.
Les étoiles improvisent une
nouvelle figure
et les lumières du monde soupirent.
Quelqu’un parle dans la nuit.
Les visages nous donnent leur
meilleur profil
dans le secret de leur
souvenir.
Des cœurs battent encore
dans l’heure qui vient.
Des âmes s’enfuient
dans un ciel entrouvert.

Photo
de D. Zinenberg
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