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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

 

Printemps 2026

 

 

Lionel Mar : Un pays à l’arrière du temps

 

 

 Poèmes et photos

 

(*)

 

 

Une image contenant plein air, hiver, eau, ciel

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.Photo de L. Mar

 

Les filets

 

Vous prendrez cette barque

                            éclairée par la lune

et au milieu de ce lac

                            là où la brume envahit

les eaux endormies de la nuit,

 

vous jetterez les filets

   dans les profondeurs

                            de vos souvenirs.

 

 

 

Un pays à l’arrière du temps

 

Derrière l’horizon,

l’histoire du monde

et les rêves de l’enfance

   qui s’envolent dans le lointain.

 

Derrière l’horizon,

notre vie qui défile

aussi vite

           que le vent du nord

emporte avec lui

                            nos espoirs déchus.

 

Derrière l’horizon,

notre cœur qui écoute

un pays à l’arrière du temps

                   dans le silence de la nuit.

 

 

 

L’or des souvenirs

 

Lorsque passe l’or des souvenirs

et que mes yeux cherchent ton sourire

dans la clairière aux mille fenêtres,

 

alors un vent dyspnéique surgit de la nuit

   et réveille la lune endormie.

 

 

Une image contenant ciel, lune, objet astronomique, nature

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Photo de D. Zinenberg

 

 

Sur la place Giuseppe Verdi

 

C’était il y a longtemps,

 

j’étais sur la place Giuseppe Verdi

en face du grand théâtre

et tu ne savais pas

que le soleil           comme le regard

           meurt aussi.

 

Je caressais de mémoire ta peau.

 

Tes lèvres illuminaient mes nuits.

Tes yeux sentaient le silence du jour

                            lorsque les étoiles s’éteignent.

 

 

 

La maison muette

 

Je te cherche dans la maison muette

 

et te trouve sur le seuil

parlant au ciel avec tes mains

dans une langue

                   que je ne comprends pas,

 

où les oiseaux te répondent

avec des petits cris intraduisibles

puis s’envolent

                            vers un ciel de velours.

 

 

 

Dans mon ancien jardin

 

Dans mon ancien jardin,

les enfants écoutaient les oiseaux du soir.

Entre les murs, le monde existait.

Les mains du ciel caressaient leurs visages.

 

Dans mon ancien jardin,

les enfants, je crois, traversaient les ombres

de leurs histoires futures

sous les branches d’un cerisier endormi.

 

Dans mon ancien jardin,

des silhouettes murmuraient des mots interdits

que les éclats du paysage emportaient au loin

comme un fleuve

                            ininterrompu

                                                     et invisible.

 

 

 

Les pays de l’enfance

 

La mer où vous jouiez sur le sable

ne reviendra plus habiller notre cœur.

 

Elle est restée là-bas,

           seule         derrière les dunes.

 

Les chemins que vous traciez sur le sable

ne sont plus que des souvenirs

où disparaissent

                            les pays de l’enfance.

 

 

 

Bretagne magique

 

Le visage du vent souffle

                                    sur les montagnes noires.

 

Les nuages abondent

                            et encerclent les vivants.

 

Les pluies s’échappent des quatre côtés du monde

et attendent leur délivrance

                                    sur une mer incrédule.

 

L’hiver se mêle au printemps dans un lit de plaisir.

L’amour est une marge

                                    où navigue le soleil.

 

Ce pays est la promesse ténue

                                    de la beauté éternelle.

 

Une image contenant plein air, eau, ciel, nature

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Photo de L. Mar

 

 

 

Mes nuages

 

Mes nuages viennent de la nuit des temps.

Ils sont l’esprit de la terre

                            qui entoure notre vie.

 

Mes nuages frôlent le ciel d’un orage incertain.

 

Mes nuages sont des désordres blessés

           que rien ne peut réparer.

 

Ils avancent poussés

                            par des vents d’ailleurs,

par des vents        aux souvenirs reconnaissants.

 

Mes nuages sont de lentes cicatrices                  caressées

                            par des vagues de passage.

                  

 

 

Les vagues

 

   Les vagues nous entraînent

                                             dans une danse

où nos mains se dessinent

                                             entre tes seins.

 

Nos corps sont deux signes de promesse

           sous la chaleur de la nuit.

 

L’écriture,

           comme une errance

                                                     sur les vagues.

 

 

 

Derrière l’horizon

 

Entre les vagues et le ciel,

                                             les larmes.

 

La langue de notre amour      

           est respiration

                                    et souffle.

 

Comme des navires,

les larmes sont des blessures

                            qui disparaissent

                                             derrière l’horizon.

 

 

Une image contenant plein air, eau, ciel, transport

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Photo de L. Mar

 

 

 

Ces grands bateaux

 

Je veux bien croire en ces grands bateaux

   au large     que notre regard

                                                     ne cesse de perdre

et ces lumières de désespoir

lorsqu’ils s’en vont          dans le lointain

pour disparaître     à tout jamais.

 

Je ne veux plus quitter cette plage

sans soupirer         à tous les vents

   et m’enfuir vers des paysages

           que je ne reverrai plus.

 

Sous les lueurs de l’horizon,

           je voyage bien plus loin

   que le temps qui passe nuit et jour

et mène mes pensées             vers le bout du monde

           où il n’y a peut-être personne.

 

 

 

Respirations

 

Je n’étais pas seul.

 

J’étais avec la solitude

lorsque mes yeux    ont vu      les nuages

disparaître

   derrière la montagne.

 

Je n’étais pas seul

lorsque mes yeux    t’ont cherchée

derrière l’horizon

   telle une passante de l’ombre.

 

Nos traces nous accompagnent

sur des chemins             où nos respirations

   se lisent à haute voix.

 

   

 

Un bruissement de lumière

 

Sommes-nous

descendus dans l’abîme

           pour ne plus remonter ?

 

Quand avons-nous été

si loin dans le néant

                   pour nous abandonner ?

 

Quelle réalité

avons-nous délaissée

           dans les méandres du temps ?

 

Aux aguets,

nous attendons l’avenir

                   dans un bruissement de lumière.

 

 

Une image contenant nuage, plein air, nature, paysage

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Photo de L. Mar

 

 

 

Tes yeux

 

Tes yeux voient

   plus loin que la nuit,

           plus loin que l’oubli

                   lorsque les yeux de notre amour

                            se ferment.

 

Tes yeux sont

   la lumière du vivant

           qui jamais ne s’éteint

                   dans le tumulte

                            de la vie.

 

 

 

Les mains

 

Les mains que l’on ouvre,

   que l’on ferme,

           respirent ta présence.

 

Les mains,

caresse ou fermeté,

   nous obligent

                   à la prudence.

 

Les mains que nous sentons

           dans la nuit

                   nous rappellent

                            leur absence.

 

 

 

Une bouche

 

Une bouche

   pour aimer,

           jouir,

lorsque les lèvres

   s’ouvrent           

           sur un cri.

 

Une bouche

   pour attraper,    

           mordre,

lorsque les lèvres 

   se ferment

           sur la peau.

 

Une bouche

   pour crier           sa peine

lorsque les lèvres

           se tordent           de douleur.

 

 

 

Les chemins du possible

 

Parfois, nous naviguons

sur les chemins du possible

   accrochés à la lune

de peur

           de tomber.

 

Parfois, l’esprit se libère

du corps et verse

sur le monde

           une écoute souveraine.

 

À l’instant de partir

vers des contrées inconnues,

nous nous souvenons incrédules

de notre vie  éphémère.

 

 

 

La fin de l’été

 

Tu es comme la fin de l’été

dont personne n’oublie le parfum.

Tu es ce visage              que caresse le vent

   dans la chaleur déclinante.

 

Tes yeux sont ceux de l’attente

lorsque l’horizon invite    aux rêves.

 

Tu écoutes chaque couleur du jour

sur une terre de pierre et de chair.

 

 Cette parole te relie au monde

           et nous parle de toi.

 

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Photo de L. Mar

 

 

 

à Pierre Reverdy

Un tas de gens

 

Il y a un tas de gens qui passent sous la lune

et qu’il faut un peu aider à monter plus haut.

 

Un tas de gens qui dépassent l’horizon

et se jettent dans le vide

   au milieu des âmes mortes

                            et des rêves disparus.

 

Et cette route qui ne nous quitte pas

et que nous suivons               inlassablement

sans savoir à quel moment

                   notre mémoire s’effacera.

 

 

 

Quelqu’un nous cherche

 

On descend vers le sud

là où l’horizon

                            épouse la mer.

Nos ombres montent jusqu’aux nuages

et le ciel                se sépare                    du monde.

 

L’histoire de notre vie est une lutte

où tombe la raison        

                            et notre regard

                                             s’enfuit vers le lointain.

 

Un vent terrible efface les traces

   et quelqu’un nous cherche

                                    à travers les âges.

 

 

 

Un ciel entrouvert

 

Quelqu’un parle dans la nuit.

 

Des rêves disparaissent au fond de la mémoire.

Nos ombres ne touchent plus terre.

Les étoiles improvisent une nouvelle figure

et les lumières du monde                 soupirent.

 

Quelqu’un parle dans la nuit.

 

Les visages nous donnent leur meilleur profil

dans le secret de leur souvenir.

Des cœurs battent encore

                            dans l’heure qui vient.

Des âmes s’enfuient

                                    dans un ciel        entrouvert.

 

 

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Photo de D. Zinenberg

 

 

(*)

 

Courte présentation du projet de Lionel Mar

 

Lionel Mar m’a dit qu’à l’occasion de cette créaphonie il aimerait présenter des extraits du recueil Un pays à l’arrière du temps qu’il est en train de finaliser en vue d’une publication. Ce recueil, m’a-t-il confié, cherche à saisir à la fois ses propres perceptions et émotions nourries par ses souvenirs d’enfance, teintées par la mélancolie d’un monde perdu, troublées par ce qui passe comme par ce qui demeure, sans oublier la louange de la beauté de la nature faite de lumière et d’émerveillement. Ce que je me permets d’ajouter, bien qu’il ne m’en ait pas parlé, c’est la traversée d’un amour lointain ou récent, qu’importe, qu’il évoque avec sensualité, dans quelques-uns des poèmes qu’il a choisis de nous livrer.

Dominique Zinenberg

 

Lionel Mar a été découvert et présenté par Dominique Zinenberg à la rubrique Terra incognita, en septembre-octobre 2020, et a été accueilli plusieurs fois à la rubrique Francosemailles : des aphorismes, en janvier-février 2022, et des poèmes en mars-avril 2023 et septembre-octobre 2023 (avec des photos de Dominique Zinenberg).

 

 

 

Créaphonie : Laurent Grison  

Francopolis, printemps 2026

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