|
Ce qu'on y voit, ce que cela nous
inspire, aux quatre coins du monde francophone. |
||||
|
Printemps 2026 Ziad Medoukh : Être optimiste à Gaza… Poèmes, avec des œuvres de Raed
Issa et de Jihad Alghoul (**) ©Raed Issa, Le dialogue
de Maryam. Maman, maman, j’entends des explosions effrayantes (Camp de Rafah, 29 juillet
2024) |
||||
Être optimiste au milieu des ruinesÊtre optimiste à Gaza
sous les bombes, C'est garder le
sourire en permanence, Dans une ville
assiégée et agressée, C'est ajouter une
pierre à l'édifice de la vie, C'est être optimiste
malgré une situation explosive Dans une région
abandonnée. Être optimiste à
Gaza, C'est bâtir, à partir
de ruines, Des espérances irremplaçables,
C'est naître dans une
ville pour y rester Et dire au monde que
résister à Gaza l'effrayée C'est une victoire, Un bonheur submergé
dans la dignité ! C'est mener un
combat, une lutte, Une résilience et
faire preuve de vitalité, Une vie digne avec
force et courage, Et un rêve de paix
avec confiance sans haine. Être optimiste à Gaza
C'est supporter
l'insupportable, Bâtir le royaume de
l'espoir, Au milieu de l'enfer. (…) ©Raed Issa, Le porteur
des bidons d’eau potable (Camp de Rafah, 23 août
2024) « Cette illustration évoque l'une des réalités cruelles
de la bande de Gaza : l'absence de l'eau potable. Pour ce fait, les habitants
des tentes, de tout âge, portent tous les jours des bidons d'eau, en
attendant des heures interminables aux longs files. » (Ziad Medoukh,
février 2026) La plume de Gaza, un refuge de dignitéDevant la spoliation
de mon peuple, Les agressions
dévastatrices, La tragédie
interminable, Les crimes perpétrés,
L'horreur absolue, Les droits bafoués
quotidiennement Le silence infâme, L'impuissance à
arrêter l'arrogance de l'occupant, Et l’injustice
navrante dans des territoires occupés mille fois, Devant les larmes
amères de nos mères endeuillées, aux cœurs meurtris, Les visages burinés
par l'horreur, Devant les rêves
brisés, La vie suspendue dans
une prison Et l'incertitude du
lendemain, Moi, libre de cœur et
d'esprit, Avec mon amour
indéfectible pour la justice, Moi, guerrier de la
liberté et de la fraternité, Moi qui ne veux être ni
héros ni victime, Moi qui, avec
endurance, ne veux que vivre dignement, Moi, le
porte-étendard de l'espérance, Je n’ai que ma
poésie. Si le ciel trace ses
chemins et plante des étoiles, Moi, j'ai choisi mon
combat Qui fera sortir de sa
torpeur le monde du silence ! J'ai choisi de
m'exprimer en vers. Chacune de mes lignes
porte l’espérance ! J'exprime avec pudeur
et sans haine le vécu d'un peuple, Un cri légitime
contre l'injustice. Mes mots se perdent
parfois dans les méandres de l'absurde. Ils errent entre les
chimères de la vie. Ils plongent dans
l'effroi et l'incertitude, Mais ils échappent
facilement aux fantômes de la nuit ! Ce sont des mots de
lumière qui folâtrent et palpitent Pour la joie, le rire
et l'avenir. Ma poésie est une
poésie qui bouscule les âmes. Ma plume est une
plume lourde de la souffrance de mon peuple. Je compose mes poèmes
de Gaza, ma prison : Gaza est l'âme libre
du poète, Gaza est le sourire
brûlant des innocents. Gaza est l'étoile magique
de l'espoir Qui trouve dans la
poésie l'échappatoire Nécessaire à sa
survie ! Avec cette
inquiétude, étrangeté du printemps de notre vie Et la fragilité du
sourire de notre existence, J'écris mes poèmes. C'est dans la poésie
que respirent les belles âmes, C'est dans l'espoir
que se glisse leur grandeur. ©Raed Issa, Thé à la
menthe à emporter. Rituel (Camp de
Rafah, 1er juillet 2024) « Depuis trois mois, presque tous les Palestiniens de la bande de Gaza utilisent le feu de bois pour préparer leurs repas, car il n'y a pas ni gaz, ni électricité, ni carburants et ni rien à Gaza sous les bombes » (Ziad Medoukh, février 2026) Le ciel bleu de GazaRegardant les astres
du ciel bleu Dans la ville meurtrie, Entendant l'oiseau
chanter sagesse et paix, Sentant la chaleur du
rayon de soleil, Voyant l'herbe
féconde entre les pierres, Respirant les fleurs
du jasmin, J'observe dans les
yeux de l'arbre abattu L'ombre de son vol
préservé. Criant
des mots d'amour Qui
ne se sont pas perdus, Goûtant
le calme du baume Enveloppant
le rêve qui ne s'est pas enfui Entre
les pages d'énigmes, Gaza
pressent la saison de printemps. Personne ne pourra
effacer la mémoire Des enfants de la
terre, Ni anéantir la clarté
de la source ! Avec les doigts du
cœur je sens les olives, La distance entre
deux impulsions s'estompe. C'est si agréable de
dormir tous les soirs Dans les bras d'un
olivier ! Je choisis un baiser
sur les lèvres du poème Et une rose qui se
cueille au milieu d'épines. (…) ©Jihad Al-Ghoul, Dessiner à l’ombre de la famine (Gaza, 2 mai 2025) À la mère palestinienneÔ mère de Palestine, Chant de notre
espoir, Origine de notre
savoir, Remède à nos
blessures, Richesse de notre
terre, Ange de notre
histoire, Sens de notre
identité, Valeur de notre
justice, Symbole de notre
paix, Ô toi, Lumière de notre
Palestine ! Tu conquiers la terre
par ton sourire. Tu défies l'occupant
par ton endurance. Tu effaces nos larmes
par ta ténacité Et par la bonté de
tes caresses sincères. Tu nous protèges par
ton éducation. Tu transmets l'espoir
À tes enfants vivants
dans cette immense cage, Ton cœur est si grand
qu'il éclaire la lune, Tu brises le silence
par tes sacrifices, Tu partages nos
peines par ton amour, Tu résistes sans
relâche contre l'oppresseur. À l'orée du printemps
palestinien, Ta voix est une
mélodie orientale, Tes paroles sont des
rivières de diamants, Ton esprit est un
océan de patience, Ton espoir est
toujours à son apogée, Ton sourire à
l'ampleur du ciel, Ta lumineuse lumière
pousse les étoiles à s'éteindre. Ô Toi, l'eau qui
coule entre les lèvres de la terre ! Ô Toi, idéal de
justice et de liberté. Par toi, la terre est
toujours embaumée de soleil, Par toi, le printemps
arrive avant son temps Et par toi, à jamais,
l'hiver sera doux. Par toi, les oiseaux
du matin chantent Et la ligne rouge de
l'horizon apparaît. Par toi, la lueur de
l'aurore danse, Sans peur dans le nid
d'une rose. Tu édifies la légende
d'un amour, Symbole de paix et de
persévérance, Toi qui n'as jamais
prononcé Le mot
« haine », Malgré le sang versé De tous les morts
gisant Sur la terre natale
de Palestine. Tu nous as appris la
tolérance, toi la tolérante. Tu nous as appris la
patience, toi la patiente. Tu nous as appris le
combat, toi la combattante. Tu nous as appris la
paix, toi la pacifiste. Tu nous as appris
l'amour, toi la tendre. Tu nous as appris la
résistance, toi la résistante. Tu nous as appris
l'espoir, toi l'optimiste. Tu offres à la
Palestine des héros, toi l'héroïne. |
||||
(*)
Ziad
Medoukh, professeur au département de français
à l’Université de Gaza, poète francophone, a honoré notre revue de ses
contributions remplies d’espoir, exprimant la volonté de vivre de tout un
peuple meurtri et surtout, de sa jeunesse et ses enfants (voir à cette même
rubrique, au numéro de l’été 2025,
automne 2025,
ainsi qu’au groupage Libre
parole à la Palestine au numéro d’été 2025). Les textes et photos ci-dessus sont extraits de son dernier recueil Cri d'amour pour Gaza. Éditions La Lucarne des écrivains, août 2025 (260 p., 19,90 €). 50 poèmes de Gaza, de Palestine, pour la vie, l'espoir, la paix et la solidarité, en plein carnage. Avec la contribution des peintres gazaouis : Basel El Maqosui-Arts visuels, Raed Issa, Ahmed Muhanna, Jihad Alghoul, ainsi que des poètes : Noha Khalaf, Salah Al Hamdani, Philippe Tancelin, Alima Madina, Marie-Christine Mouranche, Gilles Vinçot, Bassirou Mansaly El Basse. Postface de Philippe Prévost ; note introductive de Marilena Lica-Masala ; 4e de couverture par Armel Louis. Les trois premières illustrations, représentant des œuvres de Raed Issa, sont reproduites, dans l’ordre, des pages 150, 88, 154 du livre ; la dernière, œuvre de Jihad Alghoul, est à la p. 181. (D.S.)
|
||||
Créé le 1er mars 2002